L’IA manque de données sur la francophonie

Conférence sur l’IA et la francophonie, UOF
Des organisateurs et participants à la conférence sur l’intelligence artificielle et la francophonie à l’UOF. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 30/03/2026 par Hamza Ziad

«Il n’y a pas assez de données pour représenter fidèlement la réalité francophone ontarienne dans les systèmes d’intelligence artificielle», explique Steve Kawe, étudiant à l’Université de l’Ontario français (UOF), lors de la conférence du 25 mars sur les algorithmes de l’IA générative et leur perception de la culture franco-ontarienne.

Cet enjeu renvoie directement à la visibilité des communautés francophones minoritaires dans l’écosystème numérique.

À titre d’exemple, il évoque la génération du drapeau franco-ontarien par une intelligence artificielle. Malgré le caractère officiel et bien documenté de ce symbole, le résultat obtenu s’est avéré inexact, révélant une intégration insuffisante de ces références dans les données utilisées pour entraîner les systèmes.

Plus largement, cette situation traduit un déséquilibre structurel: les modèles d’intelligence artificielle produisent des résultats à partir des données disponibles. Lorsque celles-ci sont limitées, incomplètes ou peu visibles, les contenus générés le sont inévitablement.

«Si l’on veut que l’IA reconnaisse correctement nos symboles, comme le drapeau franco-ontarien, il faut produire des données justes, des images fidèles et les rendre accessibles», souligne Steve Kawe.

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À cela s’ajoute un autre défi: la fragmentation de la scène culturelle francophone. «On a une scène culturelle éclatée, très multiforme, où chacun poursuit ses propres intérêts», souligne un intervenant. «Il n’y a pas vraiment de concertation — du moins, je n’en ai pas connaissance.»

Conférence sur l’IA et la francophonie, UOF
Steve Kawe et Hela Zahar.

IA et pédagogie : repenser l’apprentissage

Dans une entrevue accordée à l-express.ca, Hela Zahar, professeure responsable du pôle d’études et de recherche en cultures numériques à l’UOF, souligne que «l’IA peut être un assistant, un co-créateur, voire un outil de réflexion, mais elle ne doit jamais remplacer l’esprit critique de l’étudiant».

Au-delà de ses usages techniques, l’intelligence artificielle redéfinit les pratiques pédagogiques et les modes d’appropriation des connaissances. Elle s’inscrit dans une dynamique d’aller-retour entre l’humain et la machine: l’IA peut générer des pistes initiales, que l’étudiant doit ensuite analyser, vérifier et enrichir par sa propre recherche, avant de réinjecter ces éléments dans l’outil afin d’en affiner les résultats.

Dans le milieu académique, cette approche soulève la question du plagiat. Une utilisation linéaire et non critique de l’IA peut conduire à une reproduction mécanique des contenus. À l’inverse, un usage réfléchi repose sur une interaction continue, au sein de laquelle l’étudiant demeure au cœur du processus.

«L’enjeu consiste à former des étudiants capables d’exploiter cet aller-retour entre l’humain et l’IA, tout en préservant leur autonomie intellectuelle et leur responsabilité dans la production du savoir», souligne Hela Zahar.

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Conférence sur l’IA et la francophonie, UOF
Des participants à la conférence à l’agora de l’UOF.

Toronto, futur hub de l’IA francophone ?

Selon Hela Zahar, Toronto dispose d’un potentiel réel pour devenir, à terme, un pôle émergent de l’intelligence artificielle francophone, bien que plusieurs conditions restent à réunir.

«Quand je sors à Toronto, je n’entends pas le français, contrairement à Hearst ou à Sudbury», observe-t-elle, mettant en évidence la faible présence du français dans l’espace public torontois.

IA, UOF
La professeure Hela Zahar. Photo: UOF

Paradoxalement, la francophonie à Toronto se caractérise par une grande diversité, regroupant des communautés d’origines haïtienne, africaine, maghrébine, européenne, canadienne et bien d’autres.

Selon elle, cette pluralité se reflète également dans les identités: la notion de «Franco-Ontarien» ne fait pas consensus. Certains s’y reconnaissent à travers des luttes historiques, notamment la mobilisation autour de l’Hôpital Montfort ou le drapeau franco-ontarien levé, tandis que d’autres privilégient des appartenances plus larges.

Elle souligne également un paradoxe: la francophonie ontarienne bénéficie souvent d’une visibilité plus marquée à l’étranger, notamment en France ou en Belgique, qu’au sein même du Canada.

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«Je fais partie du Comité consultatif francophone de la Ville de Toronto, et nous nous efforçons de collecter davantage de données sur nos communautés afin de mieux les comprendre et les servir», précise-t-elle.

Les sœurs Desloges à l’ère de l’IA

Malgré sa portée historique et symbolique pour la francophonie ontarienne, le documentaire Les sœurs Desloges, réalisé par TFO, demeure encore relativement méconnu au sein même de la communauté francophone.

«Porté par une volonté de revisiter l’histoire, le projet met en lumière les sœurs Desloges, figures marquantes de la francophonie ontarienne», souligne la productrice Renée De Sousa.

Conférence sur l’IA et la francophonie, UOF
Affiche du documentaire Les sœurs Desloges. Photo: TFO

Le film s’inscrit dans une démarche innovante sur le plan de la production. Une partie du contenu a été réalisée à l’aide de l’intelligence artificielle, notamment pour la création et l’assemblage d’images. Selon sa productrice, chaque visuel repose sur un travail de génération et de composition, nécessitant une intervention humaine afin d’assurer la cohérence et la fidélité des représentations.

«C’est un documentaire vraiment exceptionnel, et j’invite toute la communauté francophone à le découvrir», souligne  Hela Zahar. «J’ai appris la bonne nouvelle de Renée: il est en nomination à trois festivals et congrès, et c’est amplement mérité.»

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