Avec Millet, la vie rurale sort de l’ombre

Peintre célèbre... oublié

Dossier de l'Art 253, Faton, novembre 2017, Jean-François Millet. La couverture reproduit L'Angélus (1859), musée d'Orsay, Paris.


21 janvier 2018 à 10h00

N’aurait-on pas oublié le peintre Jean-François Millet dans nos sociétés axées sur la technologie, l’innovation, la rapidité, alors que celui-ci a consacré l’essentiel de son œuvre à la ruralité?

Il n’y a pas eu d’exposition de ses tableaux dans nos musées canadiens, et le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa n’a de lui que quelques dessins ou estampes, achetés le plus souvent en 1912, et deux peintures.

Et pourtant, Jean-François Millet a eu son heure de gloire lorsque les reproductions de ses tableaux comme Les Glaneuses ou LAngélus faisaient florès en France ou mène dans certains pays européens. Mais découvrait-on alors le peintre ou la vie rurale?

Rétrospective en France

Un article d’un journal français intitulé Jean-François Millet, adulé aux USA et oublié en Europe rapporte les propos du commissaire d’une rare rétrospective française, Millet USA 2017: «Cela marchait très bien!»

L’explication de cet oubli ou de ce rejet: «Son image a été brouillée par tous les produits dérivés les plus kitch possible qui ont donné une image un peu dévalorisante de son œuvre.»

Et puisque nous en avons l’occasion, profitons-en pour découvrir le vrai Millet, artiste d’un monde peut-être oublié, mais peintre réaliste. Un numéro (253) du Dossier de l’Art des éditions Faton, Jean-François Millet, nous en donne l’occasion.

Les Glaneuses (1857), musée d'Orsay, Paris.
Les Glaneuses (1857), musée d’Orsay, Paris.

Jeunesse paysanne

Jean-François Millet est né le 4 octobre 1814 dans le hameau d’un petit village de la presqu’île du Cotentin, en Normandie. Il se trouve ainsi en pleine campagne dès sa naissance.

Il est l’aîné d’une famille de paysans qui comptera huit enfants. Ses parents exploitaient une petite ferme et c’est dans un environnement exclusivement paysan que le jeune Jean-François a passé les 20 premières années de sa vie.

Il est d’abord berger dans son enfance et plus tard il devient laboureur. Incontestablement, cette vie familiale paysanne aura une influence sur lui, ultérieurement.

Mais il n’est pas pour autant un jeune garçon inculte, au contraire. Il reçoit une éducation poussée grâce à la présence sous le toit des Millet d’un grand-oncle curé qui a contribué à lui donner le goût de la lecture, celle de la Bible et du poète latin Virgile en particulier, mais aussi Montaigne, La Fontaine, Homère, Shakespeare et Milton, Chateaubriand et Victor Hugo. Il acquiert ainsi une formation de premier ordre.

Les scieurs (1850) Victoria & Albert Museum, Londres.
Les scieurs (1850) Victoria & Albert Museum, Londres.

Cherbourg

En même temps, ses aptitudes pour le dessin se manifestent. Il travaille à la ferme familiale jusqu’en 1834. C’est alors que son père, qui a des relations avec la bourgeoisie locale, l’envoie dans la ville proche de Cherbourg pour apprendre le métier de peintre dans les ateliers de peintres.

Et, par chance pour Jean-François, un musée s’ouvre dans la ville. Il en profite pour copier les toiles de maîtres et s’initie notamment aux maîtres hollandais et espagnols.

Il obtient une bourse des autorités locales pour qu’il puisse continuer son apprentissage à Paris. Il s’y installe en 1837 et étudie à l’École des beaux-arts dans l’atelier du peintre Paul Delaroche, l’initiateur de l’«anecdote historique» ou documentaire.

Deux ans plus tard, il est 18e sur 20 au premier essai pour le prix de Rome. Il perd alors sa bourse et doit quitter les Beaux-Arts. Il revient à Cherbourg.

Le Vanneur (1848) National Gallery, Londres
Le Vanneur (1848) National Gallery, Londres

Ruralité

Après des débuts artistiques difficiles, Millet participe à des expositions. En 1848, il expose au Salon Un vanneur. C’est la manifestation d’une révolution picturale avec la place que la vie rurale, jusqu’alors méprisée, y prend.

Et Millet va observer et décliner le monde rural, son sujet et thème de prédilection, à travers portraits, paysages et scènes de la vie quotidienne.

Le Repos des faneurs, Le Semeur, Le Départ pour le Travail, La Récolte des pommes de terre, La Précaution maternelle, Hameau Cousin à Gréville, Les Glaneuses, La Charité, La Petite Bergère, L’Angélus, La Becquée sont quelques-uns de ses tableaux.

Il meurt à Barbizon, à 60 km au sud de Paris, non loin de Fontainebleau, le 20 janvier 1875.

Dossier de l’Art

Pour découvrir Millet, sa vie et son œuvre, rien de mieux que cette revue des éditions Faton. En 82 pages, quelques articles présentent Jean-François Millet. L’évènement Millet, La fortune de Millet aux États-Unis, Portrait de l’artiste en paysan, Chronologie, Arrêt sur une œuvre. L’Angélus, Les portraits. Millet avant Millet : ce sont quelques titres de cette revue.

Et il y a les illustrations très nombreuses. Près de 120 peintures et dessins, certains tableaux connus, d’autres inconnus, que l’on a ainsi le loisir d’admirer, l’occasion de les découvrir ici étant des plus rares.

«Ah ! Je voudrais faire sentir à ceux qui regardent ce que je fais, les terreurs et les splendeurs de la nuit. On doit pouvoir faire entendre les chants, les silences, les bruissements des airs. Il faut percevoir l’infini. (Millet)

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