Dans les eaux enivrantes de Geneviève Damas

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La comédienne et metteure en scène belge Geneviève Damas a publié plusieurs pièces de théâtre. Son premier roman, Si tu passes la rivière, a remporté le Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2012. Elle nous offre maintenant un recueil de douze nouvelles, intitulé Les bonnes manières, qui reprennent le ton sensible et poignant qu’on retrouvait dans son roman primé.

Les bonnes manières, ce sont douze trajectoires de vie, douze points de rupture. Une occasion pour Benny, Samy, Lulu et les autres de regarder les choses en face et, pourquoi pas, de prendre une trajectoire inexplorée, d’affronter ce qui fait peur et peut-être murmurer une vérité qui jamais n’a été dite.

Il faut dire que Geneviève Damas aime se jouer parfois des convenances et tremper sa plume dans l’encre de l’ironie, avec quelques pointes d’humour. J’ai souvent eu l’impression de naviguer entre deux mondes, celui d’abord de la réalité assommante, puis celui de l’irréel enivrant.

Dans Les bonnes manières, l’auteure n’hésite pas à lancer, sans crier gare, des petites vérités qu’on garde souvent cachées. En voici un exemple: «il n’y a qu’au sein de familles que l’on se fait ce que l’on ne se permettrait jamais avec des inconnus, ces choses terribles et cruelles, insensées et innommables, qui vous laissent pantelants et démembrés».

Des chats rôdent dans quelques textes et cela permet à la nouvelliste de faire la méditation suivante: «Ce qui est fou avec les bêtes, c’est qu’on n’a jamais rien à leur reprocher. Tandis que les êtres humains…»

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Dans la nouvelle intitulée Lulu, c’est un chat qui tient son maître en laisse. Sans vous révéler le punch final, je peux vous dire qu’un homme soumis à une bête à l’énergie de se rendre jusqu’à la cour du roi et de poser un geste qui dépasse tout entendement…

Je dois signaler que le point de chute des nouvelles demeure souvent abrupte ou du moins inattendu. Peut-être parce que, après «toutes ces années passées à étouffer le cri», il doit s’éclater coûte que coûte.

La finale de la nouvelle Samy ressemble plus à un point de départ: «Je n’ai que neuf ans. Je m’appelle Samy. On est samedi. Je voulais juste parler avec toi.» Mais les choses ne se passeront pas comme Samy le souhaite car il arrive que ça tourne moche… «comme c’est toujours moche avec [les flics] qui sont des abrutis qui comprennent rien à la vie».

L’auteure vit à Bruxelles et elle fait quelques références au royaume belge, à son roi notamment; il y a même quelques mots en flamand. Côté style, Geneviève Damas n’aime pas passer par quatre chemins; elle préfère le direct comme dans «Ida avait rosi, la mère avait pâli, les sœurs avaient jauni.»

Si vous aimez les écrivains qui sortent des sentiers battus, je vous recommande fortement la lecture du recueil Les bonnes manières.

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