Robert Lepage refera ovationner Speak White à Toronto

887 au Elgin & Winter Gardens Theatres en décembre

Robert Lepage, 887
Robert Lepage et le quadruplex où il a grandi à Québec: le 887 avenue Murray. Photos: Erick Labbé
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Publié 05/11/2026 par François Bergeron

Robert Lepage nous ouvre les portes de sa mémoire avec 887, une pièce où il est seul en scène, de retour à Toronto au Elgin & Winter Gardens Theatres les 10, 11, 12 et 13 décembre.

L’oeuvre autobiographique avait été créée pour le festival culturel en marge des Jeux Pan-Am de 2015 à Toronto. Elle a reçu les prix les plus prestigieux et n’a jamais cessé de tourner à guichet fermé à travers le monde, plus récemment à Montréal et Québec.

Elle est toujours actuelle, soulignent les promoteurs torontois Show One Productions, puisqu’elle porte sur la mémoire.

Chose qui aurait été impensable en 1968, Lepage a réussi à faire ovationner dans la métropole du Canada anglais le poème nationaliste Speak White de Michèle Lalonde!

«Je me souviens»… de quoi?

Le dramaturge québécois de renommée internationale choisit de parler du passé pour évoquer les problèmes du présent (pas si différents en 2026 de ceux de 2015), prétextant un contrat pour lire le fameux poème lors du 40e anniversaire de la Nuit de la poésie où il avait été présenté pour la première fois.

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«Je trouve le sujet passionnant», avait-il expliqué en entrevue à l-express.ca en 2015. Même si la devise du Québec est encore «Je me souviens», de quoi se souvient-on exactement?

«Notre mémoire est de moins en moins sollicitée aujourd’hui, il y a comme une forme d’assistance qui se développe avec toutes ces machines, les téléphones qui se souviennent de tout pour nous au lieu de marquer les instants dans nos mémoires.»

Robert Lepage, 887
Robert Lepage est fasciné par le souvenir de nos émotions et de nos expériences.

Lutte des classes

C’est justement pour raviver la mémoire d’une époque de lutte des classes – le Québec français des années 1960-70 qui cherchait à s’affirmer dans le continent anglophone – qu’il a écrit cette pièce. «Je ne voulais pas proposer une version du passé, mais évoquer l’histoire elle-même, celle qui est loin et qu’on veut oublier».

Engagé contre certaines conformités de notre société (encore un enjeu aujourd’hui), le comédien et metteur en scène espère rafraîchir le débat et faire passer un message clair: il faut se souvenir des choses pour façonner l’esprit humain et le nourrir.

«Sans ça, nous ne serions que des machines qui vivent, oublient et stockent que ce qui leur conviennent», soutient-il.

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887 avenue Murray à Québec

Dans 887 (l’adresse de son enfance à Québec: 887 avenue Murray, entre les plaines d’Abraham et le parc des Braves), il raconte l’histoire de ces années 60 turbulentes; les défis de son père fédéraliste chauffeur de taxi et de sa mère nationaliste s’ennuyant à la maison; les voisins du bloc-appartements assez représentatif de la société de l’époque… et des facettes de notre cerveau!

Mais «il ne s’agit pas de nostalgie», affirme Robert Lepage, «mais bien de rendre plus ludique le souvenir d’une époque douloureuse».

Robert Lepage, 887
De Gaulle sur le Chemin du Roy en 1967.

Mise en scène unique

Comme dans toutes les pièces de Lepage, une mise en scène unique, qui ne manque jamais d’étonner, vient appuyer et illustrer le récit. Ici, le 887 avenue Murray occupe la plus grande partie de la scène, le narrateur géant dirigeant notre regard vers les petits événements (filmés) qui se déroulent dans chaque appartement, interrompus parfois par l’arrivée du taxi de son père.

D’une légère poussée de Lepage, l’édifice se transforme en intérieur d’appartement ou en café de gare.

Le Chemin du Roy, sur lequel a circulé le président français Charles de Gaulle, en 1967, est également recréé sur scène.

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Comme le petit garçon qu’il était, il semble prendre un goût certain à s’arrêter sur ces détails, au premier abord futiles, qui prennent tout leur sens avec les années.

Nos vies d’émotions et d’expériences

Dans son oeuvre, Robert Lepage nous rappelle combien nos vies sont riches en émotions et en expériences… qu’il ne faut pas oublier.

Comme après une bonne soirée chez des amis, à se conter des anecdotes, à parler de choses sérieuses, à passer du coq à l’âne, à rire pour peu de choses juste parce que l’on ne se sent plus seul, les spectateurs quittent la salle euphoriques, attendris mais aussi saisis par un tel partage d’une histoire à laquelle bien peu de Torontois peuvent s’identifier: la contestation de l’hégémonie anglophone et l’euphorie nationaliste québécoise.

Bien sûr, la «menace séparatiste» n’est plus ce qu’elle était (quoiqu’avec la récente élection du PQ…), mais peut-être que les Canadiens-Anglais aussi ont des trous de mémoire…

Auteurs

  • Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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