Changements à l’aide financière aux étudiants: «C’est la punition d’être pauvre»

25% de bourses, 75% de prêts

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Des étudiants de l’Université de l'Ontario français à Toronto. Photo: archives l-express.ca
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Publié 25/02/2026 par Émilie Gougeon-Pelletier

Des étudiants de l’Ontario se questionnent sur leur avenir académique en raison de changements que le gouvernement Ford prévoit apporter à l’aide financière qui leur est destinée.

En annonçant la levée du gel des droits de scolarité et un financement supplémentaire de 6,4 milliards $ dans les collèges et les universités, la semaine dernière, le gouvernement de Doug Ford a aussi fait part de son intention d’apporter des changements au Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFEO).

«C’est la punition d’être pauvre», s’est insurgé le jeune étudiant au programme de psychologie de l’Université York, Kristian Turner.

Décrochage scolaire

Il fait partie de la vingtaine d’étudiants invités au cours des derniers jours par les partis d’opposition à venir se prononcer à Queen’s Park contre les changements que compte apporter le gouvernement Ford à l’aide financière destinée aux étudiants.

Il y a deux ans et demi, Kristian Turner a perdu ses deux parents, à un mois d’intervalle. Il est le plus vieux de quatre enfants.

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En conférence de presse, il a levé la main lorsqu’on a demandé qui, parmi les étudiants présents, songent à abandonner leurs études en raison des changements prévus.

«Si je n’ai pas abandonné mes études, c’est grâce à l’aide financière», a-t-il répondu. «Elle me permet d’avoir un toit et de poursuivre mes études sans dépendre financièrement de quelqu’un.»

Plus de prêts, moins de bourses

En vertu des changements, les étudiants qui commencent des programmes d’éducation postsecondaire à l’automne 2026 pourront recevoir un maximum de 25% du financement du RAFEO sous forme de bourse, et un minimum de 75% du financement sous forme de prêts.

Sous sa forme actuelle, l’aide financière aux étudiants est composée à un maximum de 85% de bourses et à un minimum de 15% de prêts.

Sans l’aide à laquelle il a actuellement droit, «ce serait catastrophique», a déploré le jeune étudiant.

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«Je fais ce que je peux, je fais tous les petits boulots possibles pour joindre les deux bouts. Mais c’est difficile d’imaginer que je pourrai tenir les promesses que j’ai faites à mes parents concernant mes études si je m’endette jusqu’au cou avant même d’obtenir mon diplôme. Et d’un autre côté, si j’abandonne mes études, je me retrouverai avec une montagne de dettes, et sans logement», pèse-t-il.

Doug Ford ne se ravise pas

Les partis d’opposition ont demandé au gouvernement Ford de revenir sur sa décision.

N’empêche, le premier ministre Doug Ford a défendu la réforme financière du secteur postsecondaire, lors d’une mêlée de presse à Queen’s Park, lundi.

Le modèle actuel de l’aide financière «n’est pas viable», à son avis.

Il a aussi réitéré que les étudiants de la province devraient se tourner vers des matières académiques, comme les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques, ainsi que vers le domaine de la santé, afin de pouvoir utiliser leur formation pour accéder à des emplois «primés» dans le marché du travail.

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«Je veux qu’ils se concentrent sur les principaux moteurs de l’économie», a-t-il soutenu.

Leur avenir incertain

Or, la réforme du système de financement de l’enseignement postsecondaire en Ontario entraînera inévitablement une hausse du décrochage scolaire, selon la présidente de l’association étudiante de l’Université McMaster, Piper Plavins.

«Lorsque les frais de scolarité augmentent et que les bourses diminuent, les étudiants ne deviennent pas pour autant plus riches. Ils empruntent davantage, travaillent plus et s’épuisent», a-t-elle soutenu.

Le jeune ontarien Raheem White en est à sa dernière année d’études secondaires. Son avenir académique est maintenant incertain, a-t-il indiqué.

«Mes parents n’ont pas fait d’études supérieures. Ma famille est venue dans ce pays, dans cette province, pour que leurs enfants puissent avoir une meilleure vie, une chance d’accéder à l’enseignement supérieur», a-t-il noté, plaidant auprès du premier ministre Doug Ford de revenir sur sa décision.

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Des doctorants surendettés

Doctorant en biochimie à l’Université de Toronto, Nicholas Silver s’est dit inquiet de l’impact financier qu’auront les récents changements sur les étudiants de cycles supérieurs.

«Nous intégrons souvent nos programmes de maîtrise ou de doctorat déjà endettés suite à nos études de premier cycle. Ces changements apportés signifient que nous commencerons nos programmes avec une dette encore plus importante, tout en continuant à accumuler une dette encore plus grande au fil de nos études», a-t-il noté.

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