De la Bretagne à Toronto… via New Delhi

Rencontre avec Jean-Pierre Faou, nouveau proviseur du Lycée français de Toronto

Jean-Pierre Faou au LFT (Photo: Laurie Humbert)


23 octobre 2017 à 14h00

Le nouveau proviseur du Lycée français de Toronto, Jean-Pierre Faou, a débuté sa carrière en Bretagne, qu’il a quittée il y a cinq ans pour la capitale indienne New Delhi, avant de choisir Toronto cette année.

«J’ai une affinité familiale avec l’Amérique du Nord puisque ma femme est américaine, et ma maîtrise de la langue anglaise a été repérée par mon employeur», explique-t-il à L’Express, qui l’a rencontré récemment dans son établissement, situé au

Appartenant à la fonction publique française (détaché du ministère des Affaires étrangères), Jean-Pierre Faou a été directeur de grands lycées classiques et techniques en Bretagne. Il s’est occupé du Lycée français de New Delhi avant de prendre la direction de celui de Toronto.

Concurrence

Outre le défi éducatif du LFT, qui dispense l’enseignement français «de la maternelle à la Terminale», ce qui a aussi intéressé le proviseur, c’est la «situation concurrentielle» dans laquelle se trouve le LFT.

«J’étais intéressé par cet environnement particulier, différente de ce que j’ai pu connaître. Le LFT est en concurrence dans le réseau francophone: il y a les écoles d’immersion, les écoles des deux conseils scolaires francophones, il y a aussi un autre établissement scolaire français privé, la Toronto French School.»

Enfin, l’enjeu de la promotion de la langue française au Canada, et particulièrement à Toronto, prend une dimension particulière pour Jean-Pierre Faou.

Programmes français

En ce qui concerne les objectifs et projets du LFT, Jean-Pierre Faou évoque trois axes principaux.

Premièrement, les programmes français et l’accent mis sur les langues. «Ce qui fait notre force ici, c’est d’offrir les programmes scolaires tels qu’ils sont faits en France.»

«On a un volet important sur les langues, puisque on a une grande diversité des situations familiales et linguistiques dans la communauté. Les gens recherchent des langues maternelles, des langues de la famille… Chinois, espagnol, italien, allemand: ces langues sont enseignées dès le primaire. C’est une particularité de l’établissement qu’on veut valoriser et renforcer.»

Universités

Ensuite, l’orientation post-bac. Selon Jean-Pierre Faou, les établissements d’éducation supérieure d’Amérique du Nord sont très attractifs, notamment auprès des étudiants canadiens du LFT, qui ont un attachement familial et sentimental pour le Canada.

Cependant, le LFT a vocation à ouvrir à ses élèves les portes des établissements d’éducation supérieure français. Bien qu’actuellement, peu d’élèves sont intéressés, Jean-Pierre Faou veut travailler avec les services de l’Ambassade de France pour renforcer l’attractivité de ces établissements français, comme les écoles de commerce, mais surtout les écoles d’ingénieurs comme l’École centrale ou encore l’École polytechnique.

Enfin, trouver une nouvelle «clientèle». Actuellement, les anglophones représentent environ 30% des élèves de l’établissement. Le LFT participe activement à des salons et présentations afin de trouver un nouveau public, en montrant son offre pédagogique.

C’est essentiellement chez «les petits» que le LFT veut faire venir les anglophones.

Bien-être de l’élève

Selon Jean-Pierre Faou, les parents canadiens viennent chercher au LFT une éducation qu’ils ne trouvent pas dans les autres établissements francophones de Toronto, et il est nécessaire pour le LFT de jouer sur cette différence. L’objectif est de comprendre ce qu’ils cherchent et de le valoriser.

Le proviseur affirme que l’approfondissement des disciplines, la rigueur académique et le travail personnel de recherche caractérisent le programme scolaire français dispensé par le LFT. Il reconnaît que ce qui fait la force du système scolaire américain et fait défaut au programme français sont «le développement et l’épanouissement global de l’élève».

Le LFT doit donc accentuer la préoccupation du bien-être de l’élève, afin de casser la représentation «austère et dure» qu’on se fait de l’éducation à la française.

Deux cultures

L’enjeu réside donc en la conjugaison des deux cultures. Pour Jean-Pierre Faou, il est nécessaire, au travers des activités de classe, et de la prise en charge des élèves, d’accentuer la sensibilité nord américaine. «Les activités de spectacles et de commémorations que nous organisons empruntent beaucoup à la culture canadienne, aux rites et rituels des familles et écoles canadiennes. On se laisse pénétrer par cette culture.»

Autre différence entre les écoles de France et les écoles du Canada: l’implication des parents. Le LFT a des liens quotidiens avec l’association des parents d’élèves. Jean-Pierre Faou salue un «bon réseau de communication entre l’école et les parents, chose moins présente en France».

Selon lui, cette particularité est liée aux écoles françaises à l’étranger, où les parents sont plus impliqués, mais elle dépend aussi de l’importance donnée au bien-être personnel de l’élève en Amérique du Nord.

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