Le Québec-bashing du prof Amir Attaran: pas de sanctions de l’Université d’Ottawa

Amir Attaran, Québec-bashing, Université d'Ottawa
Le recteur Jacques Frémont et le prof Amir Attaran de l'Université d'Ottawa. Photos: archives Le Droit et Wikipédia.
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L’Université d’Ottawa continue de se dissocier des propos controversés de son professeur Amir Attaran à propos du Québec, et son recteur déplore «de telles déclarations hautement polarisantes et sans nuances qui surviennent trop souvent dans la sphère publique et particulièrement sur les plateformes des médias sociaux».

Mais l’institution ne compte pas s’excuser ni imposer de sanctions, comme le réclame le chef du Parti québécois (PQ).

Intolérance et diffamation

Paul St-Pierre Plamondon, a diffusé lundi matin la réponse que lui a transmise le recteur Jacques Frémont à la suite de la lettre ouverte qu’il lui a acheminée vendredi, et qui a entre autres été publiée dans le journal Le Droit d’Ottawa-Gatineau.

Demandant des excuses et des sanctions, le chef du PQ déplorait la décision de l’établissement de ne pas agir relativement «aux nombreuses déclarations intolérantes et diffamatoires» d’Amir Attaran, rappelant que les déclarations de ce dernier durent depuis plusieurs mois.

«Il est surprenant que votre université ferme les yeux sur de tels propos stigmatisants et dénigrants envers les Québécois, alors qu’elle a fait de la lutte à l’intolérance et au racisme une priorité qui frôle parfois le zèle au cours de la dernière année», a entre autres écrit le leader politique dans sa missive.

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La liberté d’expression n’est pas un buffet

Or, 72 heures plus tard, même si le recteur affirme qu’il «comprend et respecte le fait que des Québécois soient offusqués, voire offensés par de tels propos», il ne va pas jusqu’à répondre directement à la demande du PQ.

«Nombreux sont celles et ceux, dont j’en suis, qui se désolent devant le ton vindicatif et les attaques personnelles sur les Twitter de ce monde. Par ailleurs, la liberté d’expression n’est pas un buffet où on choisit les cas où le discours est acceptable et où il ne l’est pas», répond notamment Jacques Frémont.

Il répète du même coup que l’Ud’O s’est dissociée des propos du professeur dès les premières heures de cette controverse, et que ce dernier exprime son opinion personnelle.

Amir Attaran, Québec-bashing, Université d'Ottawa, anti-francophone
L’Université d’Ottawa

L’Alabama du Nord, selon Amir Attaran

Amir Attaran a par exemple écrit sur son compte Twitter personnel que la culture des Québécois est raciste, que le gouvernement québécois est suprématiste blanc, et que le Québec est «l’Alabama du Nord».

«Il y a lieu de faire la différence entre de tels échanges publics et des propos tenus dans un cadre plus formel d’une salle de classe, qu’elle soit virtuelle ou non», précise le recteur dans sa lettre.

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«Dans un tel cas, l’Université a l’obligation de s’assurer de maintenir un climat respectueux et propice à l’apprentissage, dans l’intérêt tant des étudiantes et étudiants que des membres du corps professoral. Dans toutes les situations, l’Université vise à protéger la liberté d’expression des uns et des autres, une valeur chère sur tous les campus et à empêcher la censure.»

«Il pourra continuer son Québec-bashing», déplore le chef du PQ.

Une décision qui donne «froid dans le dos»

La professeure Verushka Lieutenant-Duval, qui avait elle-même été impliquée dans une controverse de nature raciste l’automne dernier, a fortement critiqué l’absence de sanctions de l’Ud’O envers Amir Attaran.

Rappelons que Mme Lieutenant-Duval avait été suspendue par l’institution pour avoir prononcé le «mot en N» dans un contexte éducatif pendant l’un de ses cours le 23 septembre dernier.

M. Attaran n’a pas tardé à répliquer à Mme Lieutenant-Duval par le biais de son compte Twitter, parlant d’«une femme blanche célèbre pour avoir utilisé le “mot en N”» qui dénonce «un homme appartenant à une minorité qui prend la parole pour s’opposer au racisme».

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Le commentaire de la prof Verushka Lieutenant-Duval sur l’affaire Attaran.

Pas de sanctions contre Amir Attaran

Le chef du PQ s’insurge de la réponse de M. Frémont, jugeant qu’il banalise la situation.

«À en croire le recteur Frémont, les expressions “suprémaciste blanc”, “nation spécialement raciste”, “cerveau desséché”, “lynchage médical”, “retardés” et le ciblage constant des Québécois seraient une forme de liberté d’expression normale, un comportement banal qui ne mérite pas de sanctions ni d’excuses. […] Amir Attaran pourra donc continuer son Québec-bashing et le déversement de toute sa haine anti-québécoise en toute quiétude», a-t-il réagi.

Dans trois messages publiés sur Twitter et dans sa lettre, le recteur et vice-chancelier de l’Ud’O affirme que l’institution condamne «les propos vindicatifs, l’incivilité et les généralisations outrancières envers quiconque, spécialement ceux fondés sur ce que les gens sont, leur couleur, leur langue, leur origine ou toute caractéristique personnelle».

