Des gens «comme nous» dans douze nouvelles

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Président du Parlement international des écrivains et membre de la prestigieuse American Academy of Arts and Letters, Russell Banks est sans conteste un des écrivains majeurs de sa génération. Son recueil de nouvelles, publié en anglais en 2013, est récemment paru en français. Un membre permanent de la famille propose non seulement des textes finement ciselés, mais susceptibles de transmuer le réel et le quotidien en authentiques paraboles métaphysiques.

Russell Banks nous offre douze nouvelles écrites dans un style à la fois sobre et léger. Dans la première, intitulée Ancien marine, un homme commet un hold-up dans une banque, se sauve, a un accident et se retrouve à l’hôpital. Ses trois fils arrivent à son chevet et lui posent trois questions.

«Allez, papa, sois raisonnable. On est deux, là, à pouvoir t’arrêter! C’est ce que tu veux? Être arrêté par tes propres fils? Et que le troisième soit ton gardien de prison?» En quittant la chambre d’hôpital, les fils oublient de vérifier si le fusil resté dans le sac incriminant de leur père est chargé ou non…

Dans la nouvelle éponyme, les personnages sont «tous des atomes provenant de la fission de familles nucléaires». La fission est le divorce et la garde partagée. Le membre permanent est Sarge, une chienne qui «nous aidait à différer l’éclatement de notre colère, à repousser notre besoin de coupable». Puis un accident arrive, un accident qui entraîne une fissure dans les relations entre le père et ses fils…

Fête de Noël est une nouvelle qui met aussi en scène un couple divorcé, sans enfant cette fois. L’homme vit seul alors que son ex se remarie; elle l’invite à une somptueuse fête de Noël, qui prend la forme d’un triste mélange d’envie et de solitude pour l’homme esseulé.

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Dans la nouvelle intitulée Transplantation, une femme souhaite écouter le cœur de son défunt mari dans le corps de l’homme à qui le don d’organe a profité. Assez inusité comme situation, vous en conviendrez. Assez touchant aussi comme récit.

Bien des Canadiens sont des Snowbirds qui passent l’hiver en Floride. Une nouvelle est consacrée à un de ces «Oiseaux des neiges». Il s’agit d’une femme dont le mari meurt sur le court de tennis. Son amie du nord de l’État de New York accourt pour consoler la veuve qui la surprend en affirmant: «Le fait de savoir que je vais bientôt être une femme très riche m’a rendu la mort de George beaucoup plus supportable. Ça a l’air affreux, mais c’est vrai.»

Les nouvelles de ce recueil sont presque toutes campées en Nouvelle-Angleterre, dans les Adirondacks, ou en Floride. On y apprend que beaucoup d’hommes à Miami sont des deux bords ou bisexuels. «Tu serais étonné de voir combien de beaux enseignants de fac vont d’un côté comme de l’autre. […] Ils veulent des enfants de chœur.»

L’auteur glisse constamment des remarques qui paraissent anodines de prime abord, mais qui sont en fait de subtiles touches psychologiques qui nous rendent les personnages sympathiques parce que exactement comme nous. Il écrit, par exemple, qu’un homme «n’avait aucun désir de s’abonner à un club de gym et d’abandonner ses boxer-shorts Hanes pour mettre des slips taille basse Calvin Klein».

La traduction de ces nouvelles est assez bien rendue. Je me suis cependant demandé pourquoi «marshmallows» est resté en anglais dans le texte (sans italique) alors que le mot «guimauve» est bien connu. Il en va de même pour une voiture «en leasing» et non en location.

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