Cannes 2007: la preuve par 60

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Célébrant soixante ans d’un règne mouvementé, fertile en contestations autant qu’en découvertes des plus talentueux cinéastes de la planète, modeste en ses débuts, le Festival de Cannes nous a confirmé, en cette année anniversaire, qu’il demeure le souverain incontestable de l’exposition mondiale du 7e art et de ses créateurs.
 
Impressionnante, cette édition 2007, habile cocktail d’œuvres exigeantes et de films de divertissement, de grands noms dont certains déjà palmés et d’auteurs quasi inconnus. 

Côté stars – en si grand nombre qu’il faudrait un mini-annuaire pour les énumérer – les Américains, idolâtrés par les Français, remportent la palme de la popularité.

C’est qu’ils s’y entendent pour faire plaisir à la foule agglutinée derrière les barricades de sécurité, faisant la roue, esquissant à distance de gracieux baisers, autographiant à tour de bras, tandis que les douzaines de photographes juchés sur des escabeaux les interpellent familièrement: «Jane, Jane (Fonda) ici!»… «par ici Michael (Moore)!»  afin que l’objectif ne rate pas sa cible.

Quant à l’Italienne Asia Argento, belle et fougueuse héroïne du film La vieille maîtresse de Catherine Breillat, plus démonstrative et sans doute encore habitée par son rôle, elle se précipita sur l’un des photographes pour… l’embrasser avec ardeur à la surprise générale de l’assistance. Nul besoin de préciser qu’il en eut le souffle coupé!

Quand le festival fait son cinéma

 
Soixantaine inoubliable à plus d’un titre… Pour la souligner durablement, une commande est née d’une idée brillantissime du président Gilles Jacob devenu producteur pour l’occasion.

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Pari gagné et unanimité des festivaliers quant au résultat:  deux heures de pur plaisir sous le titre Chacun son cinéma. Les auteurs, une trentaine de réalisateurs venus de 25 pays et de 5 continents, tous de réputation mondiale et habitués de la compétition cannoise, eurent chacun pour mission la création d’un film de 3 minutes sur un même thème: la salle de cinéma. Un véritable exploit que cette œuvre collective où chaque cinéaste s’exprime sur un même sujet selon son style et sa culture. 

Parmi les élus pour cette mémorable production, deux grands cinéastes canadiens, les Torontois Atom Egoyan et David Cronenberg en bonne compagnie: Lars Von Trier, Roman Polanski, Amos Gitai, les frères Dardenne, Wim Wenders, Gus Van Sant, Nanni Moretti et Theo Angelopoulos, pour n’en citer que quelques-uns.

La projection officielle fut suivie d’une fête royale offerte à des centaines d’invités triés sur le volet tandis que la Croisette en liesse s’embrasait sur le coup de minuit du plus éblouissant des feux d’artifice jamais vu de mémoire de Cannois. Pétarades porteuses de soleils et de gerbes multicolores explosant dans le ciel, vol de nuit phosphorescent des mouettes affolées, yachts de milliardaires illuminés en toile de fond du Palais des festivals, unique spectacle son et lumière!

Le Festival sait faire. Il faut dire qu’il en a les moyens. Son budget de 20 millions d’euros – près de 30 millions $ canadiens – dont 50% en subventions et autres fonds publics, l’autre moitié provenant du secteur privé, témoigne de l’importance que la France accorde à la culture. 

Il est d’ailleurs question de réaménager le Palais en modernisant son équipement, en tentant d’embellir le bâtiment existant dépourvu de la moindre beauté architecturale et en lui ajoutant 10 000 mètres carrés de surface. Coût prévu  pour l’opération réclamée vigoureusement par le président Gilles Jacob: 170 millions d’euros. Les instances gouvernementales responsables du Palais les cherchent.
 

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Palme dure

 
Entre le polar et le pamphlet, les productions millionnaires et le cinéma d’auteur, c’est ce dernier qu’a privilégié le jury du Festival. Composé de 12 personnalités parmi lesquelles se trouvait – rarissime honneur – l’actrice et réalisatrice canadienne Sarah Polley (Away From Her), le jury, présidé par le Britannique Stephen Frears (The Queen), a fait des choix sans concession.

Des 22 longs métrages en compétition, seuls ceux traitant de thèmes sociaux, humanistes et existentiels se sont retrouvés au palmarès.

En attribuant la Palme d’Or à Quatre mois, 3 Semaines et 2 Jours du jeune Roumain Cristian Mongiu, film à budget modeste qui n’est pas sans rappeler par sa facture et son esprit L’Amour Blessé du Québécois Jean Pierre Lefebvre, présenté à Cannes en 1974,  le jury a fait consensus.

Bouleversante allégorie de la terreur, ce film nous entraîne dans les catacombes du communisme, en 1987, dans une Roumanie où l’avortement, illégal mais pratiqué massivement dans la clandestinité, tuait les femmes par milliers. Dans une société répressive, corrompue, deux jeunes étudiantes sont solidaires.

L’une se sacrifie afin que son amie puisse avorter. Humiliées, exploitées, elles devront se soumettre au praticien/tortionnaire. Évitant le pathos, ce film courageux, sobre et âpre fut, dès sa projection, l’un des favoris pour la Palme.

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L’Âge des ténèbres de Denys Arcand a brillamment conclu cette edition 2007 qui s’est imposée par la qualité de sa sélection autant que par son faste.

Présenté hors competition,  L’Âge des ténèbres est une chronique impitoyable de notre petit monde. Précédée du dernier film en compétition Promets-moi, tonitruant grand guignol du Serbe Emir Kusturica, la satire sociale de Denys Arcand rejoint quant au fond celle d’Emir Kusturica. Chacun dans leur style propre, les deux auteurs tirent à boulets rouges sur leur société.

L’un privilégie l’ironie cinglante et dévastatrice, l’autre le bruit et la fureur. Deux oeuvres singulières qui poussent à souhaiter une nouvelle fois longue vie au cinema d’auteur.

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