Bonnes Bonnes: un classique français revisité autour de l’identité chinoise

Au TfT du 22 au 26 avril

Bonnes Bonnes théâtre français 22 avril
Sophie Gee, Charo Foo Tai Wei et Meillie Ng dans Bonnes Bonnes. Charo Foo Tai Wei sera remplacée par Wai Yin Kwok à Toronto. Photos: courtoisie Sophie Gee
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Publié 07/04/2026 par Anna Vigne

Bonnes Bonnes, une adaptation de la pièce Les Bonnes du dramaturge français Jean Genet, arrive sur les planches du Théâtre français de Toronto le 22 avril. Cette revisite d’un monument du théâtre y intègre une dimension inattendue: le vécu d’immigrées chinoises au Canada, entre lutte identitaire et racisme intériorisé.

Sophie Gee, autrice, metteuse en scène et interprète de Bonnes Bonnes, porte le projet. Elle s’est entourée d’une équipe solide pour en développer la création. La pièce est coécrite avec Tamara Nguyen et interprétée notamment par Charo Foo Tai Wei, Meillie Ng et Wai Yin Kwok.

La pièce met en scène un huis clos où trois femmes chinoises immigrées, vivant dans la société canadienne actuelle, se retrouvent pour regarder et réagir à une adaptation du classique à la lumière de l’expérience de la diaspora chinoise.

Racisme intériorisé

«Au départ, je voulais travailler avec le texte de Jean Genet, que je trouve très fort et intense», raconte Sophie Gee à l-express.ca. «J’ai voulu l’explorer à travers mon expérience de femme chinoise.»

«Je voulais aussi interroger cette idée de « jouer » avec un classique européen blanc. Beaucoup d’artistes racisés revisitent des classiques pour se donner une forme de légitimité.»

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«Moi-même, c’est ce qu’on m’a appris à l’école. Le racisme intériorisé vient de là, de ce que j’ai appris et vu, du fait qu’on ne représentait que des figures blanches.»

Bonnes Bonnes théâtre français 22 avril
Une scène de Bonnes Bonnes mise en scène par Sophie Gee.

Le processus de co-écriture entre Tamara et Sophie a permis de faire dialoguer héritage littéraire, racisme et capitalisme. Le défi de réadapter la pièce classique a poussé les auteures à «tuer le père» et à s’éloigner des textes et récits originaux pour y intégrer leur vécu, comme l’explique Sophie Gee.

«Adolescente, j’avais ce désir d’être blanche, et la pièce résonne avec mon vécu du racisme intériorisé.»

«J’éprouve une certaine rage vis-à-vis de mon expérience du racisme intériorisé, et Les Bonnes me permet d’en parler, notamment à travers ce désir de vengeance.»

Besoin de hiérarchie

«Dans Les Bonnes, il y a ce long monologue où l’une des sœurs imagine la gloire des bonnes. J’ai voulu transposer cela à un moment où mes personnages rêvent d’un monde où la culture chinoise serait au centre.»

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«Mais ce n’est pas forcément une utopie: je veux interroger ce besoin de hiérarchie. Pourquoi, lorsqu’un groupe marginalisé commence à monter, veut-il souvent maintenir une hiérarchie semblable à celle qu’il subit?»

Bien qu’abordant des thèmes graves, la pièce réussit à conserver une forme de légèreté et d’humour, notamment grâce à des références à la culture populaire comme Crazy Rich Asians.

Bonnes Bonnes théâtre français 22 avril
Vidéo projetée devant Sophie Gee, Charo Foo Tai Wei et Meillie Ng sur scène.

Amitiés

«Dans la pièce, nous sommes avant tout des amies. On aborde des sujets difficiles, mais on rit aussi beaucoup ensemble.»

«C’est ce mélange qui rend l’histoire vivante», selon la metteuse en scène. «Malgré l’amertume de certains passages, la complicité entre les trois amies soutient le tout.»

Si Bonnes Bonnes traite du sujet précis de l’identité chinoise, le récit semble parler a tout le monde. «On parle souvent d’universalité, mais je crois qu’elle émerge justement quand on est précis dans ce qu’on raconte.»

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«Quand on parle très concrètement du sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas être valorisée, ou de vouloir se venger, les spectateurs, quelles que soient leurs origines, peuvent s’y reconnaître. Beaucoup de gens, de cultures différentes, m’ont dit avoir ressenti cela aussi.»

Bonnes Bonnes théâtre français 22 avril
Vidéo projetée devant les trois femmes sur scène.

Entre le théâtre et le documentaire

Sophie Gee prépare d’autres projets, toujours à la frontière entre le théâtre et le documentaire. «Je veux travailler avec mon père et ma famille autour de notre histoire et du changement climatique.»

«Mon père a quitté la Malaisie pour s’installer en Alberta, où il travaillait dans le pétrole et le gaz. J’en ai moi-même bénéficié, alors je veux réfléchir à la responsabilité que cela implique. Je développe ce projet avec la compagnie québécoise Porte Parole.»

Ce projet n’a pas encore de date de parution, bien qu’il tienne les mêmes promesses que Bonnes Bonnes: lier des enjeux contemporains de grande ampleur à des récits intimes.

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