De Blaise Pascal à Maurice Henrie

Donc je suis

essai

Maurice Henrie, Donc je suis, essais, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2018, 142 pages, 24,95 $.


25 novembre 2018 à 9h00

Maurice Henrie a remporté tous les prix littéraires en Ontario français: Prix de la Ville d’Ottawa, Prix Le Droit, Prix du Salon du livre de Toronto, Prix des lecteurs de Radio-Canada, Prix Trillium. Il a publié dix-huit ouvrages (romans, nouvelles, récits, essais) et le plus récent nous le montre tel qu’il pense: Donc je suis.

À la veille du Salon du livre de Toronto, Henrie nous propose vingt-cinq courts essais philosophiques d’un Franco-Ontarien qui mêle allègrement contemplation, opinion et souvenir.

En exergue de chaque essai, il y a une citation de la grande littérature : Homère, Pascal, Boileau, Perrault, Saint-Exupéry, etc. Mais pourquoi citer Duplessis ou Dor et non pas Dalpé ou Poliquin?

Invitation à l’audace

Dans le premier essai, l’auteur part d’une conversation entre le roi Pyrrhus 1er et son ami Cinéas, au sujet des conquêtes militaires. C’est un prétexte pour réfléchir sur la nécessité de ne pas laisser passer la vie sans agir. Il faut jouer le jeu, car «le succès, s’il devait venir, viendrait de l’audace et non du renoncement».

Plus loin, il est question de l’amitié, ce sentiment qui arrive à pas feutrés, «en catimini et à l’improviste». Henrie avoue n’avoir jamais connu d’amitié «pour toujours»; elle lui a semblé multiple et plutôt instable, éphémère, voire périssable. L’amitié, comme l’amour, «brûle d’abord d’un feu vif… puis disparaît un jour en ne laissant derrière elle que quelques bons souvenirs».

Puéril et immature

Lorsque l’auteur était adolescent, le curé lui a mentionné qu’il préparait ses sermons en présumant «s’adresser à un public âgé de dix à douze ans seulement», bien que la moyenne d’âge se situait entre quarante et cinquante ans.

Il en va de même, ajoute Henrie, pour les politiciens de tous les paliers de gouvernement. Ces gens se comportent «comme s’ils n’avaient pas atteint ni jamais dépassé le stade de ce qui est, chez chaque être humain, un comportement puéril et immature».

Il n’est pas toujours facile de suivre l’auteur «dans ses méandres, dans le labyrinthe de son esprit». Et pour raison, car il a toujours été sensible à ce qu’on saisit faiblement et «davantage à ce qui n’existe pas du tout». Une chose est certaine, la vie a donné à Maurice Henrie «tant de plaisir et tant de joie» qu’il caresse goulûment au soir de la vie, sans cesser de se poser des questions.

À ce sujet, un professeur de philosophie a déjà dit à l’auteur de «poser des questions pour lesquelles il y a des réponses et éviter d’embêter les gens avec celles qui n’en ont pas!» Je ne saurais garantir que l’auteur a évité ce piège dans cette collection de courts essais…

«Toé, tais-toé.»

Une vraie question est posée aux auteurs. «Pour qui écrivez-vous, pour les autres ou pour vous-même?» Les auteurs peuvent bien refuser de répondre, car, dans ce pays, «l’écriture apparaît comme un cul-de-sac, comme une activité marginale», lit-on dans le dernier essai où la citation en exergue provient de Duplessis qui, lors d’une conférence de presse en 1958, a lancé son désormais célèbre «Toé, tais-toé.»

Maurice Henrie explique comment les demandes de bourses d’écriture fonctionnent, comment «les conditions se multiplient à tel point qu’il est difficile de passer à travers les mailles du filet et d’en sortir gagnant». Il montre, en revanche, à quel point la société «continue de couvrir d’honneur et d’argent les sportifs en tous genres».

La dernière ligne de ce dernier essai fait référence à la réplique de Duplessis en soulignant que la société demande à ses écrivains de «ne pas brasser la cage».

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