Idylle d’île en île en Polynésie française

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Une île de la Polynésie en vue du Panorama II. Photos: Aurélie Resch, l-express.ca
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Publié 13/09/2026 par Aurélie Resch

Arohanui, petit bout de femme énergique et guide sur l’île de Raiatea, me montre le dessin d’une pieuvre. Tahiti est la tête. Au bout de ses huit tentacules, qui représentent différents courants: les Marquises, Hawaïï, Gilbert, Tonga, la Nouvelle-Zélande, Tuhoa Pae, Rapa, Rapa Nui. Une façon imagée, transmise depuis des générations, de se représenter la Polynésie.

Plus tard, sur une petite plage, Arohanui me prend par la main et pointe son doigt vers l’horizon. «Ici, le voyageur vient déposer son fardeau. Ou un cadeau. Il les donne à la mer et au vent.» Je fais les deux. Et je me promets de revenir un jour ici, voir si ce que j’ai laissé a été emporté ou s’est enraciné.

En acceptant l’invitation de Variety Cruise à naviguer en Polynésie française sur le navire Panorama II, avec seulement 17 autres passagers, je n’imaginais pas m’embarquer pour un voyage aussi immersif.

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Le Panorama II sous le coucher de soleil à Bora Bora.
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Lagon à Tahaa.

Un voyage à la croisée des cultures

Ma première escale après avoir largué les amarres à Tahiti Nui est Huahine, l’île de la femme. En la contemplant depuis la mer, je vois en ces collines arrondies et harmonieuses une femme enceinte allongée dans l’eau.

Huahine reste pour moi à l’écart des autres îles. Plus authentique, douce, généreuse. Grace aux locaux, j’y goûte mon premier tartare de thon au lait de coco, préparé sur un motu et dégusté les pieds dans l’eau.

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J’y découvre la technique de pêche au piège (une sorte de labyrinthe en pierre dans lequel les poissons entrent mais ne peuvent sortir), nage au-dessus de mon premier jardin de corail (de toute beauté) et visite mon premier marae (site sacré délimité par des pierres volcaniques et des coraux) où j’y apprends les rites traditionnels.

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Huahine et le profil de la femme couchée sur les montagnes.
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Technique de pêche à Huahine.

Festival de danse traditionnelle

Amie de notre capitaine Michaelis Paradeisano, Poe, la maire de la commune de Fitee, nous rend visite sur le bateau et partage un dîner avec nous. Nous sommes en pleine période du Heiva, le festival annuel de danse traditionnelle qui met en compétition les meilleurs danseurs polynésiens sur chaque île.

Poe nous invite à la rejoindre à la représentation locale qu’elle préside. Une occasion pour moi d’apprendre les danses, tout en regardant le fameux roulement de hanches associé à l’élégante ondulation des bras.

Assise à côté d’une (grande) famille huahini avec qui je sympathise, je me fais expliquer ce que chaque chorégraphie signifie. Je peux ainsi apprécier la profondeur de chaque mouvement empreint dans le folklore et dans les légendes traditionnelles.

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Festival Heiva.
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Oeuvre d’un peintre de paréos à Bora Bora.

Peuple de l’océan

Au cours de mes escales à Taha’a, Moorea, Bora Bora, Tahiti, je ne découvre pas seulement le savoir-faire des Polynésiens (paréos, vanille, perle noire, chapeaux en feuille de palmier…), mais je me laisse aussi séduire par leur douceur, leur rapport aux éléments et au temps.

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Chaque plongée au milieu des poissons, à la suite d’une raie ou d’une tortue, chaque navigation sur les eaux turquoises des lagons ou agitées de pleine mer, m’évoque les grandes traversées des Polynésiens voyageant de longs mois sur leur pirogue.

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Art polynésien.
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Art polynésien.

Au fil des vagues et des nuages, je deviens attentive au courant, à l’aileron qui fend la surface, à l’écume plus loin que laisse la baleine en replongeant dans les profondeurs.

Je m’émerveille, je songe et je me tiens sur mes gardes aussi: les rochers à fleur de cale, la houle qui s’amplifie, la crainte de dériver… Tant de choses que je ne maîtrise pas et que contrôlent placidement les capitaines et guides de mes expéditions.

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Une sirène à Bora Bora.
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Tihi, guide de plongée.

Étrangère en pays étrange

À terre, c’est un fruit partagé avec des femmes, une interrogation sur le tatouage recouvrant une grande partie du corps d’un homme, un moment de silence épaule contre épaule avec Tuhari, mon guide à Bora Bora, qui m’immergent dans une culture qui me touche particulièrement.

Leur savoir des plantes, leur lecture des sols, de l’alignement des pierres, leur relation aux anguilles sacrées et aux autres créatures marines, me captivent autant qu’ils me font toucher du doigt le peu de connaissances que je possède dans le domaine, moi, fille de métropole.

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Les anguilles sacrées de Moorea.
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Des explications sur la culture de la perle noire à Tahaa.

La vie à bord

À bord du Panorama II, je discute avec les autres passagers, venus des États-Unis, d’Australie, d’Allemagne, de Suède, de Lituanie et d’Angleterre. Tous, durant la croisière, ont succombé à la gentillesse, la générosité et à la culture polynésienne.

Parmi les avantages qu’offre une micro-croisière comme celle-ci, celui de bénéficier des liens tissés entre le capitaine et les locaux qui nous permettent une approche personnalisée, intime, des lieux et de la culture.

Également, la flexibilité de changer d’itinéraire ou de point d’ancrage pour une petite mise à l’eau entre deux îles ou proche d’un petit quai.

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En randonnée à Moorea.
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Sur la seule rivière intérieure en Polynésie à Raiatea.

Et puis l’amitié qui naît lors d’excursions qui nous réunissent, à table le soir ou encore sur le pont à s’emplir les yeux de bleu ou en apprenant à jouer du tambour traditionnel.

Le capitaine, le personnel et l’équipe technique, toujours à l’écoute et aux petits soins, et venant eux aussi de tout horizon, rendent la traversée des plus agréables.

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L’église de Tahaa.
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Moorea.

Escales enrichissantes

En échangeant avec eux, en les observant concentrés sur leurs tâches et en partageant des moments de rires durant leurs pauses, j’apprécie l’avantage de voyager en petit groupe. Moins de monde, moins de tensions, plus de facilité à créer des liens et la possibilité d’apprendre en tout temps le fonctionnement du navire, les différents métiers à bord.

Les excellents rapports entre l’équipage, le commandement et les locaux offrent de belles opportunités de rencontres à chaque escale comme à bord.

Je pourrais rester encore plusieurs semaines sur le Panorama II à regarder les étoiles danser dans le ciel, explorer d’autres îles et poursuivre les conversations commencées. Hélas, il arrive un moment où le navire rentre au port et où ses passagers regagnent leurs terres.

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Un marché à Moorea.
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Rencontre avec des locaux sur le Panorama II.

Maruru

Dans le vol d’Air Tahiti Nui qui me ramène vers le continent nord-américain, la tête posée sur un coussin aux couleurs azur et émeraude, je vois défiler derrière mes paupières closes les sourires, les lagons, les forêts tropicales, les danses traditionnelles, les fruits, les requins pointes noires, les amitiés transpacifiques.

L’annonce de l’hôtesse, en maori d’abord, puis en anglais, ponctuée par un doux «maruru» (merci), résonne agréablement à mes oreilles tandis que l’avion s’élève et laisse Tahiti et ses îles derrière les nuages.

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Auteurs

  • Aurélie Resch

    Chroniqueuse voyages. Écrivaine, journaliste, scénariste. Collabore à diverses revues culturelles. Réalise des documentaires pour des télévisions francophones. Anime des ateliers d’écriture dans les écoles, les salons du livre et les centres culturels.

  • l-express.ca

    l-express.ca est votre destination francophone pour profiter au maximum de Toronto.

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