Cosplay: débrider la créativité et déconstruire les clichés

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Selon Emma Huston, le cosplay lui a redonné confiance en elle. Photo: Eya Ben Nejm, Francopresse
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Publié 23/08/2023 par Eya Ben Nejm

Loin d’être un simple déguisement, le cosplay est un véhicule d’émancipation et d’expression de la créativité pour ses adeptes. Des amateurs se confient sur les plaisirs et les défis rattachés à leur passe-temps.

Toujours en quête de rassemblement, des passionnés de cosplay se sont réunis de façon informelle, mais costumés, sur une plage d’Ottawa au début juillet.

En raison de la pandémie, au cours des dernières années, les adeptes se sont surtout rassemblés virtuellement. Le retour des rencontres en personne fait une grande différence pour plusieurs d’entre eux.

Ces rencontres redonnent confiance à Emma Huston. «Avant, je détestais prendre des photos de moi, aujourd’hui j’adore ça, car je peux montrer mon cosplay

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Une rencontre informelle entre cosplayeurs à la plage de Mooney’s Bay d’Ottawa en juillet. Photo: Eya Ben Nejm, Francopresse

Les comiccons et le cosplay

Les comiccons, des termes en anglais comics et convention, sont des conventions culturelles qui rassemblent des amateurs de cosplay et des professionnels du domaine de la bande dessinée.

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Les participants à l’évènement incarnant des personnages de bandes dessinées sont appelés des «cosplayers».

Lors de sa 12e édition en 2022, le Comiccon de Montréal a reçu plus de 62 000 visiteurs et amateurs de cosplay.

L’enfer des réseaux sociaux

Si le cosplay aide Emma Huston à se sentir mieux, elle se dit victime d’intimidation régulièrement par des personnes hors de la communauté.

«J’ai été harcelée sur les réseaux sociaux, car c’est plus facile de le faire derrière les écrans. Ils font ça car ils ne comprennent pas ce que c’est, mais je m’en fiche. Le cosplay me rend heureuse», témoigne la jeune femme.

Durant la rencontre à la plage, les amateurs ont confié que l’intimidation faisait partie des défis auxquels ils étaient confrontés au quotidien. Les femmes semblent en être particulièrement la cible.

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Face aux critiques, Emma Huston n’hésite pas à parler parfois avec ses détracteurs pour leur expliquer le sens du cosplay, mais «certaines personnes ne veulent juste pas accepter», précise-t-elle.

D’autres individus malveillants s’amusent quant à eux à voler des photos des créations des cosplayers sur les réseaux sociaux, pour se faire un gain d’argent.

Cierra Abel fait du cosplay et crée des costumes depuis 8 ans. Ce sont des proches qui l’ont avisée qu’elle avait été victime d’usurpation d’identité.

«Quelqu’un a volé un tas de photos sur mon compte Instagram et les a publiées sur OnlyFans [réseau social à contenu notamment érotique et pornographique] pour gagner de l’argent», déplore-t-elle.

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Cierra Abel témoigne avoir subi une usurpation d’identité sur le réseau social OnlyFans. Photo: Eya Ben Nejm, Francopresse

Des images qui dérangent

De nombreux préjugés plombent l’image des amateurs dont les attributs physiques ne correspondent pas à ceux des personnages fictifs qu’ils incarnent.

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«Je suis plus grande et je me fais humilier à cause de mon poids, car certains pensent que si tu n’as pas le profil exact du personnage, tu n’as pas le droit de jouer», déplore Athena Sparks. «Ces critiques ont des conséquences sur l’estime de soi.»

«J’ai entendu des personnes dire: “je veux tellement faire du cosplay, mais je n’ai pas le corps qui convient ou les compétences, car je ne veux pas qu’on se moque de moi”», ajoute-t-elle.

Sa sœur, Cortina Sparks, a elle aussi subi des moqueries en raison de son poids, mais ces critiques ne l’ont pas empêchée de poursuivre sa passion.

«Je voudrais leur dire [aux personnes de grandes tailles] de suivre leur cœur et d’ignorer les commentaires méchants. Restez concentrés sur ce que vous faites», encourage-t-elle.

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Cortina Sparks encourage les personnes de grandes tailles intéressées par le cosplay à ne pas écouter les critiques. Photo: Eya Ben Nejm, Francopresse

Création et débrouillardise

Les costumes et accessoires flamboyants utilisés dans la fabrication des costumes peuvent laisser croire aux amateurs potentiels que le cosplay est un passe-temps onéreux. Une idée reçue que déconstruit Alexander Orton, qui appuie l’organisation du Comiccon d’Ottawa.

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«Il n’est pas nécessaire d’acheter des costumes dispendieux […] La plupart des personnes commencent leur premier contact avec le monde du cosplay en s’achetant des costumes trouvés dans un magasin d’Halloween.»

Pour se présenter aux compétitions de cosplay et gravir les niveaux de la pratique, Alexander Orton recommande de fabriquer au moins un aspect du costume.

D’ailleurs, la fabrication d’un costume peut se faire avec des objets du quotidien. «Ça peut être aussi simple que d’assembler différents éléments avec du ruban adhésif ou à partir de pièces achetées au Village des valeurs», souligne-t-il.

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Selon Alexander Orton, il n’est pas question d’argent, mais de créativité pour commencer le cosplay. Photo: Eya Ben Nejm, Francopresse

Masques et costumes pour moins de 50$

Les créateurs de costumes de cosplay se retrouvent sur les réseaux sociaux pour partager leurs trucs et astuces pour créer des costumes à petit prix. Certains créateurs de contenus mettent en ligne des vidéos «pour montrer comment faire un cosplay pour juste 50$», poursuit Alexander Orton.

Les cosplayeurs présents à l’évènement imaginent eux-mêmes des techniques pour reproduire le plus fidèlement possible certains détails de leurs costumes. Athena Sparks confie avoir conçu elle-même son masque pour un prix raisonnable.

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Son masque, inspiré du personnage de l’infirmière dans le jeu vidéo et le film Silent Hill, est «fait avec des bandes de tissu enroulées tout autour de ma tête et collées à l’aide de latex liquide. Puis je l’ai peint et je l’ai aussi rembourré pour qu’il ait des joues. J’ai ajouté le chapeau. Les dents sont en fait scotchées, car le latex liquide ne colle pas à la colle chaude», décrit Athéna Sparks.

«Ce n’était vraiment pas cher, ç’a dû me coûter entre 25$ et 30$. Le plus cher était d’acheter le latex liquide. La création m’a pris 4 heures pour ce masque», détaille-t-elle.

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Athena Sparks, l’organisatrice de l’évènement, a conçu elle-même son masque pour moins de 50 $. Photo: Eya Ben Nejm, Francopresse

Communauté de cosplayeurs

Les créateurs trouvent leur plaisir dans la confection, mais aussi dans la communauté de cosplayeurs créateurs.

L’organisatrice de l’évènement de juillet souhaite programmer d’autres rassemblements avant la fin de l’été pour permettre aux amateurs du cosplay de montrer une nouvelle fois leurs créations et d’échanger ensemble.

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