Trois grandes solutions pour appuyer la recherche scientifique en français

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Le concours national «Ma thèse en 180 secondes»: une activité de l'Acfas, anciennement «Association canadienne-française pour l'avancement des sciences», aujourd'hui «Association francophone pour le savoir». Photos: courtoisie
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Publié 11/05/2026 par Inès Lombardo

Un Fonds d’appui de 40 millions $ par an, un Secrétariat de coordination de la recherche en français et développer l’offre de programmes postsecondaires en français, telles sont les solutions que proposent un groupe d’experts au gouvernement fédéral.

Patrimoine canadien a validé la publication du rapport du Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d’information scientifique en français.

Ce groupe, composé de dix experts francophones, identifie trois grands défis qui menacent la place du français dans la recherche au Canada et trois grandes solutions pour les contrer.

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L’Acfas défend la recherche scientifique en français au pays.

Publier en anglais pour obtenir plus de reconnaissance

Le groupe de travail met d’abord l’accent sur le fait que les critères d’excellence scientifique favorisent fortement l’anglais.

La reconnaissance académique repose surtout sur la publication d’articles dans des revues internationales anglophones et sur des indicateurs bibliométriques, comme le nombre de citations dans d’autres recherches.

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«La publication dans les revues internationales essentiellement de langue anglaise est devenue un gage d’excellence et le moyen par lequel les chercheuses et chercheurs peuvent obtenir la reconnaissance académique nécessaire à leur progression de carrière et la sécurisation des ressources matérielles et des positions institutionnelles», peut-on lire, dans le document.

À titre d’exemple, le Groupe consultatif répertorie dans le rapport 76 prix attribués en 2024 à des chercheurs au Canada par six organisations: l’Acfas, la Société royale du Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada et le Conseil des Arts du Canada.

Sur ces 76 prix, 23 ont été remis à des chercheurs d’établissements de langue française ou bilingues (30%), contre 53 à des chercheurs d’établissement de langue anglaise. «Toutefois, cette représentativité repose massivement sur les prix de l’Acfas; sans eux, la présence francophone dans ce palmarès diminue de façon drastique», notent les experts.

Cela pousse des scientifiques francophones à publier en anglais pour obtenir du financement, des promotions ou de la visibilité. De plus, les recherches en français, souvent plus ancrées dans les réalités communautaires, sont parfois perçues comme moins prestigieuses ou moins crédibles.

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Une activité de la Société royale du Canada.

Des appuis financiers asymétriques

Le groupe d’experts insiste sur un autre obstacle: les fonds fédéraux sont largement concentrés dans les 15 grandes universités de recherche anglophones canadiennes (dites «U15»), ce qui désavantage les établissements bilingues, particulièrement les francophones en contexte minoritaire.

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Comme le souligne le rapport, cette asymétrie est à la fois géographique et disciplinaire. Elle détourne les fonds vers les «grosses» universités anglophones, loin des petites universités francophones ou bilingues, qui demeurent sous-financées et où se trouvent des domaines de recherche en français importants.

Le Groupe consultatif observe aussi un manque de soutien aux infrastructures de diffusion des savoirs: les revues savantes, les presses universitaires et des plateformes, comme Érudit, sont fragilisées par le modèle actuel du libre accès.

Cette privatisation des infrastructures de diffusion «favorise l’anglicisation», note le rapport, et risque de limiter l’accès aux connaissances en français.

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Le nouveau magazine (papier!) de l’Acfas.

Pas de leadership

Les experts notent un dernier défi: la gouvernance de la recherche est fragmentée entre plusieurs organismes et il n’existe pas de structure fédérale forte pour coordonner des mesures en faveur du français.

Cette absence de leadership entraîne des actions éparses et insuffisantes. La recherche ne bénéficie donc pas de soutien cohérent ni de stratégie durable à l’échelle canadienne, soulignent les experts dans leur rapport.

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Données issues du rapport du groupe consultatif externe sur la diffusion du savoir scientifique en français.

Une gouvernance claire

À ces défis, le Groupe consultatif propose trois grandes orientations afin d’assurer une réelle égalité linguistique dans l’écosystème scientifique canadien.

Il recommande d’abord de renforcer la gouvernance en créant un Secrétariat de coordination de la recherche en français. Il mettrait en place un mécanisme pancanadien pour développer l’offre de programmes postsecondaires en français, notamment dans les domaines des programmes d’études en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) et en santé, afin d’assurer une relève scientifique francophone au pays.

Sommet de la Francophonie
Martin Normand. Photo: courtoisie

Le président-directeur général de l’Association des collègues et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Martin Normand, confirme que ces deux champs d’études sont très importants, mais qu’il y a aussi «de grands besoins en justice, en éducation, en petite-enfance… Il faut aller plus large que cela», dit-il en entrevue.

Le rapport du Groupe «met en lumière de façon éloquente les défis et les tendances que nos membres évoquent depuis longtemps pour faire bouger l’aiguille en matière d’appui et de valorisation de la recherche en français et de celle sur les communautés francophones en situation minoritaire», indique l’ACUFC dans un communiqué.

40 millions $ par an

Le rapport propose ensuite la création d’un Fonds d’appui et de valorisation de la recherche en français de 40 millions $ par an pour soutenir les projets de recherche, les étudiantes et étudiants francophones, les ressources pédagogiques en français ainsi que les infrastructures de diffusion, comme Érudit et les outils de traduction.

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Les grands musées sont soutenus par le Conseil des arts du Canada, entre autres.

Enfin, il recommande que le gouvernement fédéral fasse preuve d’exemplarité en intégrant une «lentille francophone» dans ses politiques scientifiques, en publiant des données sur les biais linguistiques dans le financement et en encourageant la production et la diffusion de la recherche en français.

Des mesures positives en faveur des communautés francophones sont également évoquées tout au long du rapport.

Par courriel à Francopresse, Hermine Landry, porte-parole du ministre de l’Identité et la Culture canadiennes, ministre responsable des Langues officielles, a fait savoir que «le ministre Miller et ses collègues concernés étudient actuellement les recommandations formulées dans le rapport. Nous remercions le groupe consultatif externe pour son excellent travail et pour la qualité de ce rapport».

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