Des avions à l’huile de moutarde canadienne

Agrizona

Le pdg d'Agrisoma Biosciences, Steven Fabijanski, devant le premier avion commercial à effectuer un vol avec son biocarburant aux graines de moutarde.


17 février 2018 à 7h00

Le premier vol commercial alimenté en partie de biocarburant créé à partir d’huile de graines de moutarde du Canada a décollé de Los Angeles le 28 janvier pour atterrir 15 heures plus tard à Melbourne en Australie.

Ce survol de 13 000 km au-dessus de l’océan Pacifique effectué par un Boeing 787-9 Dreamliner de la compagnie aérienne Qantas marque l’histoire de l’aviation. On a substitué 10% du carburant conventionnel par le mélange de l’entreprise québécoise Agrisoma, ce qui réduirait les émissions de gaz à effet de serre de l’appareil.

Aux premières loges pour savourer ce succès, l’équipe d’Agrisoma biosciences – spécialisée dans la recherche et le développement de la moutarde Carinata – récolte le fruit d’un travail de longue haleine.

«On est très heureux. Ça fait longtemps que l’on travaille là-dessus», mentionnait André Levasseur, vice-président et chef de la direction financière, quelques heures avant l’atterrissage.

L’aventure a commencé au sein du ministère fédéral de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, où les chercheurs ont donné naissance à la moutarde Carinata, plante cousine du canola, un produit dérivé du canola et de la moutarde.

«On a acheté les droits commerciaux il y a six ans, mais Agriculture et Agroalimentaire Canada demeure un partenaire très important», indique M. Levasseur.

Biocarburant renouvelable

L’entreprise demeure l’experte en semences et a réussi à développer le produit, puis trouvé des gens pour extraire l’huile de la graine à grande échelle, d’autres pour en faire un carburant pour avion et d’autres encore pour faire office de distributeur.

Elle a aussi conclu une entente avec Quantas et les agriculteurs australiens pour s’assurer d’avoir suffisamment de matière première pour fabriquer au moins 200 millions de litres par année, sur une surface d’environ un million d’acres.

Agrisoma fait aussi affaire avec des agriculteurs d’un peu partout dans le monde et opère un centre de recherche dans l’Ouest canadien, berceau du canola, fait valoir M. Levasseur. «On a investi énormément depuis les cinq dernières années. Ça prend beaucoup de temps.»

Au final, ce biocarburant respecte toutes les caractéristiques des carburants d’origine pétrolière avec l’avantage qu’il est renouvelable. De plus, la plante a été développée pour être fertile dans les endroits les plus inhospitaliers. Plusieurs variétés ont été raffinées pour s’adapter à différents environnements.

Mais jamais elle n’entre en compétition avec les cultures destinées à l’alimentation humaine. On la sème où rien ne veut pousser ou on l’utilise comme plante de couverture. Elle est connue pour ses effets bénéfiques sur la fertilité des sols.

Elle comporte aussi un dernier avantage, c’est que les fibres résiduelles une fois l’huile extraite, s’avère une excellente source de protéines pour les bovins.

En Ontario

La moutarde Carinata pourrait aussi faire son entrée en Ontario. L’été dernier, un projet de recherche a été entrepris pour évaluer les rendements de certaines variétés de semences dans l’Est ontarien et établir les meilleures pratiques de production.

Cette collaboration entre Agrisoma Biosciences, le collège La Cité par le biais de son Centre d’accès à la technologie (CAT) en Bio-Innovation et la FERCA (Ferme d’éducation et de recherche du campus d’Alfred) a suscité beaucoup d’enthousiasme.

«Pour La Cité c’est quelque chose d’extraordinaire. Ça implique les étudiants, les professeurs et ça donne une belle vitrine pour la recherche», comment Charles-André Massebeuf, conseiller au développement des partenariats au CAT. «Moi, j’avais vu l’entreprise dans un article sur l’innovation il y a trois ans environ et j’ai toujours voulu travailler avec eux. On a été chanceux. On leur a exposé ce que La Cité pouvait faire pour eux, on a commencé avec un petit projet et là on est rendu à une autre étape.»

