Après 37 ans de jazz, Manteca découvre la guitare

Le francophile Matt Zimbel inquiet pour l’industrie musicale canadienne

Manteca
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Le légendaire groupe torontois de jazz-latino Manteca, fondé il y a 37 ans, vient de sortir son 12e album – le premier comprenant de la guitare! – et se produira jeudi soir prochain, 10 novembre, au Young Centre for the Performing Arts dans le quartier de la Distillerie.

Le groupe s’est renouvelé avec les années: seuls deux autres membres y sont depuis plus de 30 ans, explique à L’Express son cofondateur, le percussionniste Matt Zimbel, originaire de New York et qui vit aujourd’hui à Montréal.

Lui et un autre musicien qui habite Ottawa sont les seuls qui ne sont pas installés à Toronto, bien qu’ils y viennent très souvent. Zimbel y a vécu pendant 11 ans et c’est là, chez Revolution Recording, que les huit nouvelles compositions de l’album The Twelfth Or Never ont été enregistrées.

«C’est la première fois que nous ajoutons un guitariste (Nick Tateishi), à qui nous faisons jouer un rôle particulier, comme un personnage dans une pièce de théâtre», dit-il dans le français qu’il a fait le choix d’apprendre pour mieux s’intégrer à la société québécoise.

Francophile

C’est d’ailleurs le sujet d’un documentaire diffusé plus tôt cette année, Un Américan au Québec, où on le suit dans sa quête sympathique d’une maîtrise du français qui lui permettrait de devenir… humoriste. Il s’entoure de conseillers, comme une experte du futur antérieur, et réussit à monter sur la scène du Capitole de Québec.

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C’est son quatrième film. En 2016, il a aussi produit et co-scénarisé Zimbelism, sur son père, le photographe George S. Zimbel. Il prévoit aussi faire un film sur les Grands Lacs. (Il a aussi fait de la télévision et de la radio, écrit dans le Toronto Star et le Globe and Mail…)

Matt Zimbel dans Un American au Québec
Matt Zimbel dans Un American au Québec

Manteca («beurre» ou «lardon», en espagnol, qui vient du titre de ce qui est considéré comme la première fusion du jazz et de la musique afro-cubaine par Dizzy Gillespie, Chano Pozo et Gil Fuller en 1947) fait aussi appel à saxophone, trompette, trombone, piano, basse, djembé, batterie…

«Notre jazz s’est toujours inspiré des grooves énergiques latinos, et se rapproche maintenant du rock avec la guitare», explique-t-il. «En 2007, c’est l’ajout d’un trombone qui avait créé, avec le sax et la trompette, un ‘pont’ avec la section rythmique.»

Même s’il voyage dans le monde entier, c’est tout de même encore aux États-Unis que Manteca tourne le plus souvent et connaît le plus de succès.

«Crise» de la musique

En 37 ans, Matt Zimbel et son groupe ont vécu la transition d’un «âge d’or», où les musiciens pouvaient vivre des seules ventes de leurs disques, à l’ère numérique actuelle, qui offre de maigres redevances aux artistes et où les ventes de CD se font surtout après les concerts.

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«C’est un désastre», confirme-t-il, «surtout pour l’industrie musicale canadienne.»

Le Québec, croit-il, est à peine mieux protégé par sa langue française et son star-system distinct: «au Québec aussi, c’est le pop américain qui domine», pendant que le CRTC assouplit ses règles sur le contenu canadien, que les radios ne jouent presque plus de jazz et que les festivals de «jazz» ajoutent du rock, du pop et du country.

Selon lui, on peut vraiment parler de «crise» de l’industrie musicale depuis l’avènement des Spotify et autres géants de la distribution de la musique en ligne. «Pour Manteca, ça va, nous sommes déjà connus, mais pour les jeunes, ça semble beaucoup plus difficile.»

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