Le milieu de l’agrotourisme à l’abri des poursuites frivoles

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Les visiteurs de la ferme Saunders doivent garder en tête qu'ils sont à la ferme et qu'on doit afficher un minimum de prudence. Photo: Agricom
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Publié 14/02/2025 par Jean-Marc Dufresne

Vous visitez une ferme en talons hauts et vous vous blessez parce que le sol est inégal? Votre garçon de cinq ans se fait mordre pendant qu’il explore le fond de la gorge d’une brebis avec ses doigts? Vous ruinez une paire de jeans à 120$ en vous accrochant à un fil de fer barbelé? Tough luck!

En vertu d’une nouvelle loi adoptée par le gouvernement ontarien juste avant les Fêtes, les exploitants d’entreprises agrotouristiques seront dorénavant à l’abri des poursuites dites «frivoles» intentées par des visiteurs maladroits.

Limiter la responsabilité

L’industrie agrotouristique est en pleine croissance. On peut pratiquer l’autocueillette, caresser des animaux, participer à des jeux, visiter et parfois même être hébergé sur place.

Présenté par le député conservateur de Perth-Wellington, Matthew Rae, le projet de loi privé répond à une demande du milieu.

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Le député Matthew Rae. Photo: courtoisie

«Il y a des risques inhérents à la visite d’une ferme, et les touristes doivent en être conscients», dit-il. «Il est de la responsabilité de chacun de porter des vêtements adéquats et d’afficher une certaine prudence.»

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J’ai parlé avec des propriétaires de fermes qui songeaient à se lancer dans l’agrotourisme, mais hésitaient à le faire en raison des assurances et des risques de poursuite.

Les entreprises agrotouristiques pourront désormais afficher clairement, à l’accueil ou à un endroit facilement accessible, un écriteau stipulant que la visite se fait aux risques et périls du visiteur et que ce dernier doit être raisonnablement prudent et porter des vêtements adaptés à un milieu champêtre.

«Tous les partis ont appuyé sans réserve le projet qui a maintenant force de loi», se réjouit le député. «À ma connaissance, l’Ontario est la première province canadienne à adopter une telle loi et des politiciens de l’Alberta sont intéressés à emboîter le pas. Aux États-Unis, ce genre de règlement existe dans au moins 30 des 50 États.»

De toutes les couleurs…

Une cheville foulée sur une glissoire, une écorchure en trébuchant sur une motte de terre, une roue de carriole qui tombe…

En 50 ans, Mark Saunders, directeur du plaisir à la Ferme Saunders située à Munster dans l’Est ontarien, a vu son lot d’incidents généralement bénins. Ce qui a changé selon lui, c’est l’attitude des visiteurs au fil des ans.

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«Oui, on sent que les gens prennent de moins en moins leurs responsabilités. Ils se disent que quelqu’un, quelque part, devrait faire quelque chose, que rien n’est leur faute.»

«Ça vient peut-être du changement de l’environnement social. Il y a 50 ans, tout le monde avait un proche qui vivait sur une ferme.»

«Aujourd’hui, on a des citadins qui n’ont jamais mis le pied en dehors de la ville, ils ne réalisent pas qu’en campagne, c’est plus frais, plus humide et qu’il y a de la boue.»

Pas une carte blanche

Cependant, il ne voit pas dans la nouvelle loi, une carte blanche pour l’industrie agrotouristique. «Le changement n’enlève pas une certaine part de responsabilité de notre part, mais il nous protège contre les poursuites frivoles, et ça nous permet de créer des événements où les gens peuvent voir d’où provient leur nourriture», dit-il.

Sans compter qu’une telle mesure pourrait, dans un monde idéal, réduire le coût des assurances… ce qui reste à voir.

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