De la nécessité de raconter 

Ahmad Danny Ramadan, La balançoire de jasmin, roman traduit de l’anglais par Caroline Lavoie, Montréal, Éditions Mémoire d’encrier, 2019, 256 pages, 22,95 $.
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«Personne ne sait comment finissent les histoires. On n’en écrit que le début.»

Ahmad Danny Ramadan en raconte plusieurs dans La balançoire de jasmin, son premier roman acclamé par la critique: Top Ten Books du Toronto Star en 2017 et Best 100 Books du Globe and Mail.

Ce dernier a écrit que l’ouvrage se lit comme la lettre d’amour déchirée d’un fils gai pour sa mère patrie, la Syrie, et qu’il porte un regard sur notre époque afin de s’inventer un avenir.

Un couple des Mille et une nuits

Le narrateur est un hakawati, un conteur. Lui et son amant ne portent pas un nom précis, ils sont tout simplement un couple syrien des Mille et une nuits. Maintenant dans la quatre-vingtaine, l’un est Shahryar et l’autre est Schéhérazade.

Le conteur fuit d’abord au Caire dans la vingtaine. Lui et son amant s’exilent ensuite au Liban avant d’aboutir à Vancouver où le récit se déroule.

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Se réfugier à l’étranger ne permet pas de laisser le passé derrière soi. Bien au contraire, il fleurit dans chaque histoire que l’hakawati sert à son amant en fin de vie.

Danger à chaque pas

Les deux garçons se rencontrent à Damas (Syrie) et doivent calculer chaque pas, car ils craignent la guerre et même leurs familles. L’union fait la force: «Nous étions tout fait nous-mêmes, nus dans les bras l’un de l’autre, presque inconscients du monde autour de nous.»

L’un aime l’autre, contrairement à sa mère, et l’accepte, contrairement à son père.

Le conteur se promène dans un paradis de souvenirs heureux, jeunes ou anciens. «J’oscille entre imaginaire et réel, reliés par des portes communicantes. Il me suffit de frapper à une de ces portes pour retourner en arrière. Elle s’ouvre sur des souvenirs de ma vie, des mondes parallèles ou des temps plus anciens.»

Voyage vers la mort

Ahmad Danny Ramadan raconte la dernière étape d’un voyage vers la mort. «Aussi bien y prendre plaisir.»

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Mais, curieusement, il est observé par l’ange de la mort, qui bavarde avec lui, qui l’invite même parfois à participer à un jeu qui prend la forme d’une autre histoire. «Les spectres du passé rentrent à la hâte dans les plis de la cape noire de l’angle de la mort.»

L’auteur glisse ici et là des réflexions personnelles. Il explique, par exemple, comment tous les oiseaux et tous les animaux savent écouter le cœur battant de la planète. «Allah a doté chaque être vivant d’émotions pour lui permettre de distinguer le bien du mal et de rendre grâce. Sauf les êtres humains. Ils ont oublié comment écouter.»

Les retours s’entrecroisent

Chaque histoire racontée est une page de vie, qui n’est pas présentée de façon chronologique. Les flashbacks s’entrecroisent et déroutent parfois le lecteur. Je pensais lire un roman gai, mais je suis resté sur ma faim.

Je reconnais, comme le souligne le Quill and Quire, que La balançoire de jasmin est «tour à tour coming out, leçon de vie, critique de l’autoritarisme et plaidoyer sur la nécessité de raconter».

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