Poétique et historique, ce roman de David Ménard

David Ménard, Tuxedo Kid, mon amour
David Ménard, Tuxedo Kid, mon amour, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, 2026, 148 pages, 23,95 $.
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Publié 11/03/2026 par Paul-François Sylvestre

En 1952, Léo-Rhéal Bertrand, dit le Tuxedo Kid, est condamné pour le meurtre de sa deuxième épouse, plus de quinze ans après avoir été acquitté de celui de sa première. Dans Tuxedo Kid, mon amour, David Ménard reprend cette histoire en donnant entièrement la parole à la première épouse.

On a droit à un roman autant poétique qu’historique.

Noyade?

Léo-Rhéal Bertrand est né le 13 juin 1913 à Saint-Polycarpe (Québec). Cet homme d’une grande beauté, intelligent et charismatique, épouse Rose-Anna Asselin en 1934.

Elle meurt noyée moins d’un an plus tard. Le blâme est jeté sur le mari habillé en tuxedo, mais il est acquitté au terme d’un procès houleux.

En 1951, Bertrand épouse Dolorosa Trépanier, riche veuve d’Ottawa. Deux mois plus tard, elle périt dans l’incendie d’un camp de pêche en Outaouais.

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Le mari est de nouveau inculpé et, cette fois, trouvé coupable. Il est pendu le 12 juin 1953.

Rose-Anna Asselin

Tout ceci est bien connu grâce à Raymond Ouimet qui publie Tuxedo Kid: la beauté du diable (Septentrion, 2018). Rose-Anna Asselin, elle, demeure inconnue; il ne subsiste même pas une photo de cette noyée oubliée.

Qu’à cela ne tienne, David Ménard en fait l’héroïne de Tuxedo Kid, mon amour.

Ce n’est pas un roman facile à lire car les envolées poétiques l’emportent haut la main sur le déroulement plus historique.

Il ne suffit pas à Ménard de dire que Dolorosa Trépanier a péri dans un incendie, il écrit: «Elle se perd en calcinations trépidantes et en crépitements embrasés. Elle s’enflamme inlassablement…»

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Rose-Anna devient une Ophélie bavarde, et Dolorosa, une Jeanne d’Arc rouge.

Inversion sujet-verbe-complément

Pour comprendre ce qui s’est passé, Rose-Anna «remonte aux confins de l’infini, aux extrémités de l’Apocalypse, aux limites de la Genèse». Ses rares souvenirs heureux deviennent «la plus grande des consolations et le pire des supplices».

L’écriture de David Ménard est finement ciselée, son style est souvent saccadé. Il jongle aisément avec histoire et mythologie.

Une chose m’a cependant fort irrité; c’est son recours constant à l’inversion. Il s’agit d’une figure de style qui bouleverse l’ordre habituel des mots (sujet-verbe-complément) pour créer un effet d’emphase, de rythme ou de poésie.

Ménard abuse de l’inversion ou anastrophe. J’en ai même compté sept en une seule page, dont trois phrases consécutives: «Ma peur de l’eau, je remets entre tes mains. Femme de terre, je suis… L’eau, nous ne savons point.» Cela devient lassant.

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La seule explication que j’ai trouvée se trouve justement dans une unième inversion: «Jetés comme des dés, nos cœurs.»

Trilogie

Tuxedo Kid, mon amour clôt une trilogie consacrée à des figures de femmes historiques occultées par leur propre légende. Il y a d’abord eu Poupée de rouille (la Corriveau), puis L’aurore martyrise l’enfant (Aurore Gagnon).

David Ménard est né en 1984 à Green Valley (Est-Ontarien). Il est à la fois traducteur, poète et romancier. Poupée de rouille a remporté le Prix Trillium, le Prix Champlain et le Prix littéraire des enseignants de français.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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