Course libérale: un débat en français qui parle peu du français

débat libéral
Les candidats à la chefferie du Parti libéral du Canada: Mark Carney, Chrystia Freeland, Karina Gould et Frank Baylis se sont affrontés en français lors du débat tenu à Montréal, le 24 février. Photos: Marianne Dépelteau, Francopresse
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 25/02/2025 par Marianne Dépelteau

Il a été très peu question des francophones hors Québec pendant le débat en français pour la course à la direction du Parti libéral du Canada le 24 février. Plusieurs questions du modérateur Pierre Jobin étaient centrées sur le Québec. Les enjeux concernant les langues minoritaires et les Autochtones ont été mis de l’avant par les candidates et les candidats.

La première mention des francophones en situation minoritaire a été faite après plus d’une heure de débat. La candidate Karina Gould a rappelé que les francophones en milieu minoritaire avaient aussi des besoins en matière d’accès aux soins de santé.

débat libéral
Karina Gould.

Elle a suggéré que le fédéral utilise les transferts aux provinces pour améliorer les services. «C’est la responsabilité des provinces de distribuer cet argent de manière responsable. À mon avis, on a dépensé trop d’argent sans avoir de résultats. […] Les provinces et territoires doivent être honnêtes avec les gens.»

Recul du français

«Il y a un recul du français au Québec et partout au Canada», a reconnu l’ancienne ministre des Finances, Chrystia Freeland.

«Je pense que tous les Canadiens comprennent que Trump menace notre pays, notre économie, mais il menace aussi notre identité. Ça inclut notre identité bilingue, ça inclut la langue française.»

Publicité
débat libéral
Chrystia Freeland.

Frank Baylis, qui a été député du Parti libéral du Canada de 2015 à 2019, a aussi rappelé qu’il y a de «grands défis pour la langue française, ici au Québec», sans mentionner la francophonie en situation minoritaire.

Le français de Mark Carney

La qualité du français de Mark Carney était une des grandes inconnues avant le débat. Il n’a pas accordé beaucoup d’entrevues en français.

Il a fait quelques erreurs, comme «nous sommes d’accord avec Hamas». Une bévue corrigée rapidement par ses collègues, mais reprise en quelques minutes sur les réseaux sociaux par les Conservateurs.

débat libéral
Mark Carney.

Non seulement les défis des francophones hors Québec ont été très peu abordés, mais il n’y a eu presque aucune question sur les enjeux autochtones.

Encore là, Karina Gould a été une des premières à les mentionner. Elle a rappelé que 16 des 60 milliards $ du déficit annoncé dans la mise à jour économique de décembre étaient mis de côté pour les réclamations à venir des Autochtones.

Publicité

Garderies francophones

Pendant le débat, Chrystia Freeland a indiqué avoir un plan pour ajouter 100 000 places dans les garderies partout au Canada.

En mêlée de presse après le débat, l’ex-ministre a promis qu’elle prioriserait les places pour les francophones à l’extérieur du Québec et au Québec. «J’étais la ministre des Finances qui a créé pour la première fois un système national de garderies», a-t-elle rappelé. «Le français est plus que jamais important. La langue commence dans les garderies.»

Immigration

Rappelant la crise du logement dans laquelle est plongé le Canada, Mark Carney a promis d’instaurer un plafond sur l’immigration de manière générale et de construire «des millions et des millions» de logements afin de rétablir l’équilibre.

Chrystia Freeland a aussi parlé du lien entre immigration et logement, promettant un «équilibre qui sera bon pour les immigrants, pour l’économie».

Karina Gould a décidé de critiquer son propre gouvernement, en indiquant que celui-ci a eu des cibles «trop ambitieuses» ces dernières années. Elle a aussi rappelé qu’il y a eu beaucoup d’immigration temporaire sous le règne de Justin Trudeau et s’est engagée à consulter les provinces à propos de leurs capacités d’absorption.

Publicité

Frank Baylis a également parlé des capacités d’accueil, évoquant entre autres l’absorption par les systèmes de santé, de garde et d’éducation du Québec.

L’immigration francophone hors Québec n’a pas fait partie des sujets.

Trump
La photo officielle 2025 de Donald Trump.

L’ombre Trump

L’ombre du président américain plane sur la course depuis son inauguration dans ce poste. Les quatre candidats et candidates sont d’accord que le Canada doit garder des cartes dans sa manche pour d’éventuelles négociations. Par contre, l’eau, la culture et la gestion de l’offre des agriculteurs doivent être protégées.

Pour ce qui est de la façon dont ils transigeraient avec Donald Trump, les réponses ont varié.

Frank Baylis avance pouvoir prédire les actions de Trump. Ce qu’il dit avoir fait dans une lettre publiée dans les journaux, une journée avant l’inauguration, où il affirmait que le président s’attaquerait à l’acier en premier. Ce qui est sur le point de se réaliser.

Publicité

Chrystia Freeland a rappelé que ce n’était pas son premier affrontement avec Donald Trump. «Je l’ai déjà fait. En bout de ligne, on a eu un meilleur accord» de libre-échange, affirme-t-elle.

Par contre, Mark Carney rappelle que «ce n’est pas le même Trump qu’avant». «Il est plus unilatéraliste, plus isolationniste, plus agressif. Il faut se concentrer sur les choses que l’on peut contrôler. Il faut renforcer notre économie.»

En se disant d’accord avec la réponse de Mark Carney, Karina Gould précise que le président respecte la force, et qu’il faudra faire la preuve que le Canada est fort.

Déclenchement d’élection

Aucun candidat n’a voulu donner une date précise pour le déclenchement d’une élection fédérale après que la nouvelle personne à la tête du parti ait été choisie.

Pour les quatre, ce serait imprudent de prendre une décision maintenant, sans connaître où en seront les menaces de tarifs douaniers du président des États-Unis, qui pourraient être imposés le 4 mars.

Publicité

Pour Mark Carney, «il ne faut pas prendre de décision avant que ce soit nécessaire».

Chrystia Freeland a souligné qu’elle avait déjà un siège dans la Chambre des communes. «Je ferai mon choix [d’aller en élection] sans me baser sur les sondages, juste sur l’intérêt national.»

La prochaine personne qui dirigera le PLC sera choisie le 9 mars et deviendra, au même moment, premier ou première ministre du Canada.

Un débat en anglais a lieu ce 25 février, à Montréal.

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur