Aristote Kavungu, fin psychologue et sociologue

L’être humain est-il naturellement cruel?

Aristote Kavungu, Mon père, Boudarel et moi, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, coll. Vertiges, 2019, 88 pages, 18,95 $.
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Aujourd’hui, 25 septembre, nous célébrons la Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. Je vous présente donc un roman d’un écrivain du Grand Toronto.

L’être humain est-il naturellement porté à monter ses semblables les uns contre les autres, à les manipuler, à les isoler, voire à «tuer ses pairs par désœuvrement»? On pourrait le croire en lisant le roman Mon père, Boudarel et moi, d’Aristote Kavungu.

Un tortionnaire en Indochine

L’auteur s’est inspiré de l’histoire véridique du camp 113 en Indochine, et du présumé tortionnaire Georges Boudarel, pour écrire ce court roman de 80 pages.

Le personnage principal et narrateur est Emmanuel K. qui, à 4 ans, entend son père raconter à son insu les dix mois de son emprisonnement au Congo. Comme Aristote Kavungu est d’origine angolo-congolaise, on se demande s’il n’y a pas une part d’autofiction dans ce roman.

Emmanuel montre avec une justesse émouvante comment l’honneur de son père a été piétiné, comment sa dignité a été oblitérée, comment son humanité a été niée. Même si son père donne une version épurée de certaines horreurs, Manu a parfois «l’envie de vomir, de crier, de pleurer ou même de s’étonner à voix haute».

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Un père humilié

Le jeune congolais grandit «humilié par le souvenir d’un père humilié». Assez tôt, il devient urgent pour lui de savoir pourquoi et comment on devient un criminel contre l’humanité. Il est hanté par l’image de son père pris dans un camp où la mort devient «simplement une péripétie, un détail».

L’auteur imagine un brillant scénario qui permet à son protagoniste d’affronter sa hantise. Emmanuel, qui poursuit ses études universitaires à Paris, fait un appel dans une cabine téléphonique où il trouve un portefeuille par terre. C’est celui du présumé tortionnaire Georges Boudarel qu’il va pouvoir affronter, interroger et pousser au pied du mur.

Lavé de crimes de guerre

L’interrogation est de courte durée. Boudarel est professeur d’université et fort habile quand vient le moment d’esquiver une question ou de donner une réponse évasive. Présumé criminel contre l’humanité, il est lavé de tout soupçon par un décret d’amnistie sur les crimes de guerre.

Emmanuel a néanmoins l’occasion, si minime soit-elle, de confronter un bourreau et d’aller au bout de l’horreur au nom du triomphe de la justice et de la dignité.

Les questions et réponses couvrent à peine deux ou trois pages (environ). Ce sont les réflexions d’Emmanuel qui occupent la part du lion. Cela permet à Aristote Kavungu de faire preuve d’une grande maîtrise dans l’analyse psychologique et sociologique de ses personnages, fictifs ou non.

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Cruauté humaine

L’auteur glisse des références à Louis-Ferdinand Céline et Romain Gary. Il glisse aussi des petites réflexions comme «Parfois les gens instruits sont plus dangereux que les cancres». Ses phrases ont souvent une tournure originale, dont voici un exemple: «avoir fait confiance à quelqu’un dont la confiance était justement mise en doute et même en lambeaux».

La finale du roman n’est certainement pas celle que tout humanitaire souhaiterait. La réalité veut, hélas, qu’on apprend vite «à ne plus ménager, plus qu’il n’en faut, les gens dont le seul métier est de tester leur cruauté sur les autres».

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