Cinéfranco(médies): une édition pour rire et sourire

Il y en a pour tout le monde pendant une semaine au cinéma Carlton

Bienvenue au Gondwana


2 octobre 2017 à 13h10

Cinéfranco, le festival international du film francophone de Toronto, est de retour avec le sourire pour fêter un 20e anniversaire qui a bien failli ne pas avoir lieu.

Les deux dernières années ont été plutôt difficiles, avec une nouvelle formule éclatée qui, bien que choisie par nécessité pour sauver l’événement annuel, s’est finalement avérée, selon la fondatrice et directrice Marcelle Lean, plus adaptée à la gestion des ressources encore incertaines.

Surtout, la formule serait plus efficace grâce à une programmation étalée plus structurée et plus ciblée vers les publics et tranches d’âge susceptibles de remplir les salles obscures à différents moments de l’année.

Nous voici donc à l’orée de l’édition «adulte» de cet automne 2017, du 6 au 12 octobre au cinéma Carlton, dont le thème est la comédie, dans tous ses états.

Des films récents, ou non

Comme à l’habitude du festival, la sélection de 17 films vient du grand monde francophone, mais ne se limite plus forcément à des films sortis l’année passée comme cela était le cas auparavant, ceci dans un but curatif et pour avoir un choix plus élargi.

Marcelle nous a précisé le long travail de son équipe, qui a écumé en ligne les programmations françaises d’autres festivals internationaux, ainsi que les sorties régulières de ces dernières années, afin de pouvoir dégager des thèmes forts.

«Parce qu’il n’y a rien de mieux que d’entendre les gens rires», c’est la comédie qui a tiré son épingle du jeu cette fois-ci, rebaptisant du coup cette nouvelle tranche de Cinéfranco en «Francomédie».

9, le film
9, le film

De tous les genres

Pour commencer, le festival ouvrira avec la comédie à tiroirs (ou à sketches, ou à courts-métrages) 9, le film de Stéphane E. Roy, qui sera en ville pour présenter son film et répondre aux questions du public.

Les neufs petits films qui composent ce long-métrage s’inspirant de la pièce de théâtre Neufs variations sur le vide du même auteur, tournent autour de la communication et/ou du manque cruel de celle-ci dans nos relations quotidiennes. Ils nous font suivre différents personnages qui se souviennent tour à tour d’expériences personnelles, souvenirs déclenchés par le discours fil rouge d’un conférencier motivateur interprété par le réalisateur lui-même.

Assez irréguliers dans le style et l’humour, ces petits films vous raviront ou vous laisseront dubitatifs, pour finalement un bon moment cinématographique dans un genre (les films a sketches) peu exercé ces dernières années.

Un profil pour deux
Un profil pour deux

Du romantisme, bien sûr

La comédie romantique est bien présente avec Un profil pour deux dans lequel Pierre Richard nous livre une performance magnifique et émouvante et nous montre que l’amour n’a pas d’âge.

Le film de fermeture, Marie Francine, de Valérie Lemercier et avec Patrick Timsit, nous a fait sourire, mais pas rire aux éclats, avec un quiproquo amoureux autour de deux quinquagénaires qui refont leur vie en se cachant l’un à l’autre qu’ils sont dans la même situation de retour chez leur parents… tout en ayant à gérer ces mêmes parents qui bien entendu les infantilisent.

La légère et romantique comédie lesbienne Embrasse-moi! se laisse regarder, mais ne dégage pas vraiment d’originalité si ce n’est celle d’une première histoire dans le genre. On y trouvera même quelques petits clichés maladroits sur le monde lesbien, mais qu’on pardonnera tant ils semblent difficilement évitables dans ce choix d’univers.

Marie Francine
Marie Francine

De la satire

La bonne surprise de cette sélection est sans aucun doute l’hilarant et candide Bienvenue au Gondwana qui traite avec un humour toujours bon enfant (et parfois subtilement caché dans les décors en arrière-plan) des sérieux sujets des dictatures, du tribalisme et de l’autodénigration toujours bien présents en Afrique.

