Deux artistes surprenants: Schiele et De Chirico

Schiele De Chirico Taschen

Schiele, éditions Taschen, Petite Collection, 2017, 85 illustrations, 96 pages. En couverture Autoportrait avec lanternes, 1912. De Chirico, éditions Taschen, Petite Collection, 2017, 89 illustrations, 96 pages. En couverture Mystère et mélancolie d'une rue, 1914.


25 février 2018 à 11h00

Si le temps rapproche quelque peu Egon Schiele (1890-1918) et Giorgio De Chirico (1888-1978), si l’espace les sépara, le premier est autrichien et le deuxième italien, tous deux ont un point artistique commun, ce sont des novateurs, des artistes peintres hors du temps qui ont laissé leur marque dans l’histoire de l’art.

Egon Schiele

«Schiele est considéré comme l’un des artistes autrichiens les plus importants après Klimt», déclare l’éditeur Taschen en publiant un ouvrage consacré à Schiele, un artiste que nous ne connaissons guère.

Egon Schiele a pour père un chef de gare. De sa jeunesse on retiendra ses manifestations d’indépendance. D’abord envers son tuteur, son oncle, après la mort de son père en 1905. Il refuse de faire carrière dans les chemins de fer, comme le voulait celui-ci.

Schiele Taschen
Schiele, Portrait d’Edith Schiele en robe à rayures, 1915, p. 61.

Le Groupe pour l’art nouveau

Avec l’accord de sa mère et l’appui de son professeur de dessin, Schiele, qui marque depuis son plus jeune âge un vif intérêt pour le dessin, entre en 1906 à l’Académie des Beaux-arts de Vienne.

Mais il ne supporte pas la tutelle magistrale et quitte l’École avec des amis. Il fonde le Neukunstgruppe (Groupe pour l’art nouveau). Avec les amis de son groupe, il commence à exécuter quelques peintures.

Il découvre à Vienne un art différent lors d’une exposition d’artistes du deuxième mouvement de la Sécession viennoise, qui comprend des artistes comme Gustav Klimt, Josef Hoffmann et d’autres. En 1907, Schiele rencontre Gustav Klimt, «en qui il reconnaît son modèle et maître spirituel. L’admiration est réciproque entre les deux artistes».

Le surréalisme

Par son style graphique, ses figurations distordues et son mépris pour les conventions artistiques, Schiele est un pionnier de l’expressionnisme autrichien et un des portraitistes les plus surprenants du XXe siècle.

Schiele a d’abord adopté une approche Art nouveau, dans l’esprit de Klimt, avant de développer un style sec et mordant. Ses très nombreux portraits et autoportraits détonnent dans l’univers artistique viennois: des poses érotiques, des modèles squelettiques, maladifs, sensuels.

Nombre de ses contemporains trouvent l’œuvre de Schiele laide et immorale. Il fera même un court séjour en prison pour obscénité, en 1912. «Aujourd’hui, on célèbre son œuvre pour son approche révolutionnaire du corps humain et son talent pour le dessin, d’une intensité qui touche presque à la folie.»

Le livre des éditions Taschen présente des œuvres clés de Schiele représentatives de sa carrière et de sa contribution au développement de l’art moderne.

«L’art ne peut être moderne. L’art est par essence éternel.» – Egon Schiele

De Chirico Taschen
Portrait de Giorgio De Chirico par Carl van Vechten.

De Chirico

À trois ou quatre reprises, le nom du peintre italien De Chirico apparaît dans L’Express, sans autres explications sur cet artiste. Le livre que les éditions Taschen lui consacrent dans leur Petite Collection est donc le bienvenu. Et il est d’autant plus intéressant d’en parler à la suite de Schiele que le parcours de ces deux artistes est à l’inverse.

Schiele passe d’une approche art nouveau au surréalisme tandis que De Chirico passe du surréalisme à un style plus académique. C’est dire que la lecture comparative de ces deux ouvrages est un divertissement culturel agréable.

Peinture métaphysique

Sous la rubrique Peinture métaphysique, l’éditeur présente ainsi ce peintre, sculpteur et écrivain: «Avec son mouvement Pittura Metafisica, le peintre italien d’origine grecque Giorgio de Chirico (1888–1978) fut une figure influente de l’avant-garde européenne dans l’entre-deux-guerres, aux côtés de maîtres comme Pablo Picasso et Paul Éluard.»