Une dizaine de personnes de La Cité – des étudiantes et techniciennes, un chargé de projet et un conseiller – ont travaillé sur ce projet qui a débuté en juin 2017.

Un employé de la FERCA a veillé à la mise en culture en champs au cours des derniers mois et deux échantillonnages de plantes ont été réalisés à Alfred. L’équipe s’est même rendue à Saskatoon pour voir les installations de l’entreprise. La récolte finale a été effectuée à la mi-octobre et les graines seront analysées pour déterminer leurs qualités et comparer le taux de production de celles-ci avec celui de l’Ouest.

«L’équipe de recherche de La Cité et toutes les personnes impliquées étaient très dédiées», commente M. Massebeuf.

Il fallait dans un premier temps développer des protocoles, des méthodes pour faire le suivi et documenter les étapes de façon scientifique. La compagnie souhaite développer des protocoles expérimentaux spécifiquement pour la région de l’Est ontarien qui permettront de démontrer les impacts positifs de cette plante sur la microflore du sol.

Mission: rentabilité

«Présentement on fait surtout des tests, il reste du travail à faire pour trouver la variété adaptée pour l’Ontario. L’acrage ontarien n’est pas évalué encore, mais on pourrait dire qu’il pourrait y avoir au moins 400 000 acres par année», estime M. Levasseur.

Il y a aussi le facteur rentabilité à considérer, la productivité par acre. «Il faut trouver les variétés qui permettent de verser un prix raisonnable à l’agriculteur et de voir à quel prix on peut le revendre. La clé c’est qu’il faut que ce soit rentable pour tous les joueurs et, au centre, il y a la semence. C’est le joyau qui permet la réalisation de toutes ces chaînes d’approvisionnement», conclut M. Levasseur.

L’utilisation de biocarburants est obligatoire dans 62 pays, et le biodiesel est l’un des segments de l’industrie des biocarburants qui connaît la croissance la plus rapide. On prévoit que sa consommation passera de 4,5 milliards de gallons, aujourd’hui, à 7 milliards de gallons en 2020.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Le Prix Jeanne Sabourin à Claude Guilmain

Prix Jeanne Sabourin
9e Gala Reconnaissance de Théâtre Action
En lire plus...

18 juin 2018 à 15h59

Accueil «par et pour» les francophones à l’aéroport Pearson

Une initiative à répéter dans d’autres aéroports au pays
En lire plus...

18 juin 2018 à 14h59

Marche gastronomique dans Chinatown

Dix plats dans six restos en deux heures et demie
En lire plus...

18 juin 2018 à 10h00

Quand les « indiennes » ont révolutionné la mode européenne

Pour saisir le sens et l’importance d’une découverte, il faut se replacer à l’époque où celle-ci a été faite. En Europe, dans le passé,...
En lire plus...

17 juin 2018 à 11h00

Errer entre deux mondes

Guy Bélizaire vient de publier À l’ombre des érables et des palmiers, un recueil de nouvelles dont certaines sont écrites au « je ». Est-ce une...
En lire plus...

17 juin 2018 à 9h00

Quiz : Le lundi de la matraque

quiz
Ça brassait au Québec dans les années 60-70: le Lundi de la matraque en est un épisode mémorable.
En lire plus...

17 juin 2018 à 7h00

Suer pour rester en santé

santé
Recherche et activité physique : un demi-siècle de médecine préventive
En lire plus...

La schizophrénie du placenta

On savait déjà que les sources de la schizophrénie étaient en partie génétiques. Et une hypothèse veut depuis longtemps que des complications pendant la...
En lire plus...

16 juin 2018 à 7h00

High Park, un espace de verdure au cœur de la ville

High Park
Visites Express
En lire plus...

15 juin 2018 à 17h00

Un pavillon des saveurs francophones à la FrancoFEST de Hamilton

FrancoFEST Hamilton
Le Couleur, Céleste Lévis, Jacobus, Claude Bégin, Jamie Adkins...
En lire plus...

15 juin 2018 à 15h00

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur