Baleines bleues, panthères noires, tigres blancs : ça n’existe pas!

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Une baleine «bleue» et son baleineau dans la Mer de Cortez. (Photo: Diane Gendron, CICIMAR-IPN)
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Publié 31/08/2018 par Laura Martinez

Saviez-vous que la baleine bleue n’existe pas? Pour être exact, il existe bien une espèce qui porte ce nom, mais elle n’est pas… bleue! Et que dire de la panthère noire et du tigre blanc?

Baleines bleues pas si bleues

«Elle est plutôt grise en surface», explique le chercheur et directeur de la station de recherche des Îles Mingan, Richard Sears, qui étudie les baleines bleues depuis 40 ans. «Il y a très peu de pigments bleus dans la nature, chez les mammifères», précise-t-il.

D’où vient alors le «bleu» des baleines bleues? Une question de soleil… et d’eau!

«La baleine bleue apparaît bleue à cause du jeu de lumière sous l’eau… Sur une journée très claire, elle peut même apparaître turquoise», explique le Dr Sears.

Le professeur en géographie à l’Université du Québec à Rimouski, Simon Bélanger, ajoute que l’eau absorbe le rayonnement solaire, mais de manière inégale. Dans les premiers mètres, les longueurs d’onde responsables du rouge et de l’orange sont totalement absorbées par l’eau.

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Alors que «la lumière bleue peut pénétrer jusqu’à des centaines de mètres» dans les eaux claires, précise le professeur qui s’est justement spécialisé dans la pénétration du rayonnement solaire en milieu aquatique.

C’est pour cette raison que tout objet ou animal situé à plus de 4-5 mètres de profondeur apparaîtra bleu depuis la surface.

Ça dépend aussi de la pigmentation de l’animal, ajoutent les différents intervenants. La couleur de la peau des baleines bleues est une mosaïque de taches gris foncé et clair. Selon Richard Sears, les individus dont la couleur est plutôt claire, apparaîtront plus bleus sous l’eau que ceux dont la couleur est plutôt foncée.

Et enfin, ça dépend de la couleur… de l’eau! «La perception qu’on risque d’avoir sera différente dans un milieu très riche en phytoplancton, où l’eau est verte, versus un milieu pauvre en phytoplancton, où l’eau est bleue», explique le Prof. Bélanger.

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Une panthère noire (Photo: Flckr)

Pas de panthères noires

«Une ombre tomba au milieu du cercle. C’était Bagheera, la panthère noire. Sa robe est toute entière noire comme l’encre.» Cette image, que l’on doit au Livre de la jungle de l’écrivain britannique Rudyard Kipling, continue d’attiser l’imaginaire collectif.

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Mais en réalité, le terme «panthère noire» fait presque toujours référence… «aux léopards, qui se trouvent en Asie et en Afrique», explique le professeur de génétique et de biologie évolutive de l’Université pontificale catholique du Rio Grande do Sul (Brésil), Eduardo Eizirik.

«Parfois, ici, en Amérique du Sud, les jaguars noirs sont aussi appelés panthères noires. C’est un nom populaire. Si c’est un grand chat et qu’il est noir, il va être nommé panthère noire.»

La couleur de la fourrure de ces grands chats sauvages est programmée génétiquement, comme la couleur de nos cheveux. Mais différentes mutations responsables du jaune orangé du pelage engendrent une production excessive de pigments foncés. Résultat: les zones du pelage jaune orangé deviennent presque noires et se confondent avec les lignes ou taches noires.

Ces individus, que l’on appelle mélanistiques, autrement dit ayant un excès de pigments appelés mélanine, ont été observés chez 13 des 41 espèces connues de félins sauvages, énonce le professeur Eizirik.

«Chaque espèce a sa propre mutation», poursuit l’expert. Mais le résultat est le même: ils ont tous l’air noirs! C’est seulement avec un éclairage particulier qu’on peut distinguer les taches.

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«L’incidence du mélanisme chez les léopards semble corrélée avec les habitats caractérisés par une forêt tropicale dense, où les niveaux de lumière sont très faibles», explique le biologiste anglais Laurie Hedges, qui a consacré ses recherches aux léopards de Malaisie. Selon lui, cette noirceur leur permettrait de passer inaperçus lors de la chasse.

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Le tigre blanc (Photo: Pixabay)

Pas une espèce distincte

Dernier exemple: le tigre blanc, qui arbore une robe blanche rayée de noir, fascine depuis longtemps. Dès le XVIe siècle, il apparaît sur des peintures mongoles. Aujourd’hui, on le retrouve dans les livres, les films et les jeux vidéo dont Warcraft ou encore dans l’univers dessiné de Marvel.

Pourtant, le tigre blanc, comme la panthère noire, n’est pas une espèce non plus. Sa robe blanche rayée de noir résulte d’une anomalie génétique présente chez une sous-espèce appelée tigre du Bengale dont la robe est orangée rayée de noir.

L’origine génétique du tigre blanc a été identifiée en 2013 par une équipe de scientifiques chinois de l’université de Pékin.

Cette mutation génétique, appelée leucistisme, engendre une sous-production de mélanine dans les zones du pelage qui sont normalement orangées. Résultat: celles-ci deviennent blanches.

Auteur

  • Laura Martinez

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

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