La «peinture métaphysique» de l’artiste représente des statues ou des mannequins que l’artiste figure dans des espaces définis par une perspective exagérée: places urbaines, arcades, façades distantes ou intérieurs claustrophobes.

De Chirico crée une mise en scène quasiment théâtrale de ses œuvres avec «des lignes nettes, des clairs-obscurs intenses, des plans géométriques et des vides qui dégagent une sensation d’angoisse et de solitude».

«Les tableaux désarçonnent, obligent ceux qui les regardent à réévaluer la nature de la réalité et à chercher, au-delà des apparences, des souvenirs furtifs et des visions inattendues.» En 2009, une exposition à Paris s’intitulait: La fabrique des rêves.

Retour au réalisme

Les surréalistes admirent De Chirico. Mais un jour, devant une toile du Titien, il a la «révélation de la grande peinture». Il se convertit alors à un style plus classique exaltant les valeurs du métier artisanal et de l’iconographie traditionnelle.

Dans un article de 1919, intitulé Il Ritorno al mestiere (Le Retour au métier), De Chirico se définit ainsi: «Pictor classicus sum» (je suis un peintre classique).

Il est rejeté par les surréalistes. Il encourage donc les jeunes peintres à un retour à la tradition et l’étude assidue des grandes œuvres du passé.

La présentation rigoureuse de l’artiste de l’ouvrage des éditions Taschen s’engage dans tous les détails de la Pittura Metafisica de Chirico, tout en explorant aussi ses œuvres tardives plus classiques, virage amplement critiqué par les surréalistes qui avaient tant aimé ses premières œuvres. Près de 90 illustrations permettent de suivre cette démarche.

De Chirico Taschen
De Chirico, Baigneuse au drap rouge, 1945, p. 89.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Montée de l’anti-bilinguisme au Nouveau-Brunswick

élections 24 septembre 2018
Les francophones n'ont rien à gagner et tout à perdre des élections de lundi prochain
En lire plus...

18 septembre 2018 à 15h59

Le Centre francophone veut ralentir le roulement du personnel

555 Richmond Ouest, 3e étage
Assemblée générale optimiste après une année de démissions et de restructuration.
En lire plus...

18 septembre 2018 à 13h33

Un match complètement fou entre Toronto FC et Los Angeles Galaxy

Toronto FC - Los Angeles Galaxy
Le Toronto FC accueillait Los Angeles Galaxy ce samedi soir dans son antre du BMO Field pour une rencontre décisive dans la course aux...
En lire plus...

18 septembre 2018 à 12h00

Hommage à la «robe Dôme» d’Iris van Herpen au ROM

Stylianos Pangalos
Le musée a accueilli le réalisateur Stylianos Pangalos et l'architecte Philip Beesley pour une ciné-conférence sur le thème de l'art, de la mode et...
En lire plus...

18 septembre 2018 à 11h00

Pénurie d’enseignants : les professionnels de l’immersion prennent les devants

immersion
Campagne de valorisation de la profession et portail de recrutement
En lire plus...

18 septembre 2018 à 9h00

Le marathon, c’est dans nos gènes

coureurs
Des changements anatomiques ont sans doute permis à nos ancêtres de devenir de bons coureurs d’endurance: un avantage évolutif.
En lire plus...

18 septembre 2018 à 7h00

Balade à Toronto : Gémeaux pour la meilleure composante numérique

Balade à Toronto
Au récent gala des prix de la télévision francophones du pays, 6 émissions sur 150 provenaient de l'extérieur du Québec...
En lire plus...

17 septembre 2018 à 16h55

Le Toronto Wolfpack sort victorieux d’une rencontre historique

Toronto Wolfpack - Toulouse Olympique
Le Toronto Wolfpack a battu 13-12 le Toulouse Olympique lors d'une rencontre de rugby à treize historique ce samedi au stade Lamport.
En lire plus...

17 septembre 2018 à 15h00

La démocratie pour de vrai… ou presque!

PFJA
Deuxième édition du Parlement francophone des jeunes des Amériques
En lire plus...

17 septembre 2018 à 13h10

Une nouvelle saison pour Oasis sous les meilleurs auspices

AGA Oasis membres
Bilan annuel plutôt favorable et encourageant à l'assemblée générale d'Oasis Centre des femmes.
En lire plus...

17 septembre 2018 à 13h00

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur