Dévotion et séduction

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Aussi étrange que cela paraisse, Dévotion et séduction est bien le titre d’un livre dont l’illustration de la couverture semble bien faire référence à un ouvrage d’art. N’est-ce pas une association surprenante? S’agirait-il d’un oxymore, cette figure de style qui rapproche deux termes que leurs sens devraient opposer ou éloigner, et ne pas juxtaposer? Et que vient alors faire l’art dans ce contexte?

En effet, la dévotion est habituellement associée à la religion, comme la définit le dictionnaire Larousse: «Piété, attachement à la religion ou aux pratiques religieuses.»

Quant à la séduction, elle revêt plutôt un caractère frivole qui la place apparemment aux antipodes de la religion. C’est l’action de séduire, d’attirer fortement quelqu’un, de s’imposer à lui de quelque façon, pour ne pas parler de drague.

Les émotions

En fait, cette opposition n’est qu’apparente. La dévotion, la séduction et même l’art appartiennent, d’un point de vue général, au même domaine, celui de l’émotionnel, et suscitent doc un ensemble de réactions identiques de la part des humains, lorsque l’on procède à une analyse un peu complète de ces trois composantes.

La dévotion n’a rien de rationnel pour la justifier ou la soutenir. Dans le domaine religieux elle repose sur des croyances, que certains dictionnaires définissent comme le fait de croire, ce qui n’explique rien. Il faut plutôt y voir l’adhésion à des faits, des assertions considérés comme véridiques en dehors de toute démonstration rationnelle, logique ou scientifique. La multiplicité des religions en donne un exemple concret.

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La séduction joue bien évidemment dans l’émotionnel. Il n’est que de consulter les titres de sites Internet associant séduction et émotions pour s’en rendre compte, le clou étant peut-être le site qui s’intitule «Le secret de l’attraction: l’émotion».

L’art pictural ou sculptural, quant à lui, comporte une relation émotionnelle avec celles et ceux qui en admirent — ou en rejettent — les réalisations. Comme le titre un article du journal Le Monde, «Les tableaux, voies de l’émotion et du plaisir». (3 oct. 2013). Ce que Poussin traduit sous une autre forme en déclarant: «la fin de l’art: la délectation». (L’Express, 27 octobre 2015)

On peut rappeler ce que nous avons écrit à propos d’Edvard Munch pour expliciter son but artistique: «Alors que l’impressionnisme s’efforce de traduire sur un tableau la réalité physique, l’expressionisme déforme cette réalité en projetant sur elle les états d’âme, les sentiments de l’artiste, notamment ses angoisses, son pessimisme. Il en résulte une réaction émotionnelle intense, voulue par l’artiste, chez la personne qui contemple ces œuvres.» (L’Express, 15 septembre 2015)

La Souabe

Ces points importants étant éclaircis, c’est le moment d’aborder l’ouvrage d’art des éditions Somogy et du musée du Louvre. C’est une étude détaillée faite sous la direction de Sophie Guillot de Suduiraut, historienne d’art. L’étude porte sur des sculptures souabes qui se trouvent dans des musées de France.

La Souabe, région du sud de l’Allemagne, est le lieu d’une remarquable production sculptée à la fin du Moyen Âge. Les cinquante sculptures de l’ouvrage illustrent parfaitement les caractéristiques de cet art souabe.
Au fil des pages, on les découvre: grâce paisible, sensibilité délicate et douce familiarité, servies par un travail virtuose du bois sculpté, en harmonie avec les effets précieux de la polychromie.

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Chef-d’œuvre reconnu ou non, chacune est analysée en détail et replacée dans son contexte de création. Des illustrations nombreuses, des gros plans reproduisant des détails significatifs permettent de saisir le but émotionnel de ces sculptures. Certaines sont même surprenantes par leur naïveté ou leur réalisme.

Le livre d’art

Trois essais ouvrent le livre. Le premier éclaire la situation des sculpteur sous le titre «La Souabe et ses sculpteurs», les villes et l’organisation des métiers, «Artistes-artisans», Le sculpteur et ses modèles. avec illustrations et cartes à l’appui. Le deuxième traite «De l’arbre a la sculpture», le bois, le travail du sculpteur et du menuisier, la polychromie.

«L’image sculptée» est le troisième de ces essais extrêmement intéressants pour comprendre des œuvres sculptées, en dehors même du cadre spécifique des sculptures souabes. Et ces études enrichissent la lecture des pages suivantes qui constituent le catalogue des représentations exposées (p. 90-376).

Marie-Madeleine

L’étude suit un ordre chronologique allant des années 1460-1500 à 1510-1530. «Représentations du Christ et de la Vierge, de saints et de saintes, scènes bibliques ou de martyres, ces sculptures étaient pour la plupart destinées aux retables d’autel dans les églises. Images de dévotion qui répondaient à la foi chrétienne et aux goûts des hommes du temps, elles exercent toujours une profonde séduction.»

Images de dévotion? Sans doute. Mais aussi images de séduction, si l’on songe à la psychologie de la communication et aux buts de l’art, éveiller des sentiments chez les personnes qui les voient, en présentant à la fois le visage humain et attirant vers la dévotion de cette religion. Et dans cette perspective, la représentation d’une Marie-Madeleine dénudée est surprenante.

C’est au lecteur d’apprécier les merveilleuses sculptures, les détails présentés en gros plans, et de découvrit, avec les textes d’appui, le lien entre art, séduction et dévotion. Un thème rarement exploré.

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