4 mythes sur le télétravail

En raison de la pandémie, la proportion de Canadiens faisant du télétravail a bondi de moins de 15% à plus de 50%. Photo: Rover, The Dog People
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Le télétravail progressait lentement depuis des décennies. Mais forcés par la pandémie, la majorité des Canadiens se sont soudain retrouvés en train de travailler à distance. Souhaitable ou pas?

1) Les travailleurs sont moins productifs en télétravail? Faux

Loin des yeux, loin du cœur? Au Canada, le pourcentage d’employés travaillant quelques heures à domicile a augmenté très lentement depuis 20 ans, passant de 10% en 2000 à 13% en 2018. Les employeurs frileux face au télétravail évoquent souvent une éventuelle perte de productivité des employés pour justifier leur réticence.

Or, des études montrent plutôt l’inverse. Une revue de la littérature scientifique publiée en 2019 indique que plusieurs recherches associent une augmentation de la productivité au travail à distance.

Fréquemment citée, une étude sur 16 000 employés d’un centre d’appels en Chine a même chiffré cette hausse de productivité à 13% pour les travailleurs à la maison (augmentation du nombre d’appels pris par minute et diminution du nombre de pauses).

Devant ces résultats encourageants, la firme a redonné le choix à tous ses employés de travailler de la maison; la productivité a ensuite bondi de 22%. C’est une des rares études à avoir fait cet exercice.

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Les recherches explorées dans cette revue de littérature expliquent l’augmentation de la productivité par plusieurs facteurs, notamment que les gens travaillent davantage grâce au temps économisé sur le transport, ou encore qu’ils «compensent» le fait que leur employeur leur offre des conditions plus flexibles en donnant plus de leur temps.

Et si cette augmentation de productivité finissait par diminuer? Une méta-analyse de l’Université de Pennsylvanie, en 2007, s’est penchée sur ce qui est parfois identifié comme le «paradoxe» du télétravail: celui-ci améliore le sentiment d’autonomie (et la productivité), mais brouille les frontières travail-famille, en plus de diminuer la qualité des relations sociales, ce qui en retour… diminuerait la productivité!

La méta-analyse, qui a recensé 46 études sur 12 883 travailleurs, a toutefois conclu que ce paradoxe ne se vérifie pas dans les données, et que le télétravail a plus d’avantages que d’inconvénients pour les travailleurs.

Un bémol: ces études sont relativement rares et elles proviennent de plusieurs disciplines qui n’emploient pas les mêmes méthodes de calcul ou les mêmes bases de comparaison (ressources humaines, relations industrielles, gestion, sociologie, etc.). Comme le reconnaissent les auteurs de la revue de littérature de 2019, cela rend plus difficile «d’en arriver à des conclusions fermes».

2) Le télétravail favorise le bien-être et la santé mentale? Ça dépend

La méta-analyse de l’Université de Pennsylvanie rapporte que le télétravail apporte des (petits) effets bénéfiques, notamment dans la perception de l’autonomie et d’un nombre moins élevé de conflits travail-famille. Ces bénéfices seraient plus élevés lorsque la personne télétravaille plus de 2,5 jours par semaine.

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À l’inverse, dans la méta-analyse de 2019, certaines études rapportent que le télétravail peut entraîner une forme d’isolement professionnel, ce qui a un impact sur la productivité surtout… si le travailleur passe plus de 2,5 jours par semaine à distance.

Les avancées technologiques apportent peut-être un baume: les vidéoconférences et la multiplication des outils de communication aident à diminuer le sentiment d’isolement du travailleur.

Une petite étude datant de 2011 suggérait que les employés qui utilisaient des moyens de communication «enrichis» comme, à l’époque, les appels vidéo ou Skype, étaient plus satisfaits et performants.

Par ailleurs, le sentiment de contrôle qu’ont les personnes pourrait leur être bénéfique, signalait une autre revue de la littérature, réalisée en 2010 par le groupe Cochrane.

Celle-ci s’intéressait à la flexibilité au travail (mais ne recensait aucune étude portant directement sur le télétravail) et rapportait que les actions augmentant le contrôle qu’ont les personnes sur leur travail (choix de l’horaire, retraite graduelle, etc.) avaient des effets positifs sur la santé: pression artérielle, fatigue, santé mentale, qualité du sommeil.

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3) Un avantage contre la contagion? Vrai

Mentionnons par ailleurs que, comme la présence dans un milieu de travail représente 20 à 25% des contacts sociaux hebdomadaires, des études épidémiologiques montrent que la distanciation sociale chez les travailleurs, incluant le télétravail, réduit le nombre de cas de grippe.

4) Les travailleurs sont plus satisfaits en télétravail? Vrai

C’est probablement la donnée sur laquelle le plus d’études s’entendent. La satisfaction des travailleurs face à leur emploi est une des conséquences les plus souvent rapportées du télétravail.

La flexibilité, menant à un sentiment de plus grande autonomie serait, ici aussi, un facteur clé de cette satisfaction.

Tenter de plaquer ces résultats sur l’actuel confinement pourrait présenter une limite : il s’agit d’un contexte anxiogène pour certains, avec beaucoup de travailleurs qui doivent de surcroît composer avec leurs enfants à la maison.

Sans compter le peu de préparation pour la transition vers le télétravail. Une étude de l’Université de Montréal est d’ailleurs en cours : elle analyse la productivité, l’innovation et le désir de poursuivre le télétravail après la pandémie.

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