Il ajoute que «cela ne sert pas les valeurs de rigueur, de nuance et de tolérance que nous souhaitons transmettre à nos étudiantes et étudiants et que nous voulons partager avec toutes les communautés avec lesquelles nous travaillons quotidiennement».

«Je tiens à réaffirmer le profond attachement de l’Université d’Ottawa à l’endroit de la Francophonie, de la société québécoise et des communautés francophones du Canada», renchérit M. Frémont.

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Abus de savoir

Le professeur montréalais de cultures religieuses Norman Cornett, correspondant occasionnel de l-express.ca, déplore les propos «infondés» du professeur Amir Attaran, «d’autant plus incompréhensibles du fait qu’il détient des diplômes d’études supérieures d’universités prestigieuses dans des disciplines fort respectées de la médecine et du droit».

«C’est un abus de savoir», image-t-il.

M. Cornett se scandalise surtout de la comparaison entre le Québec et l’Alabama, étant lui-même Américain (du Texas) et ayant connu «l’Alabama raciste du gouverneur George Wallace».

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Norman Cornett

Amir Attaran en remet contre le PQ

Quant au professeur Attaran, il a rajouté de l’huile sur le feu avec un autre commentaire sur Twitter à la suite de la sortie publique de l’Université, décochant une flèche envers le PQ et le Québec.

«Salut les péquistes, pas de chance. Vous ne recevrez pas d’excuses et je ne serai pas discipliné. Ce n’est pas parce que le Québec a une liberté académique inférieure (par exemple, l’affaire Andrew Potter) que les mêmes intimidateurs [browbeating] ethnocentriques produisent aussi des résultats en Ontario», a-t-il écrit dans l’un de ses nombreux gazouillis du jour.

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Et contre la CAQ

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, qui a dénoncé à maintes reprises les propos de ce professeur ainsi que l’inaction de l’Université, n’a quant à lui pas souhaité en rajouter lundi.

Dans un gazouillis sur son compte Twitter samedi, le ministre québécois responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, affirmait qu’il était heureux que de tels propos soient maintenant largement dénoncés et «qu’on n’a clairement pas à se laisser insulter comme ça».

Amir Attaran n’a pas tardé à lui répondre.

«Vraiment, qui se préoccupe de ce que vous pensez? Parce que vous faites partie d’un gouvernement suprémaciste blanc de la CAQ qui choisit de nier l’existence du racisme systémique. Vous êtes du mauvais côté de l’histoire et vous devrez un jour expliquer à vos petits-enfants pourquoi vous êtes raciste», a-t-il écrit.

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Le prof Attaran se vante de ne pas être sanctionné par l’Université d’Ottawa. Photo d’un article du Ottawa Citizen: le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon.

Trudeau: «Ça va faire!»

Le dossier a aussi rebondi jusqu’à la Chambre des communes à Ottawa, alors que le député et leader à la Chambre du Bloc québécois, Alain Therrien, a fait une déclaration à ce sujet: Amir Attaran «ne subira aucune conséquence, parce qu’au Canada, le Québec-bashing, c’est permis et ça peut même être payant».

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En conférence de presse à Trois-Rivières, lundi, les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault se sont montrés peu impressionnés par les propos du professeur et par l’absence de condamnation par le recteur Frémont.

«En tant que Québécois, je suis toujours désolé quand des gens tentent de partager des déclarations-choc pour avoir de la publicité. Ça va faire, le Québec-bashing», a dit Justin Trudeau.

François Legault s’est dit «déçu de voir que le recteur n’a pas condamné» les propos du professeur. «Ce n’est pas acceptable.»

Les francophones, un désavantage du Canada?

L’affaire Attaran survient dans la foulée des propos francophobes trouvés la semaine dernière sur le site de la firme de consultants en immigration MDC Canada, qui ont fait le tour du web avant d’être retirés.

Sa publication Facebook, une infographie dans laquelle elle fait la promotion de la vie au pays, décrivait «The Pros and Cons of Living in Canada». Avantages: la beauté du pays, la poutine, le multiculturalisme… Désavantages: le froid, le coût élevé des vols et le fait que «beaucoup de personnes ici parlent français».

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Avantages et désavantages de la vie au Canada…

La publication a été retirée jeudi matin. Le midi, le propriétaire et président de l’entreprise MDC, David Allon, a présenté ses «sincères excuses» aux francophones du pays. Il a mentionné qu’il était lui-même «un fier citoyen canadien-français» qui avait «été personnellement offensé lorsque cela a été révélé».

«Ce message spécifique a été rédigé par un (rédacteur) indépendant externe», a-t-il précisé. «En tant qu’entreprise, nous ne partageons pas le point de vue de cette personne.» MDC a souligné qu’elle était une entreprise multiculturelle «qui célèbre la diversité et s’engage à promouvoir l’inclusivité».

– Avec Louis-Denis Ebacher et Jean-Simon Milette (Le Droit) et François Bergeron (l-express.ca)

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