Deux bébés altérés génétiquement? Pas sûr

Si c’est une fausse déclaration, c’est un cas d’inconduite scientifique. Si c’est vrai, c’est aussi un cas d’inconduite scientifique, considérant les risques pour la santé de l’enfant et de la mère.
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Deux bébés altérés génétiquement seraient-ils nés en Chine au moyen de la fameuse technologie CRISPR?

ll y a trois ans que les experts craignent que des chercheurs de là-bas y travaillent, mais la technologie est encore loin d’être aussi avancée que ce que des annonces peuvent laisser croire.

Taux d’erreurs élevé

ll y a trois ans, les premières annonces, venues de Chine, de manipulations de gènes d’embryons humains, avaient créé beaucoup d’émoi et des demandes de moratoires. Toutefois, il s’agissait d’embryons non viables: on était encore loin de pouvoir prétendre faire de telles expériences sur de véritables futurs bébés.

Par exemple, le taux d’erreurs était encore élevé, comme l’ont révélé d’autres expériences menées sur des embryons non viables en Chine en 2016 et aux États-Unis en 2017: dans ce dernier cas, sur 54 tentatives de corriger un gène, un quart se sont soldées par un échec.

Un article du Scientific American évaluait alors une perspective «de 10 à 15 ans» avant que ce genre d’expérience ne puisse peut-être sortir des laboratoires pour être testé sur de véritables embryons.

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Édition génétique à la 24e semaine de grossesse

Or, selon un article du magazine Technology Review paru dimanche, qui cite des documents médicaux chinois publiés en ligne, quelqu’un aurait choisi de sortir des laboratoires.

Un groupe de chercheurs de l’Université de la science et de la technologie de Shenzhen, utilisant la technologie CRISPR, aurait altéré des gènes d’embryons avant de les implanter dans l’utérus, et aurait procédé à une édition génétique chez deux embryons à la 24e semaine de grossesse.

Les documents mentionnent le recrutement de couples acceptant de servir de cobayes et précisent que l’objectif aurait été d’éliminer un gène, CCR5, dans le but de rendre l’enfant immunisé au sida.

Enquête de l’Université

L’annonce survient alors que les experts mondiaux du domaine se réunissent à partir de mardi à Hong Kong, pour le Deuxième Sommet international sur l’édition du génome humain.

Les affirmations ont rapidement été mises en doute. L’université a déclaré lundi, par la voix de son porte-parole, qu’elle ignorait tout de ce projet de recherche et qu’elle lançait une enquête.

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Le principal chercheur visé, le professeur He Jiankui, affirme dans une vidéo filmée par l’Associated Press, que deux sœurs jumelles sont nées ce mois-ci, mais n’a fourni aucune preuve pour appuyer ses dires.

Inconduite scientifique

Les premières réactions à travers le monde vont du scepticisme à la colère: si c’est une fausse déclaration, lit-on, c’est un cas d’inconduite scientifique.

Et si c’est vrai, c’est aussi un cas d’inconduite scientifique, considérant les risques d’une telle expérience pour la santé de l’enfant et de la mère, en plus de l’abondance de questions éthiques sur des «bébés sur mesure» qui sont toujours non résolues.

Une initiative insouciante et injustifiée, titre The Atlantic, rappelant qu’un tel travail aurait été interdit dans l’Union européenne et aux États-Unis.

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