Des femmes pour parler des révoltes tunisiennes

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«J’ai toujours aimé écrire, mais ce n’est pas un domaine auquel je me préparais comme carrière, mais avec les circonstances je suis devenue militante des droits de la personne, puis écrivaine», a expliqué Monia Mazigh au cours d’un entretien avec L’Express à l’occasion de sa récente participation à une activité de la Bibliothèque publique de Toronto.

«L’écriture est devenue quelque chose qui m’aidé dans mon travail de tous les jours et aussi pour communiquer avec les autres et pour exprimer mes opinions.»

Dans le cadre de la série Eh List, la bibliothèque a invité l’épouse de Maher Arar – ce Canadien d’origine syrienne que le gouvernement précédent avait laissé déporter par les Américains en Syrie, où il avait été torturé – discuter de son dernier roman Du pain et du jasmin.

Née à Tunis, elle vit actuellement à Ottawa où elle travaille depuis un an comme coordinatrice nationale pour la Coalition pour la surveillance internationale de la liberté civile.

Du pain et du jasmin est son troisième ouvrage après Miroirs et Mirages (2011) et Les Larmes emprisonnées (2008), ce dernier racontant ses efforts pour faire libérer son mari, soupçonné de connaître des terroristes.

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«Je voulais écrire l’histoire de ce qui s’est passé avec mon mari et ma famille pendant que mon mari était en prison. Cela m’a aidé à organiser mes idées, à me concentrer sur ce qui s’est passé, à écrire pour les autres», nous a-t-elle confié.

«Ça m’a ouvert la porte pour continuer à écrire de façon plus professionnelle, c’est-à-dire à m’adresser à un public. C’est comme ça que je suis devenue auteure sur des sujets qui m’intéressent.»

Du pain et du jasmin relate l’histoire de deux révoltes tunisiennes: celles de 1984 (révolte du pain) et de 2010 (révolte du jasmin), qui ont influencé la vie de deux femmes, la mère et la fille. «C’est l’histoire de leurs expériences et comment elles ont été influencées malgré elles ou de leurs propres grès pour devenir ce qu’elles sont maintenant, Je me suis basée sur mes recherches, sur ma propre expérience, sur certaines lectures et j’ai laissé l’imagination faire le reste.»

Si le personnage de Nadia a quelques points de similitude avec son auteure, elle ne s’identifie pas à son personnage, souligne Monia Mazigh. «Il y a un peu de moi dans le personnage de Nadia. Nadia vivait en Tunisie, moi aussi j’y ai vécu l’époque de la révolution du pain. Mais ce n’était pas les circonstances de Nadia, ce n’était pas la même famille qu’elle. Il y a un peu de toute mon expérience, de mon vécu, mais c’est différent, car elle décide de partir, poussée par les événements, alors que moi je suis venue étudier au Canada.»

«Je me suis basée sur mes recherches, sur ma propre expérience, sur certaines lectures et j’ai laissé l’imagination faire le reste. Les personnages sont un mélange de plusieurs personnes que j’ai connues, en d’autres mots des personnages multi-facettes.»

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«De même, je ne pense pas qu’il ait de parallèles entre ma mère et celle de Nadia. C’est juste un personnage que j’ai développé qui m’intéressait, que je voulais explorer. Peut-être que je me sentais plus à l’aise, car je connais le milieu, comment les gens pensent d’après ce que j’ai vécu, j’étais plus à l’aise de parler de cette période-là, de ces personnages-là», a-t-elle insisté.

À travers ces deux révoltes, Monia Mazigh explore une thématique qui la passionne: l’évolution de la Tunisie. «Comment le pays a changé? De l’intérieur et de l’extérieur? Comment les gens réfléchissent?

«Est-ce que le pays va vraiment changer?», se demande-t-elle.

Pour elle, si la révolte du pain a avorté, celle de 2010 a amené du changement dans la société tunisienne et inauguré le Printemps arabe dans tout le Moyen-Orient. «Il y a encore la peur, même si c’est moins qu’avant. Les gens parlent beaucoup plus politique, d’ailleurs trop à mon avis. Je pense que des choses ont changé par la force des choses, c’est plus ouvert.

Il y a une plus grande liberté d’expression qui n’avait pas eu lieu avec la révolution du pain.»

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Cet ouvrage, comme ses autres livres, nous plonge dans un environnement principalement féminin. «C’est un choix délibéré, voulu et naturel, car je suis entourée moi-même par beaucoup de femmes que je connais.»

À travers son roman, elle montre que la figure féminine a changé après la révolte de 2010. «La première révolte a eu moins d’impact, même si Nadia décide de partir, comme elle se rend compte qu’elle est dans une société hypocrite, suffoquée par la peur. Certainement il y a eu un impact, même si je ne peux pas l’identifier, car je ne suis pas sociologue. Cependant, la fille de Nadia va rencontrer chez les filles de son âge une différence par rapport aux filles de la génération de sa mère.»

Pour elle, le principal changement est la plus grande offre de possibilités pour les Tunisiens. «À mon époque, on n’était pas exactement attaché, mais je pense qu’il y avait un manque d’opportunités, de possibilités.»

«Les médias sociaux sont venus changer la donne. Si on est émancipé, on peut le partager avec d’autres femmes. C’est devenu plus populaire, plus démocratique, alors cette relative liberté était réservée dans le passé à une classe privilégiée.»

Si elle se dit en réflexion sur un nouveau livre depuis quelque temps, «je ne suis pas certaine que c’est quelque chose que je pourrais mettre en œuvre bientôt. Il faut vraiment du temps libre, mais j’espère le trouver.»

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