Comportements démasqués

Le confinement et les sens: la vue

Au-dessus des masques, certains regards en disent long. Troisième commentaire de Lise Marie Baudry sur le confinement et nos cinq sens.
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Veille d’un déconfinement partiel, bilan de visions de confinement.

Lundi matin, il fait chaud: je mets mes sandales. Je contemple avec dégoût mes orteils nus. J’ai vraiment besoin d’un pédicure. Mais je n’irai pas tout de suite à la réouverture. Riez. J’ai peur.

Mardi après-midi: longue queue devant la pharmacie. J’attends patiemment jusqu’à ce que la garde sécurité me demande pour quelle raison je suis là. Ben, prescription.

À cause de la directive de limite, je suis là en moyenne 2 fois par semaine. Entrez, me dit la garde. Les autres attendent pour le comptoir de Postes Canada. Pas un chat devant le guichet du comptoir pharmaceutique.

Regards

Mercredi, en file devant Sobey’s: il y a des resquilleurs qui se faufilent. Les gardes de sécurité ne les empêchent pas. Personne ne proteste à haute voix. Mais il y a des regards assassins qui sont échangés par-dessus les masques.

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Jeudi, en file devant la LCBO: il pleut. Il n’y a pas de corniche sous laquelle s’abriter. Un garde zélé nous force à s’éloigner encore plus les uns des autres que l’espace indiqué par les décals. Il n’a pas tort. J’ai toujours trouvé que les distances semblaient passablement approximatives.

Y’a des pas contents. Une fois à l’intérieur du magasin, je recule un peu pour prendre une bouteille de rosé dont j’ai dépassé l’emplacement. Une cliente m’engueule parce que j’ai marché à contre-courant des petites fléchettes sur le plancher. Une employée me fait un clin d’œil.

Sans-abri

Vendredi, en file sur le trottoir devant la banque: une jeune femme complètement défoncée s’en prend à la file. Elle exige de l’argent. Demande même pas.

Un sans-abri qui est souvent assis à côté des portes de la banque l’engueule, l’insulte et fait la démonstration de son territoire. Un peu plus tard, le même sans-abri pousse et tire les gens dans la file qui, selon lui, ne respecte pas assez la distanciation.

Quand j’entre dans la banque déserte, une préposée s’excuse. Pas sa faute.

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Tailgate party

Samedi matin, rituel dans certains strip-malls d’Etobicoke: les petits-déjeuners à emporter qu’on mange dans la voiture. Maintenant je sais ce qu’est un tailgate party. Sans la bière.

Samedi après-midi: je marche sur Dundas dans le quartier Junction. Tout est encore fermé. Mais il y a beaucoup de promeneurs. Pas un masque à l’horizon. Je suis la seule à en porter un et je me sens ridicule. Je ne l’enlève pas pour autant.

Au Starbucks, au coin de Quebec Avenue, on me fait faire un grand détour en suivant les décals en dépit du fait que je suis la seule dans le café. Une employée masquée s’excuse du ridicule, mais insiste que c’est la règle. Je lui dis que ce n’est pas grave, je comprends.

Elle a déjà perdu plusieurs semaines d’emploi et les directives sont inventées à Seattle.

Marcher sur l’herbe

Dimanche matin, le parc de la rivière Humber est très peu achalandé: on peut y marcher tranquillement. Mais seulement sur l’herbe. En dépit de la présence d’une piste cyclable dûment pavée, les cyclistes foncent à l’aveugle sur le chemin des passants. Pas grave. J’aime bien l’herbe.

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Pas de pêcheurs cette fois-ci. Les poissons sont tranquilles et sautent les petites cascades. Sans masques.

Dimanche, je me vois dans le miroir: je me fais une coupe de cheveux confinement dans ma salle de bain avec un ciseau de cuisine. Un Cuisinart. C’est atroce. Mais ça repoussera.

Est-ce que le civisme repoussera ?

Nouveau lundi matin: je vois la poussière qui s’accumule sur mes meubles. Bah, tant que je ne reçois pas!

À litre aussi dans cette série sur le confinement et les sens:

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Le son : Le silence et la fureur

Le goût : Poussière et farine

Le sens de la désorientation

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