Des méduses géantes sur les plages de l’Île-du-Prince-Édouard

Les méduses à crinière de lion sont venimeuses. Les vents les poussent vers les côtes de l'Î.-P.É. Photo Marine Ernoult
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Cet été, les vacanciers doivent partager les plages de l’Île-du-Prince-Édouard avec des animaux marins vieux de 500 millions d’années: les méduses! Gélatineuses, venimeuses, elles se multiplient à travers les océans. Elles font preuve d’une impressionnante capacité d’adaptation et pourraient proliférer dans le golfe du Saint-Laurent.

C’est la bête noire de l’été: elle n’a ni carapace, ni squelette, ni yeux, ni poumon, ni sang.

Elle est constituée à 98% d’eau, mais elle sait se défendre! La méduse à crinière de lion (Cyanea capillata) est une géante venimeuse qui peut atteindre deux mètres de diamètre avec des tentacules pouvant aller jusqu’à trente mètres de long, soit la longueur d’une baleine bleue.

Cerné par des milliers de méduses

En cette période estivale, des centaines d’entre elles s’échouent encore venimeuses sur les plages de l’Île-du-Prince-Édouard. Les plaintes des touristes et des insulaires sont nombreuses.

Début juillet, un pêcheur s’est retrouvé soudainement encerclé par des milliers de spécimens à l’embouchure de la rivière Tryon, sur la côte sud de la province.

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Brûlure

Cette espèce de méduses pique tous ceux qui croisent sa route et provoque une sensation de brûlure intense. Ses tentacules sont hérissés de milliers de cellules urticantes, dont chacune peut libérer une minuscule aiguille qui injecte du venin. Le mécanisme se répète autant de fois que nécessaire.

Ce dispositif de défense a permis à l’animal marin de traverser les dernières 500 millions d’années.

«Plus elles sont foncées, plus elles sont dangereuses», observe Philippe Archambault. professeur à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, au Québec.

Une méduse à crinière de lion. Photo Marine Ernoult

Moins de tortues, plus de méduses

«Normalement, elles vivent au large. Ce sont les vents et les courants qui les ramènent certains jours vers les côtes», détaille le biologiste. Il explique que les méduses ne sont pas des animaux saisonniers et supportent très bien les changements de température.

Chaque année, les vacanciers ont le sentiment qu’il y en a plus qu’avant. Est-ce une simple impression ou les méduses prospèrent-elles davantage?

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Depuis les années 1980, des proliférations sont régulièrement signalées un peu partout dans le monde. Les scientifiques restent prudents sur le sujet par manque de données fiables. Ils parlent de hausse à certains endroits, de variations à d’autres.

À cause de la pêche

Dans les eaux du golfe du Saint-Laurent, la recrudescence des méduses pourrait être liée à la disparition de l’un de leurs principaux prédateurs, la tortue luth (Dermochelys coriacea). C’est le résultat d’une étude, publiée en mai dernier par des chercheurs de l’Université de Dalhousie en Nouvelle-Écosse.

Plus largement, la surpêche débarrasse la méduse de ses prédateurs (thons, poissons-lunes, etc.) et de ses concurrents qui se nourrissent des mêmes espèces qu’elle. Elle peut ainsi se repaître en toute tranquillité de plancton, d’œufs et de larves des poissons restants.

Du vinaigre en cas de piqûre

La méduse est parfaitement adaptée à tous les bouleversements environnementaux qui affectent les océans. Un éventuel réchauffement climatique ne la dérangerait pas: elle apprécie les eaux plus chaudes!

La multiplication des constructions en mer et le long des côtes (pour lutter contre l’érosion notamment) est aussi un avantage pour sa reproduction. Car la jeune méduse, encore au stade de polype (comme du corail), a besoin de se fixer sur une surface dure pour atteindre sa forme adulte définitive.

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Même la pollution

La pollution des océans par le plastique fait aussi son affaire: «Ça semble fournir au polype un substrat pour se développer», explique Philippe Archambault.

Finalement, l’augmentation des nutriments dans l’eau, liée à la pollution agricole et aux rejets d’égout, favorise également le développement du phytoplancton dont se nourrissent les polypes, ajoute le scientifique.

La prolifération des méduses aux abords des rivages «est encore occasionnelle, mais pourrait devenir une tendance lourde dans les années à venir», affirme le biologiste.

Le vent les repoussera

Allons-nous être forcés de nous baigner en combinaison intégrale jusqu’à la fin de l’été? «C’est difficile de prédire quand les méduses quitteront la côte, il faut attendre que les vents changent de direction pour les pousser au large», répond Philippe Archambault. «Ce qui arrive toujours dans le golfe».

En attendant, il vaut mieux s’éloigner de la mer quand un essaim dérive vers le rivage. Pour les plus téméraires, en cas de piqûre, rincer au vinaigre est la première chose à faire ; en Asie, des distributeurs de vinaigre sont ainsi installés sur les plages. Toutefois, contrairement à la croyance populaire, n’utilisez pas de l’urine. Elle augmenterait le risque de surinfection.

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