La francophonie canadienne de plus en plus distincte… du Québec


21 novembre 2006 à 13h59

Bien qu’elle partage d’important pans de sa mémoire avec le Québec, la francophonie canadienne se représente de plus en plus comme une société distincte de la Belle Province, avec des lieux de mémoire, de commémoration et d’identité qui lui sont propres. C’est ce qui ressort d’un colloque tenu à Ottawa les 15, 16 et 17 novembre.

Les lieux de mémoire réfèrent ordinairement au patrimoine bâti (édifices), à des endroits géographiques historiques identifiés par une plaque, à des monuments et à la toponymie (nom de localités, cours d’eau, etc.). À titre d’exemple, la déportation des Acadiens a été commémorée par la reconstruction d’une église à Grand-Pré, par une statue de la mythique Évangéline, par une croix au lieu dit de la déportation et par un monument très récent (2004) qui rappelle la résilience des Acadiens, c’est-à-dire pas uniquement leur exil et leurs affres, mais aussi leur vigueur qui a conduit au retour de plusieurs d’entre eux.

En Ontario français, un des lieux de mémoire les plus éloquents est Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons.

Fait intéressant à noter, la province recèle d’une kyrielle de toponymes qui font écho à une présence française très ancienne, notamment Pointe à l’Orignal (devenue L’Orignal près de Hawkesbury), Sault-Sainte-Marie et lac Supérieur.

Certains toponymes français ont été traduits (rivière Creuse est devenue Deep River) ou carrément remplacés par des noms anglo-saxons (île Tonti / Amherst Island, Grande Isle / Wolfe Island). D’autres toponymes ont été massacrés: Chenail écarté / The Snye, Petite Côte / Petticoat, rivière au Sable / Ausable River.

Certains toponymes ontariens sont des emprunts à la France: Orléans, Embrun, Vars. D’autres sont le résultat d’une appropriation franco-ontarienne suite au départ d’Écossais ou d’Irlandais. Ainsi, Kerry devient Saint-Isidore-de-Prescott, Girvan / Saint-Albert, The Brook / Bourget, South Indian / Limoges.

La promotion d’une identité occupe une place importante dans les lieux de mémoire. Le meilleur exemple est la Fête du Canada. La première célébration a lieu le 1er juillet 1958 et elle s’appelle Dominion Day. Le Premier ministre John Diefenbaker tient mordicus à ce que la fête loue l’héritage britannique et célèbre les liens entre le Canada et la Grande-Bretagne.

C’est sous le gouvernement Pearson qu’on commence à présenter des spectacles sur la colline du Parlement, lesquels promeuvent la bilinguisme et le biculturalisme du Canada (nous sommes à l’époque de la Commission BB). Sous Trudeau on invite chaque fois des artistes de la francophonie canadienne (Roch Voisine, Hart Rouge, Patsy Galant) et des communautés multiculturelles. Les artistes québécois qui s’y produisent passent souvent pour des traîtres aux yeux de l’Union des artistes.

Comme il est question de spectacles, pourquoi ne pas souligner une récente initiative commémorative. Il s’agit de la production franco-ontarienne de L’Écho d’un peuple qui, à travers 14 tableaux historiques, célèbre une pléiade de victoires, scolaires ou autres (S.O.S. Montfort). Une trousse pédagogique invite les élèves à célébrer la fête de Dollard, la Saint-Jean et la fête du drapeau franco-ontarien. Il est à noter que les luttes ouvrières et féministes brillent par leur absence (peut-être parce qu’elles ne sont pas aussi homogénéisantes que les luttes scolaires).

Au cours de ce colloque organisé par le Centre de recherche en civilisation canadienne française et le Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités de l’Université d’Ottawa, une intervenante a mentionné que le Parlement canadien fait face à la rue Wellington (Ottawa) et, par conséquent, tourne le dos à Gatineau, à la province majoritairement francophone.

Elle a même ajouté que le Parlement tourne le dos au lac Meech (lire: à l’accord constitutionnel torpillé par des provinces majoritairement anglaises). On lui a fait remarquer que les Québécois de Gatineau ont une vue directe sur la bibliothèque du Parlement (seule partie qui n’a pas été incendiée en 1916). Cette bibliothèque rappelle aussi la présence à Ottawa de plusieurs écrivains et traducteurs francophones.

Un des exposés les mieux articulés a été celui de Lucie Hotte, professeure de littérature franco-ontarienne à l’Université d’Ottawa. À l’aide d’extraits d’œuvres de Jean Marc Dalpé et de Patrice Desbiens, elle a illustré comment des lieux quotidiens – restaurants, bars, chantiers, mines – deviennent des lieux de mémoires.

Lucie Hotte a noté que, avant l’explosion littéraire des années 1970, les Franco-Ontariens formaient un peuple sans histoire, non pas parce qu’ils n’avaient pas d’histoire ou parce que personne n’avait encore pris la plume, mais parce qu’on n’avait pas encore raconter LEUR histoire.

Le colloque sur les lieux de mémoire, de commémoration et d’identité de la francophonie canadienne a permis de prendre conscience d’une maturation atteinte par un peuple. Aujourd’hui, la mémoire est non seulement consciente du passé, elle est aussi une façon de vivre le présent, le quotidien.

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