Rires et rixes dans un cabaret au XVIIe siècle

Josée Mongeau, Le Cabaret de la Folleville
Josée Mongeau, Le Cabaret de la Folleville, tome 2, L’insolente, roman, Montréal, Éditions Hurtubise, 2026, 480 pages, 29,95 $.
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Publié 15/08/2026 par Paul-François Sylvestre

Retour de la fougueuse Anne Lamarque dans un second et ultime épisode du roman historique Le Cabaret de la Folleville. Comme dans le premier tome, Josée Mongeau s’intéresse à la frontière poreuse entre licence et vertu, entre convenance et instinct.

L’action du roman se déroule à Ville-Marie (Montréal) et s’étend sur une dizaine d’années à partir de 1675. À l’aube de la trentaine, Anne dirige d’une main de fer son cabaret, son mari, ses amants et ses enfants.

Femme indépendante de corps et d’esprit, au caractère bien trempé, «elle ne se sent vivante que dans le bruit, les rires, l’animation et la satisfaction de savoir ses hôtes repus et heureux», même si cela entraîne parfois des rixes.

Femme exceptionnelle

À une époque où la loi de Dieu et celle des hommes n’autorisent pas les femmes à être autre chose que la fille de, l’épouse de ou la veuve de, Anne demeure l’exception qui sait louvoyer dans les méandres des règles et d’y contrevenir pour éviter d’être maintenue en tutelle.

Ce n’est pas le nom d’Anne qui figure sur le permis de tenir un cabaret, mais bien celui de son mari Charles. «Les femmes ne pouvaient ni gérer, ni négocier, ni emprunter, sauf si elles étaient autorisées par leur mari.»

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Homme idéal

Comme Charles est aussi ferme et «distrayant qu’un bonnet de nuit», Anne mène ses affaires à sa guise. «Quand on la contrariait, gare à vous!, elle pouvait être aussi dangereuse qu’une louve en colère.»

Puisque Charles veut plus d’une mère et d’une servante que d’une épouse, Anne se tourne vers quelques amants dans ce second tome. Amédée est celui qui comble toutes ses attentes. Plus qu’un as au lit, il est un ami, un frère, un confident, un associé dans son négoce, un mari dans tous les sens du terme.

Procès retentissant

Josée Mongeau décrit bien comment Anne est futée dans ses pourparlers, ses négociations et ses relations avec ceux qui détiennent le pouvoir de renouveler son permis. La cabaretière a moins de chance avec le pouvoir religieux.

Le curé Frémont lui reproche de débaucher la jeunesse, de tenir un bordel et de servir de l’alcool pendant les offices religieux. Il l’accuse aussi de connaître les recettes pour ensorceler les hommes. L’ecclésiastique porte plainte et Anne doit subir un procès.

Devant l’acquittement de la cabaretière, Frémont dépose une nouvelle plainte pour injures, violences et menaces proférées contre lui. Les archives démontrent que des témoignages ont été entendus, mais ne précisent pas la conclusion du procès. La romancière imagine une issue à faire sourciller nombre de lecteurs…

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Fiction et réalité

En plus de jouer brillamment son rôle de mère de famille, d’amante et de cabaretière, Anne est une herboriste hors pair. Elle connaît le moment idéal pour cueillir plantes, bourgeons et racines qui, «bouillis, séchés, écrasés ou râpés, entreraient dans la fabrication des sirops, tisanes, cataplasmes et onguents».

Dans un appendice intitulé Le vrai et le faux, la romancière indique que «nous ne connaissons pas la date de la mort d’Anne Lamarque, son décès n’apparaît pas dans le registre des sépultures de Ville-Marie ni d’aucune autre paroisse. Cela laisse supposer que le clergé n’a pas voulu qu’on lui fasse des funérailles chrétiennes ni qu’elle soit enterrée dans le cimetière de l’endroit.»

Cet appendice est un savant exercice qui lève le voile sur fiction et réalité, qui illustre comment l’une et l’autre font bon ménage.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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