De la traduction des noms de villes

Partagez
Tweetez
Envoyez

Ça fait quelques chroniques que je consacre au français parlé en Belgique. Je n’y peux rien, j’aime la Belgique. J’y ai surtout trouvé l’amour. Ceci explique cela. J’ai déjà écrit, par exemple, sur les belgicismes ou sur les expressions propres à la Wallonie. Mais je ne m’étais pas encore arrêté à un autre phénomène propre à ce pays de dualité linguistique: la traduction des noms de villes.

La Belgique est divisée en trois régions linguistiques: la communauté française, surtout établie en Wallonie, la communauté néerlandophone – ou la Belgique flamande – et la communauté germanophone, qui s’exprime en allemand et qui occupe une petite superficie près de la frontière avec l’Allemagne. La très grande partie de la population parle flamand (ou néerlandais) ou français.

Il existe une certaine étanchéité entre les communautés linguistiques. Je vous épargnerai les détails, mais une des manifestations extraordinaires de cette étanchéité demeure sans doute la traduction des noms de villes.

Si vous vous trouvez en Flandre et que vous roulez sur l’autoroute, vous avez tout intérêt à connaître le nom flamand de la ville wallonne où vous souhaitez aller parce qu’autrement, vous pourriez bien manquer votre sortie. Bien sûr, il y a des faciles: Charleroi reste Charleroi, Bruxelles devient Brussel, Louvain devient Leuven, Namur devient Namen.

Mais il y en a des plus compliqués: Liège devient Luik en néerlandais, Tournai devient Doornik, Enghien devient Edingen. Et le plus fascinant parmi les grandes villes: Mons, qui devient Bergen en néerlandais.
Remarquez que l’inverse est aussi vrai. Si vous êtes flamand et que vous roulez en Wallonie, vous devrez savoir lire Bruges, Anvers, Gand, Courtrai plutôt que Brugge, Antwerpen, Ghent et Kortrijk.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Et si vous êtes un Français en vacances sur la côte flamande et que vous souhaitez regagner Lille, vous devrez impérativement savoir que c’est à cette ville que fait référence le nom de Rijsel que vous verrez sur les panneaux autoroutiers!

Heureusement, chez nous, la dualité linguistique n’a pas cette étrange portée. Imaginez un peu si on devait absolument traduire les noms de villes… On s’imagine mal faire un arrêt à Mâchoire-de-l’Orignal (Moose Jaw), Baie-du-Tonnerre (Thunder Bay), Cheval-Blanc (Whitehorse) ou à Baie-de-l’Oie (Goose Bay).

À l’inverse, on croirait étrange de devoir traduire Rivière-du-Loup, Sept-Îles, Trois-Rivières ou Mont-Tremblant par Wolf River, Seven Islands, Three Rivers ou Shaking Mountain…

Au Canada, les toponymes servant à désigner des noms de villes sont à peu près immuables. Une des exceptions notoires demeure la ville de Saint John (Saint-Jean) au Nouveau-Brunswick. Autrement, on ne traduit pas les noms de villes.

Cela donne des situations parfois étranges puisque, par exemple, nous connaissons très bien la ville de London, en Ontario. Mais comme francophones, jamais il ne nous viendrait à l’esprit de faire un voyage à London au Royaume-Uni. On va à Londres, tout simplement.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

On va aussi à la Nouvelle-Orléans, même si on va aussi à New York. La traduction des noms propres géographiques est un procédé parfois aléatoire.

Cela nous amène aussi au sempiternel débat entre les noms francisés et les noms d’origine de certaines villes, à l’échelle internationale. Il fut un temps où on francisait les noms des grandes villes: Pékin, Moscou, Bombay, La Havane, Le Caire, Prague, Copenhague… Ces noms sont restés dans l’usage et ils sont tout à fait corrects. Mais on a vu apparaître la tendance à employer les noms d’origine: Beijing, Moskva, Mumbai…

Par contre, on se verrait mal devoir prononcer Al-Qahira, Praha ou København.

On ne se trompe jamais si on emploie un nom français reconnu: Londres, Cologne, Rome, Athènes, Vienne, Alger, Munich… Non seulement ces traductions facilitent la prononciation, mais pour plusieurs, elles sont tellement plus poétiques que le nom original!

Partagez
Tweetez
Envoyez
l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur