Avons-nous besoin d’un roman de plus?

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On sait maintenant que l'IA peut écrire un roman à succès. Mais avons-nous besoin d'une surproduction de littérature? Photo: DepositPhotos.com
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Publié 05/11/2026 par Thomas Chiasson-LeBel

L’histoire de Thélyson Orélien, dont le roman en lice pour le prix Goncourt a été retiré de la compétition puis délaissé par son éditeur pour des soupçons d’usage d’une IA générative, soulève des questions sur le rapport de la littérature à cette technologie.

Dans la foulée, j’ai entendu un éditeur soutenir en ondes que, si les autres métiers ont recours à l’IA, pourquoi pas les auteurs? Les lignes qui suivent sont une réflexion inspirée par cette question.

Surproduction de littérature

Il y a déjà tant de livres qu’il est difficile de se convaincre qu’il en faille un de plus.

Comme bien d’autres dans mon genre (prof, lecteur, avide de l’écrit…), j’accumule plus de livres que je n’ai de temps pour lire. Avec les cartes de bibliothèques que je possède, il me faudrait plusieurs vies humaines pour lire tout ce qui m’intéresse.

Le raisonnement s’applique probablement à l’humanité: si le but était simplement d’avoir suffisamment de livres pour que toutes les personnes qui le souhaitent puissent lire, nous aurions vraisemblablement déjà atteint l’objectif.

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Réflexion ridicule? Voilà où nous mène l’utilisation de l’intelligence artificielle générative en littérature. Nous avons maintenant des machines capables de produire plus rapidement plus de romans.

Ce n’était qu’une question de temps avant que le productivisme du capitalisme nous mène à cela: tout comme nous croulons sous les objets en plastiques et autres trucs jetables qui étouffent les océans de déchets, qui nous détruisent à petit feu, puis à coups d’incendies de forêt; voilà qu’on nous menace d’un surplus de littérature.

Comme dans bien d’autres sphères, le productivisme substitue la quantité à la qualité. Il n’est pas ici seulement question de qualité en tant que «bon», mais en tant que processus qualitatif qu’est la production d’une œuvre.

La machine a-t-elle quelque chose à dire?

Pour écrire un livre, il faut tout d’abord quelqu’un, une personne humaine, qui a quelque chose à dire. Elle choisit une forme (roman, essai…) avec les contraintes que cela impose. C’est en s’astreignant à épouser ces contraintes pour transmettre son message, à les rejeter, à les contourner ou à les tordre que naît l’œuvre.

Le processus d’écriture fait lui-même partie du raisonnement qui fait le livre. Quand quelqu’un s’en empare et le lit, il y a rencontre entre des humains à travers le langage, cette chose si éminemment humaine et sociale. Des êtres humains qui communiquent entre eux, parfois à des lustres et des années-lumière de distance, n’est-ce pas, au fond, ce qui importe de la littérature?

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Quel intérêt y a-t-il à lire le roman d’une machine? On pourrait vouloir mieux saisir cette «intelligence» d’ingénierie créée en phagocytant des œuvres et exploitant du travail humain.

Pour que cet exercice soit véritablement intéressant, il faudrait alors que la machine elle-même ait décidé de son propre chef qu’elle avait quelque chose à nous dire. Une telle lecture s’approcherait alors plus du projet de recherche que de l’expérience visée par la lecture d’un roman ou d’un essai.

Aider des humains à s’exprimer

On pourrait par contre être sensible à l’argument de l’accessibilité à l’écriture. Des gens qui, autrement, ne parviendraient pas à s’exprimer sous la forme d’un livre peuvent dorénavant le faire en s’aidant de l’IA générative. Mais il y a toujours eu d’autres formes pour s’exprimer et elles ne sont pas moins légitimes.

Aussi, cela comporte certains risques. D’une part, on oublie l’importance de l’exercice d’écriture pour que s’achève le raisonnement. L’écriture elle-même n’est pas un acte superfétatoire, séparé de l’effort de réflexion, postérieur à l’idée… elle est aussi la construction de la pensée elle-même.

En utilisant l’IA générative pour la littérature, il y a risque d’une surenchère des fins par rapport au processus.

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On maîtrise le contenu de son travail

Étant professeur, je lis parfois les travaux d’étudiantes et d’étudiants faits à l’aide de l’IA générative.

En parlant avec eux, je constate un problème fréquent: ils ne maîtrisent pas le contenu de leur propre travail. Alors que j’ai souvenir de raisonnements que j’ai produits pour des travaux universitaires rédigés il y a plus de vingt ans, ils et elles peinent à me résumer le contenu d’un travail remis il y a quelques semaines.

Il y a confusion entre le produit final et le processus d’écriture qui consolide la capacité de forger des raisonnements et des aptitudes qui les accompagneront leur vie durant.

Je crois qu’il en va de même pour les auteurs: c’est en écrivant que se peaufine la pensée. N’est-ce pas le fruit de cet exercice que l’on cherche en lisant?

La vitesse, ennemie de la pensée réfléchie

Finalement, il y a le risque inhérent du productivisme. L’IA générative va bien plus vite.

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Mais en matière de pensée, de réflexion, de transmission d’idées et d’esthétique du langage, ne devrait-on pas se méfier de la rapidité? Le temps ne se moque-t-il pas de ce que l’on fait sans lui?

Avons-nous besoin d’un roman, d’un livre de plus? Je n’en suis pas certain. Il m’est par contre difficile de croire qu’il puisse y avoir trop de gens qui pensent par eux-mêmes, de façon critique, et communiquent avec leurs pairs, à travers les moyens qu’ils maîtrisent.

P.S. : Texte écrit avec l’aide d’une intelligence artificielle étroite (non générative) pour la révision linguistique.

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