Chacun décide d’être heureux ou malheureux

Rachida M’Faddel

Rachida M’Faddel, Résidence Séquoia, fragments de vie, Montréal, Éditions Fides, 2018, 280 pages, 29,95 $.


16 septembre 2018 à 9h00

Pour plusieurs, une résidence pour personnes âgées est synonyme de routines rigides, de règlements trop stricts, de repas avec des pensionnaires peu intéressants. C’est tout le contraire dans Résidence Séquoia de Rachida M’Faddel, écrivaine québécoise d’origine marocaine.

Quand j’ai demandé ce livre, je m’attendais à lire un roman. Pas du tout. Il n’y a pas d’intrigue, plutôt des fragments de vies qui s’entrecoupent. Les portraits demeurent aussi réalistes que touchants.

Esther, Shiraz, Patricio, Paula, Chang, Da-Xia, Marguerite, Lucie, Rajesh, Enzo, voilà les principaux personnages de la Résidence Séquoia. Le passé, les valeurs et les habitudes de chacun s’entrecroisent, se heurtent ou s’harmonisent, oscillant souvent entre mélancolie et sénilité.

Alzheimer et amourettes

Paula amuse les résidents «avec ses commérages, ses rumeurs et ses intrigues de corridors qui l’occupent du matin au soir».

Patricio, 68 ans, est «un jeune homme en route vers la vieillesse», pour qui Casanova n’est qu’un «menu fretin».

Chang est atteint de la maladie d’Alzheimer; il ne souffre pas, c’est Da-Xia qui a l’impression de s’étioler avec lui, de se perdre.

Enzo est un veuf homosexuel qui clame ne pas «être aux hommes», mais plutôt être tombé amoureux d’une âme-frère. «Cela fait toute la différence.»

À la Résidence Séquoia, des amourettes flottent dans l’air parce qu’il y a toujours quelqu’un prêt à mettre le grappin sur une veuve. Ce qui donne lieu à des remarques comme «Y faut pas que tu fasses ta difficile. À ton âge, on crache pas dans la soupe, même si elle est froide.»

Déjà-vu

Certains résidents ont droit à un chapitre qui étale en détails leurs passés, leurs amours, leurs drames et leurs arrivées à la résidence. Il y a malheureusement des répétitions, l’une ayant mentionné tel fait, puis l’autre le reprenant plus loin, sans compter qu’Enzo tient un journal qui tombe parfois dans le déjà-vu.

L’auteure a écrit ce livre après le décès de sa mère, malheureusement en son absence. Elle s’est alors rendue dans une maison de retraite pour retrouver un peu de sa mère.

«En échangeant avec des résidents et des résidentes qui m’ont accueillie avec acceptation et ouverture, je me suis projetée dans ma retraite et je me suis imaginée vivre dans cette résidence et partager mon quotidien avec eux, mes souvenirs, mes joies et mes peines.»

Une âme au four crématoire

Rachida M’Faddel fait preuve d’un style finement peaufiné. Elle écrit, par exemple, que le mari «emporte dans sa valise la dépouille de la confiance profonde que l’épouse avait mise en lui». Pour une personne passée par les camps de concentration, elle ajoute que «son corps était sorti vivant d’Auschwitz, mais son âme avait été passée au four crématoire». Belles trouvailles.

Rachida M’Faddel étaye son récit de réflexions sur la maladie, la souffrance et la mort, trois domaines où il n’y a aucune justice. Elle écrit que «la vieillesse n’existe pas quand on peut encore s’émerveiller de tout ce qui nous entoure.»

Chacun décide, dans sa manière de voir la vie, d’être heureux ou malheureux. Pour quiconque est réceptif, la joie de vivre est à portée de bras.

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