Alice Zeniter et Émilie de Turckheim regardent ailleurs

La France présente au Salon du livre de Toronto

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L’une a publié son premier roman à 16 ans, avant de s’essayer au théâtre et au cinéma. À moins de 30 ans, elle vient de recevoir le Prix Renaudot des lycéens. L’autre, âgée de 35 ans, a publié huit romans. Elle est également détentrice de prix honorifiques dont la Vocation et le Roger Nimier.

Alice Zeniter et Émilie de Turckheim, deux figures montantes de la littérature française, étaient présentes au Salon du livre de Toronto afin de présenter leurs derniers romans.

Dans Juste avant l’Oubli, Alice Zeniter décrit le monde universitaire à travers le récit d’un colloque qui se tient sur une île perdue des Hébrides, au large de l’Écosse.

C’est à Mirhalay que Galwin Donnel, maître incontesté du polar (et personnage fictif), a vécu ses dernières années avant de disparaître brutalement. Depuis, l’île n’a d’autre habitant qu’un gardien taciturne. «Il est un personnage secondaire de sa propre vie. Personne ne s’intéresse à lui. Est-il tellement différent d’un caillou ou un phoque? Il n’en est pas sûr. Aucune dignité humaine ne lui est donnée», décrit l’auteure.

Avec Popcorn Melody, Émilie de Turckheim s’intéresse, quant à elle, à la société d’hyperconsommation. Tom Elliott, la trentaine, est propriétaire de la dernière supérette (dépanneur) de Shellawick, une petite ville du Midwest américain frappée par l’alcoolisme et le chômage. L’auteure apprécie particulièrement le personnage d’Émilie: «C’est la caissière de l’hypermarché qui ouvre en face de la supérette. Émilie est d’une lenteur et d’une maladresse incroyables. Tom tombe tout à fait amoureux d’elle.»

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Lors d’une table ronde animée par Sylvie-Anne Jeanson, de Radio-Canada, Émilie de Turckheim et Alice Zeniter ont pu revenir sur leurs déclencheurs d’écritures. «C’est le grand désert de pierres noires, très plat, poussiéreux, avec des éclats de quartz», se souvient Émilie de Turckheim. «Je sentais qu’il existait, que c’était une métaphore.»

Alice Zeniter, de son côté, a vécu une expérience différente: «J’ai toujours un peu cette même manière de faire qui est très passive. Je ne cherche jamais ce sur quoi je vais écrire. Pendant des années, il y a des petites choses qui retiennent mon attention. Au début, elles apparaissent éparses. Puis, elles se rencontrent et s’agglomèrent.»

Ces deux fictions s’inspirent, de près ou de loin, d’une réalité revisitée, réinventée, comme l’explique Alice Zeniter: «Je ne crois pas qu’il existe de la création pure. En fiction, des tas des choses arrivent par l’observation. Quand elles ressurgissent, elles sont transformées passivement par le temps ou par un processus volontaire d’imagination. (…) On est toujours imprégné de la vie qui nous entoure. Je ne crois pas qu’on puisse se retrancher derrière le château fort de la création et de l’imagination.»

Ces lieux qui inspirent

Imaginé, fantasmé ou géographique, l’ailleurs est complexe et multiple. Alice Zeniter et Émilie de Turckheim ont toutes les deux situé leur roman à l’étranger: les Hébrides pour Alice Zeniter, les États-Unis pour Émilie de Turckheim. Zachary Richard, lui, est l’auteur de Migrations. L’occasion pour les trois artistes de discuter autour d’une table ronde, samedi.

«J’ai toujours eu énormément de tendresse pour les lieux qui ont l’air de nous rejeter», a dévoilé Émilie de Turckheim. «J’ai une passion pour les villages et les parcs à thème abandonnés. Ça me donne envie de m’asseoir par terre et d’écrire immédiatement», a ajouté Alice Zeniter.

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Plus discret, Zachary Richard s’est toutefois défini comme un «vagabond». «Je suis bien partout et nulle part. Je trouve la notion d’aller et revenir assez inspirante.»

Mais surtout, le chansonnier et écrivain louisianais a insisté sur la francophonie en tant que minorité. «En Amérique, l’ailleurs peut être ici… Cette notion résonne en moi. Une grande partie de ma poésie est une poésie de révolte. C’est une façon de m’exprimer sans retenue.»

Trois questions

Pétillantes et drôles, Alice Zeniter et Émilie de Turckheim ont répondu à quelques questions de L’Express.

Est-ce la première fois que vous venez à Toronto?

Alice Zeniter: Oui, c’est la première fois. Nous avons déjà trouvé de belles petites maisons, sur Markham Street, et un supermarché bio.

Émilie de Turckheim: Moi, je suis déjà venue. Mais oui, nous avons décidé de nous installer ici. (rires) Nous avons envoyé des photos à nos compagnons, mais ils n’ont pas l’air d’accord…

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Avez-vous déjà des lecteurs au Canada?

AZ : Ils sont censés nous découvrir au Salon du Livre. C’est l’occasion pour nous de séduire notre lectorat.

EdT : Pas séduire… Conquérir plutôt! Nous avons participé à un sympathique débat vendredi. Nous avions peur qu’il y ait peu de monde… (rires)

Vous semblez complices. À quand un roman à deux?

EdT : Je suis incapable d’écrire à plus d’une personne…

AZ : Et moi, je ne l’ai pas fait depuis longtemps… Je crois que j’aimerais bien.

EdT : Oui, c’est vrai qu’on serait dans un entre-deux d’écriture…

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AZ : On devrait commencer par écrire un haïku! (rires)

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