Le scénariste et réalisateur Mamane, dont c’est le premier long-métrage, y dresse un portrait d’un pays imaginaire, le Gondwana, aux clichés connus, mais jamais vraiment dénoncés, qui fait rire, et parfois sourire ou même un peu grincer des dents tant il dénonce la responsabilité de toutes les parties qui y trouvent leur avantage.

Personne n’est vraiment innocent dans cette farce politique, à part peut être le naïf personnage principal de Julien (Antoine Gouy, Hero Corp) qui traverse le film à notre image, les yeux grands ébahis devant tant de manigances, mesquineries, abus de pouvoir flagrants et corruption, menés au grand jour et sous l’œil bienveillant et moitié fermé des observateurs «civilisés» des Nations unies.

Bienvenue au Gondwana
Bienvenue au Gondwana

De l’humour noir

Romain Duris, Michel Blanc, le nord de la France et la Belgique sont les différents éléments qui composent Un Petit Boulot, le dernier film du regretté Pascal Chaumeil, parti en 2015, comédie noire savoureuse où les cadavres et répliques cinglantes se succèdent.

Le film illustre parfaitement cette ambiance glauque des petites villes de classe ouvrière du Nord, ruinées par le départ ou les faillites des grandes usines qui la faisaient entièrement vivre, et qui est chère à nos amis cinéastes belges.

Quand Jacques, au chômage de longue durée, se voit proposer par le petit truand local un contrat pour liquider sa femme qui nuit à sa réputation en le cocufiant, il ne se doute ni qu’il va y prendre un certain goût, ni que les choses vont rapidement échapper à tout contrôle, pour notre plus grand plaisir.

Je suis à vous tout de suite
Je suis à vous tout de suite

Un peu de drame

Number One, de la Franco-Marocaine Zakia Tahiri, nous emmène dans les bleds marocains et nous y expose la situation de la femme dans une comédie (un peu) dramatique qui a connu un large succès lors de sa sortie en 2009. Nous y suivrons les aventures de Aziz, le machorocain qui devient subitement un supermilitant féministe après que sa femme lui ait jeté un sort.

Je suis à vous tout de suite, de Baya Kasmi, auteur connue pour Le nom des gens qui lui valu le César du meilleur scénario en 2011, expose également sa part de drame au milieu des situations rocambolesques dans lesquelles se met Hanna Belkacem (Vimala Pons, Terre battue), directrice des ressources humaines d’une grande entreprise qui ne sait pas dire non, et qui ne trouve pas d’autre solution pour se faire pardonner par les hommes qu’elle doit licencier, que de coucher avec eux.

Son père est atteint du même syndrome et connaît des problèmes similaires avec la religion et leurs racines algériennes. Inutile de dire que le courant ne passe plus vraiment entre les membres de la famille, qui pourtant seront poussés à se retrouver par un événement bien imprévu.

Le film est très agréable et laisse son message filtrer avec une finesse qui n’est pas toujours de mise dans ce genre de discours.

Primaire
Primaire

Enfin, Primaire, d’Hélène Angel, le seul long-métrage dont la présence dans une sélection de comédies pourrait laisser un peu perplexe, même s’il nous a fait sourire quelques fois, traite d’un sujet bien plus grave et actuel: la condition des enseignants, et les choix que ceux-ci doivent faire quand leur travail et vocation empiètent sur leur vie privée, nous exposant du même coup le dévouement extrême de la plupart d’entre eux, qui malheureusement devient de moins en moins respecté.

Nous y rencontrons Florence (Sara Forestier), institutrice qui croise le chemin de Sacha (Ghillas Bendjoudi), jeune élève en difficulté et qui va tout faire pour aider celui-ci, allant même jusqu’à en oublier et délaisser sa propre vie de mère et ses intérêts dans une croisade où elle réalisera qu’il n’y a jamais de limite pour apprendre et comprendre.

Francomédie nous présente donc une sélection somme toute assez complète – dont le succès québécois Les trois p’tits cochons 2 –  qui trouvera son public puisqu’il y en a pour tout le monde, en français, et pendant toute une semaine au cinéma Carlton.

Bons films!

Cinefranco 2017

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