AmericanDream.ca de Claude Guilmain: entre la petite et la grande histoire

La trilogie sera disponible au Salon du livre de Toronto

Claude Guilmain. Photos: Nathalie Prézeau
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Quand on fait partie du conseil d’administration d’une compagnie de théâtre de création, on se trouve aux premières loges pour être témoin de son processus créatif. C’est l’une des grandes motivations des membres du CA du Théâtre La Tangente, dont je fais partie, pour s’engager dans ce genre d’aventure.

Quand ce processus s’étale sur sept années, comme c’est le cas pour la trilogie AmericanDream.ca du dramaturge Claude Guilmain (et directeur général de La Tangente), on a envie d’assister aux réunions avec du pop-corn pour l’écouter nous livrer une clé de plus sur les hasards de la route qui ont alimenté la création de sa pièce.

Lorsque j’ai interviewé Claude la semaine dernière, il venait de terminer une série de conférences (en français) sur la structure dramatique dans le cadre de la programmation Author Talks & Lectures de la Bibliothèque publique de Toronto. S’il y a une leçon que ses auditeurs ont retenue, c’est que nul détail de nos vies n’est trop anodin pour servir d’étincelle à la création.

Un 11 septembre 2001

La fascination du dramaturge pour le lien existant entre le monde intérieur des individus et l’histoire collective s’est cristallisée le 11 septembre 2001.

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Les yeux rivés sur son écran avec le reste du continent, Claude était sous le choc alors que sa conjointe recevait, en arrière-plan dans la cuisine, un appel annonçant la mort d’un membre de la famille. Deux drames. Deux échelles.

Cette image s’est traduite dans la pièce AmericanDream.ca par cette réflexion du personnage de Brigitte, prof d’histoire. «Ç’a pas pris de temps que j’ai compris que l’attaque sur le World Trade Center avait donné carte blanche aux Américains en politique étrangère pour les vingt prochaines années. Ma tante, elle, quand y est question du 11 septembre, c’est pas aux tours de New-York qu’à pense. À pense à sa soeur.»

Les propos d’Émilie, son personnage militaire déployée en Afghanistan, ne relèvent pas de la fiction eux non plus. Ils viennent de la bouffée d’adrénaline vécue par Guilmain lors du tournage de son documentaire en Afghanistan avec le 22e Régiment.

Une scène multimédia d’AmericanDream.ca, de La Tangente, qui a été jouée au TfT en 2017. (Photo: Marianne Duval)

Apprendre qu’on a un cancer

L’expérience du personnage de Maude qui apprend qu’elle a le cancer, puise mot pour mot dans celle de sa conjointe Louise Naubert (la directrice artistique de La Tangente). C’est d’ailleurs elle qui joue le rôle de Maude lorsque la pièce se retrouve sur scène.

Ce petit détail permet d’apprécier l’interprétation subtile de Louise Naubert: elle ne joue pas son propre rôle, mais bien celui d’une autre femme, avec une gestuelle et un bagage différents, réagissant de façon similaire à la même situation dans laquelle elle s’est trouvée.

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Moins dramatique cette occasion où Guilmain et le directeur technique de La Tangente, Duncan Appleton, se prenaient la tête avec de gros problèmes techniques de décor.

On a alors entendu fuser un segment audio célèbre de Kennedy: «We chose to go to the Moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard». Claude l’avait fait jouer en douce pour détendre l’atmosphère. L’équipe s’est écroulée de rire. Le segment s’est retrouvé dans la pièce.

Dans AmericanDream.ca, une famille traversée de drames personnels. (Photo: Marianne Duval)

Fiction sur une histoire vraie

Quant à l’intrigue qui lie les trois parties de la trilogie – qu’on ne révélera pas ici – il faut savoir qu’elle est tirée de l’histoire familiale de Claude Guilmain.

Sa famille a vraiment vécu pendant un an à Cedar Rapids en Iowa.

Il a bel et bien un grand-père mystérieusement disparu dans les années 40.

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Il a réellement retrouvé la trace en Nouvelle-Orléans grâce au site Ancestry. «Il y avait des bouts de la pièce qui me suppliaient de les écrire», s’amuse l’auteur.

De la scène au papier

Pas besoin d’avoir assisté à la mise en scène de la trilogie pour apprécier l’humour des personnages et de leurs interactions dans le texte d’AmericanDream.ca. Pas besoin des ingénieux effets multimédias des présentations sur scène, pour s’imprégner dans le tourbillon des événements.

Les monologues qui campent parfaitement les personnages, ainsi que le montage serré des dialogues donnant au texte un rythme cinématographique, démontrent la confiance de l’auteur en l’intelligence de ses lecteurs.

En librairie depuis le 13 novembre dans sa version intégrale et en version électronique sur Amazon, AmericanDream.ca sera en vente jeudi, vendredi et samedi au Salon du livre de Toronto, sous l’enseigne de LInterligne, au stand du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (RÉFC).

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Dessin de Claude Guilmain pour AmericanDream.ca

Vedette internationale

Vers la fin de notre entretien se déroulant dans la vitrine d’un café de la rue Yonge, nous sommes interrompus par une jeune femme excitée qui lance à Claude: «Oh my God! I thought you were Michael Douglas!» La situation est hilarante, considérant que l’acteur américain joue présentement le rôle d’un prof d’art dramatique dans une série Netflix.

Et que cette fan vient d’illustrer notre façon moderne de vivre le rêve américain! Il y a fort à parier que la photo de notre dramaturge torontois figure maintenant sur le compte Instagram de cette femme avec la mention: «Can’t believe I almost saw #micheldouglas in a Toronto Café! #almostfamous»

Michael Douglas

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