Branle-bas de combat au Manitoba

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On associe la Révolution tranquille au Québec des années 1960, mais elle a aussi eu ses échos chez les Canadiens français du Manitoba, qui s’embarquèrent dans un renouveau à la même époque. C’est ce que le sociologue franco-manitobain Raymond-M. Hébert décrit habilement dans La révolution tranquille au Manitoba français.

Cette étude est écrite au à la première personne du singulier car Raymond-M. Hébert «a été à la fois un observateur circonspect de la vie politique, sociale et culturelle canadienne pendant cette période, en plus d’être un des principaux acteurs de la transformation des institutions du Manitoba français». L’éditorialiste Jean-Pierre Dubé, de La Liberté (Winnipeg), a écrit qu’«on a parfois l’impression de se trouver dans le Code Da Vinci de Dan Brown, en train de suivre les grenouillages d’une vieille confrérie bien décidée de s’accrocher à ses mythes agonisants.»

Cette vieille confrérie se compose en bonne partie du clergé et des membres de l’Ordre de Jacques-Cartier, pour qui «la religion devait primer sur la langue en toute circonstance». L’ouvrage souligne plusieurs exemples où la langue est érigée d’abord et avant tout comme gardienne de la foi.

Dès 1962, à La Broquerie, on tente de discuter de «l’état de santé de notre groupe français» en dehors des structures habituelles de réunions en vase clos. La Liberté d’alors y voit une «dynamique grégaire» où un petit groupe invisible tente de mener la foule, invisiblement. L’auteur ne manque pas de noter que la direction «invisible» donnée depuis des décennies directement ou indirectement par l’Archevêque, son clergé et ses acolytes de l’Ordre de Jacques-Cartier n’était guère plus transparente!

L’auteur est rédacteur en chef du Courrier, un journal progressiste qui n’hésite pas à brasser la cabane, au grand dam de La Liberté qui défend l’idéologie mise de l’avant à l’archevêque de Saint-Boniface, Mgr Maurice Baudoux. Ce dernier est décrit comme un «vieux routier de luttes passées», qui n’a «toujours rien compris à la lutte pour l’école française au Manitoba».

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Dans les années 1960, La Liberté martèle l’opinion de l’élite bien pensante, à savoir que l’école neutre ou non confessionnelle est une «manœuvre habile de la part des incroyants nouvelle vague de vouloir détruire cet héritage de langue et de foi».

Le Courrier, fondé par l’auteur dans sa jeunesse, réplique que les problèmes de foi et de langue ont été trop longtemps «entremêlés dans une structure sociale très rigide, qui était essentiellement celle de la petite paroisse de campagne».

La Révolution tranquille est bien illustrée par la réponse que les Franco-Manitobains ont donnée à la question «Isolement ou Intégration?» Sauf qu’ils ont répondu par un autre I, celui de l’Identité. Pour y arriver, l’Association des Canadiens français du Manitoba a dû faire «le saut vers l’animation sociale comme outil de renouvellement de la communauté». Selon Maurice Gauthier, premier président de la nouvelle Société franco-manitobaine, c’était «la seule méthode à employer pour aider les Franco-Manitobains».

Quand les choses commencent à changer, La Liberté déplore les «idées nouvelles» qui infiltrent l’Association d’Éducation et le complot qui consiste à «contester les bonnes intentions de l’élite cléricale». Or, l’idéologie cléricale confondait langue et religion en exigeant des écoles catholiques, alors que «la nouvelle génération désirait des écoles françaises publiques laïques». La laïcisation l’a emporté!

L’ouvrage ne traite pas uniquement d’éducation. Il est aussi question de révolution dans les institutions culturelles et les médias franco-manitobains, voire dans la dynamique politique. Le mouvement de renouveau s’exerce aussi au niveau du leadership.

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Raymond-M. Hébert mentionne plusieurs personnes que j’ai bien connues au fil de ma carrière, notamment René Préfontaine qui fut mon premier patron au Secrétariat d’État, Pierre Fortier qui fut prof au Collège universitaire de Glendon et Paul Savoie qui est originaire de Saint-Boniface. Voilà un ouvrage fort bien documenté qui retrace allègrement une période qu’on peut à juste titre qualifier de branle-bas de combat au Manitoba français!

Raymond-M. Hébert, La révolution tranquille au Manitoba français, essai, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2012, 384 pages, 34,95 $.

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