Apprendre à écouter le bois pour mieux le sculpter

Joshua Lesage travaille dans une forêt du Yukon

L'Aurore boréale
Joshua Lesage et deux de ses pièces.
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Un peu par hasard, ou était-ce par simple curiosité, Joshua Lesage s’est inscrit à une formation en sculpture dès son arrivée au Yukon en 2007. Il était loin de soupçonner, à l’époque, que cette curiosité allait se développer en passion qui l’accompagne depuis plus de dix ans.

Les œuvres sculptées de l’artiste Joshua Lesage ne laissent personne indifférent. La maîtrise parfaite de son art et l’imaginaire inhérent aux œuvres qu’il propose touchent tout spectateur qui s’y attarde.

Au couteau

«J’utilise des couteaux pour sculpter le bois et non pas des outils électriques, car j’aime bien ça quand le processus est lent. Ça me permet de réfléchir sur mes expériences et mes rêves. Je peux alors intégrer ces réflexions dans l’œuvre sur laquelle je travaille», explique le Franco-Manitobain d’origine qui a rapidement adopté le Yukon.

Joshua Lesage travaille à ses projets d’art dans son studio rudimentaire situé dans la forêt à proximité de Whitehorse. Le lieu, qu’il partage avec son voisin également artiste, est doté d’un petit poêle à bois qui réussit à chasser la froideur de l’hiver.

Joshua Lesage aime travailler dans cet environnement où le silence n’est souvent ponctué que du son des entailles de ses couteaux à bois. Ça lui permet, confie-t-il, de mieux écouter la matière, le bois.

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Whitehorse, la capitale du territoire du Yukon.

Apprentissage auprès des Premières Nations

C’est d’abord l’aventure qui a attiré Joshua au Yukon. Il avait alors à peine 18 ans et avait une expérience de travail en menuiserie. Il a décidé, à peine arrivé en sol nordique, de s’inscrire au cours de sculpture qui était offert au studio Sundog (connu aujourd’hui sous le nom de Northern Cultural Expressions Society).

Il s’agit d’un organisme yukonais qui encourage les jeunes à s’exprimer par la création artistique. Les programmes sont offerts principalement à la jeunesse des Premières Nations du Yukon, mais sont ouverts également aux jeunes d’autres origines, comme c’était le cas pour Joshua Lesage.

C’est ainsi que ce dernier s’est initié au travail de sculpture sur bois.

Respecter l’intégrité du bois

«Le bois a ses propres caractéristiques. Il faut prendre le temps de le comprendre, de l’écouter, et d’entrer en relation avec lui quand on se met à le sculpter. Parfois, le bois va te laisser faire certaines choses, et d’autres fois, ce ne sera pas le cas selon le grain et la dureté du matériau», explique-t-il.

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Une pièce de Joshua Lesage.

«L’art des Premières Nations respecte l’intégrité du bois; il travaille avec lui et non pas contre lui. J’aime beaucoup cette approche.»

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Les liens d’amitié avec les autres participants sont devenus rapidement très forts. Il s’est d’ailleurs joint à eux avec enthousiasme pour réaliser différents projets de création, comme celui du canot fait d’un seul tronc d’arbre, dirigé par l’artiste Wayne Price, qu’on peut observer au Centre culturel des Kwanlin Dün.

Il était également de la partie pour le projet de sculpture du totem qui est aujourd’hui érigé au centre-ville de Whitehorse. Et il a fait partie de l’équipe de création de sculptures au Centre correctionnel de Whitehorse.

Après avoir terminé ces projets et acquis de l’expérience, Joshua Lesage a décidé de continuer son exploration créatrice personnelle.

Révélation en Inde

C’est d’abord un voyage en Inde qui a permis à Joshua Lesage de saisir le niveau d’expérience et le potentiel de création qu’il avait acquis au Yukon. Ce fut alors une agréable révélation.

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Une pièce de Joshua Lesage.

Puis, il y a environ trois ans, Joshua a décidé de poursuivre sa formation en se rendant en Californie. Il souhaitait alors travailler avec l’artiste américain Tom Wolver, qui préconise dans ses sculptures façonnées à l’argile une exploration artistique de l’intérieur de soi permettant de visiter le côté sombre qui sommeille dans chaque être humain.

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«Je voulais apprendre les techniques de sculpture à l’argile avec cet artiste, mais aussi mieux comprendre sa philosophie liée au côté sombre qu’on porte en nous et que nous projetons sur l’autre. Tom Wolver utilise la sculpture pour souffler de la vie dans cette partie sombre de lui-même. Ça m’intéressait beaucoup.»

Figuratif, collage, rêve

Cette exploration intime de l’âme a d’ailleurs porté ses fruits en janvier dernier lors d’une exposition de groupe qui se tenait à Arts Underground à Whitehorse. L’exposition What We Become in the Shadows a permis à l’artiste de présenter des nouvelles œuvres touchantes inspirées de cette exploration artistique intime.

«Je suis incapable de décrire le style de mes sculptures», confie-t-il en riant lorsqu’on lui pose la question. Il hésite alors entre figuratif, collage, ou rêve. «C’est un peu de tout ça», lance-t-il.

Pour les curieux, il est plus simple de se faire une idée par soi-même en allant visiter le compte Instagram de l’artiste yukonais (joshualesage8).

Le Yukon, dans le Grand Nord canadien, au nord de la Colombie-Britannique et à l’est de l’Alaska.

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