Course à obstacles pour les personnes handicapées

Il y a pourtant des solutions simples et peu coûteuses

stationnement

Un département municipal devrait se consacrer à l'élimination des obstacles auxquels font face les personnes handicapées. (Photo: Stefano Carnevali | Dreamstime.com)


11 juillet 2018 à 7h00

L’alerte d’incendie retentit. Où allez-vous… si vous êtes aveugle et résidez au neuvième étage?

«Nous voulons faciliter les évacuations d’urgence et les déplacements prioritaires avec un pictogramme compréhensible pour tous… et tactile», résume l’un des concepteurs de «Dot.it», Shawn Wilkinson. Pour servir tout autant à un étudiant privé de la vue, le système conjugue des points de couleur dotés de symboles clairs et de braille à une application pour repérer plus rapidement ces indications ajoutées sur les murs du campus.

La cécité n’est d’ailleurs qu’un des handicaps physiques qui rendent la ville moins accessible.

C’est dans cet esprit que, de mars à juin, l’Université Concordia a organisé un défi, Montréal sans obstacle (Enable Montréal), doté de prix totalisant 32 000 $. Une dizaine d’équipes ont proposé autant de solutions au terme de ces quatre mois, destinées à réduire certains obstacles de la métropole, comme l’accès au marché de l’emploi ou au métro.

«Nous ne voulions pas réinventer la roue, mais mener à la réalisation les idées qui avaient le plus de potentiel. Nous voulons être des guides de changements», explique Mariloue Daudier, coordonnatrice du Bureau de l’engagement communautaire de l’Université Concordia et coordonnatrice de l’évènement.

Contourner les obstacles

Plus de la moitié des projets proposent en effet des moyens pour contourner les obstacles qui empêchent les citoyens à mobilité réduite de circuler librement dans la ville, visiter les restaurants et les commerces, ou utiliser les transports non adaptés.

«Voyager en métro, c’est inaccessible pour moi avec un fauteuil roulant. Participer à ce projet rassembleur m’a permis de rencontrer des personnes différentes, avec ou sans handicap et d’imaginer comment rendre les choses possibles», note l’étudiant en génie électrique et informatique de l’Université Concordia, Kenchukwu Nrodu.

Solutions simples

Lignes au sol en 3D pour les personnes en perte visuelle, feux de circulation pour celles en déficit d’audition… Une des équipes s’est aperçue que si les défis sont multiples, des solutions simples et peu coûteuses peuvent être rapidement déployées.

Aux intersections, par exemple, une application téléchargée sur un téléphone pourrait dire dans combien de temps le feu passe au vert — et ça pourrait également servir à la personne âgée ou à la maman avec poussette.

«Souvent, nous n’arrivons pas à prendre conscience des obstacles qui jalonnent leur journée et pourtant, des solutions technologiques simples sont possibles», renchérit l’étudiante en sciences informatiques Amarisse Buito-Martins.

Sensibiliser les élus

«Il faut partir des vrais besoins: nous manquons tellement d’accès aux commerces de proximité. C’est de la discrimination flagrante», relève Jody Negley.

Cette ancienne travailleuse sociale souffre d’une maladie neuromusculaire rare, la syringomyélie, qui affecte la moelle épinière et qui l’oblige aujourd’hui à circuler sur un fauteuil adapté. «Je n’ai pas eu le choix que de me considérer comme personne handicapée. Et là, de réaliser qu’on oublie que nous pouvons avoir des difficultés à nous dépla cer et à participer à la vie publique.»

Les villes ont le pouvoir d’aller au-delà des simples normes, «par exemple, nommer un élu responsable de ce dossier pour changer la culture interne des belles paroles et de la bureaucratie rigide», conclut-elle.

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