25 conseillers municipaux au lieu de 47… à trois mois du scrutin!

Les dossiers francophones risquent de passer à la trappe

Le drapeau franco-ontarien au mat de l'Hôtel de Ville de Toronto tous les 25 septembre.


27 juillet 2018 à 18h10

Le nouveau gouvernement conservateur de l’Ontario a pris tout le monde par surprise, ce vendredi 27 juillet, en déposant un projet de loi visant à réduire la taille du Conseil municipal de Toronto de 47 à 25 membres, alors que la campagne en vue des élections du 22 octobre est déjà commencée.

La réforme, décriée par le maire John Tory, qui réclame une large consultation qui reporterait toute décision à beaucoup plus tard, alignerait la grille des quartiers municipaux sur les grilles électorales fédérale et provinciale actuelles.

Son adversaire Jennifer Keesmaat est elle aussi très critique de l’initiative provinciale. «Ça change tout», a tweeté l’ex-planificatrice en chef de Toronto, qui annonçait sa candidature à la mairie ce même jour.

Le maire John Tory.

Candidatures jusqu’au 14 septembre

Le premier ministre Doug Ford et le ministre des Affaires municipales et du Logement Steve Clark estiment qu’il est possible d’adopter le projet et d’organiser les élections dans les nouvelles circonscriptions en deux mois.

La date limite des dépôts des candidatures, qui prenait fin ce 27 juillet, sera repoussée au 14 septembre.

Les circonscriptions des conseillères et conseillers scolaires de la région de Toronto seront également alignées sur la nouvelle grille électorale proposée, mais on maintiendra le nombre actuel de conseillers.

Comité francophone

Le processus est «bâclé», selon Gilles Marchildon, co-président, avec le conseiller municipal Norm Kelly, du Comité consultatif de langue française de la Ville de Toronto. «Ce n’est pas raisonnable de prendre une telle décision alors que des candidats se sont déjà engagés en fonction des quartiers actuels.»

Selon le maire Tory, «le gouvernement change les règles du jeu au milieu de la partie».

C’est aussi l’avis de la candidate Valérie Maltais, dont le quartier East-York Beaches passerait de 56 000 à 110 000 résidents, mais qui y maintient sa candidature. Cette environnementaliste du secteur minier, novice en politique, s’attend à faire face à deux fois plus de candidats si cette réforme «improvisée» est adoptée.

«Et on ne réalisera pas d’économies», dit-elle, «parce que les élus devront embaucher deux fois plus d’assistants pour desservir deux fois plus de citoyens.»

Les francophones sortiraient perdants de cette réforme. Il sera plus difficile de trouver un élu francophone sur 25 que sur 47, donc «nous risquons de perdre des points de contact», calcule M. Marchildon. «Et des élus municipaux surchargés auront encore moins de temps à consacrer aux dossiers francophones», déjà au bas de la liste de leurs priorités.

Réunion du Comité franco de la Ville le 29 janvier 2018.

Juridiction provinciale

Jennifer Keesmaat a tweeté le mot «sécession» en suggérant qu’il était peut-être temps de conférer à la métropole un statut de province.

En vertu de la Constitution, les affaires municipales relèvent de Queen’s Park: les villes sont des créations du gouvernement provincial. C’est ce qui avait permis au gouvernement conservateur de Mike Harris, en 1998, de fusionner les anciennes villes de Toronto, East York, Scarborough, North York, York et Etobicoke.

La candidate à la mairie Jennifer Keesmaat.

C’est également sous le gouvernement Harris qu’on avait aligné le nombre et les frontières des circonscriptions provinciales sur la carte fédérale.

Bien que la réduction du nombre d’élus municipaux n’a pas été abordée au cours de la dernière campagne électorale provinciale, «nous avons fait campagne en promettant de restaurer l’imputabilité et la confiance, et de réduire la taille et le coût de l’appareil gouvernemental», a justifié le premier ministre Ford.

Plus efficace?

Le gouvernement estime que «la réduction de la taille du Conseil municipal de Toronto permettra aux contribuables torontois d’économiser plus de 25,5 millions $ sur quatre ans». Le budget 2018 de la ville de Toronto dépasse 11 milliards $, soit plus que dans les quatre provinces de l’Atlantique et les trois territoires du Grand Nord.

«On constate bien souvent que c’est au palier municipal que le gouvernement est le plus impliqué dans la vie quotidienne des gens», a souligné le ministre Clark. «En veillant à ce que les administrations locales travaillent plus fort, plus judicieusement et plus efficacement, nous améliorerons la vie de tous les Ontariens.»

Le premier ministre Doug Ford, qui a été conseiller municipal quand son frère Rob Ford était maire de Toronto, estime qu’un Conseil municipal à 44 membres (en 2014) ou 47 membres (prévu en 2018) est souvent «paralysé ou dysfonctionnel». 25 élus mèneraient les affaires de la ville plus rondement, croit-il.

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