Violences sexuelles en Haïti : MSF relie toutes les cliniques

Entrevue avec l'ex-chef de mission Paul Brockmann

Des femmes haïtiennes (Photo: MSF)

Des femmes haïtiennes (Photo: MSF)


3 avril 2017 à 23h41

Port-au-Prince est une ville «déprimante», selon Paul Brockmann, l’ex-chef de mission de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) en Haïti, qui était basé ces deux dernières années dans un hôpital d’urgences obstétriques de Port-au-Prince.

«C’est une cité immense avec de très gros problèmes d’infrastructure. Les quartiers sont fermés à cause des bâtiments détruits par le séisme de 2010. Les ordures jonchent le sol», indique à L’Express l’ex-éditeur de magazines devenu administrateur chez MSF, qui est passé par Toronto avant de rentrer chez lui aux États-Unis. Haïti était sa neuvième mission.

Paul Brockmann (Photo: MSF)
Paul Brockmann (Photo: MSF)

Aider les femmes

Les conditions de vie restent très difficiles en Haïti. L’accès à un hôpital ou à une clinique y est très limité. Le service que gérait Paul Brockmann accueille des femmes ou des jeunes filles enceintes ou violées ou victimes de complications de grossesses: «Une femme pré-éclamptique qui ne reçoit pas les soins nécessaires coure des risques pour elle et pour le bébé», donne-t-il comme exemple.

Les équipes de MSF souhaitent aussi avoir un impact significatif sur le taux de mortalité maternelle et offrir un soutien à toutes les femmes victimes de violences sexuelles, notamment les mineures. En mai 2015, MSF a lancé un projet de prise en charge des violences sexuelles en créant des partenariats avec des cliniques de proximités sur toute l’île. Car c’est là que le problème majeur subsiste: il n’y a quasiment pas de lien de soutien technique entre l’hôpital où travaillait Paul Brockmann et les autres hôpitaux haïtiens.

Pendant le séisme de 2010, l’hôpital a été totalement détruit: «On a perdu des collègues et je présume que des patientes sont aussi décédées. D’autres hôpitaux ont été touchés, ça a été une immense perte de connaissances et de capacité d’action qui a ajouté à la crise humanitaire. Il a fallu tout reconstruire et se battre en parallèle avec le choléra qui sévissait. L’hôpital a rouvert en mars 2011.»

Chaleur humaine

Malgré la dureté de cette mission à Port-au-Prince, l’homme garde en lui la chaleur humaine, la vie et la musique qui y prédomine: «Mon meilleur souvenir, c’est le regard fier des civils embauchés par MSF pour garder notre hôpital. On les a formés. Pour certains, c’était leur premier vrai travail. C’était pour eux une fierté de participer à restaurer la dignité de leurs concitoyens», se rappelle Paul Brockmann.

Quand on lui demande s’il n’a jamais peur pour sa vie, Paul Brockmann revient sur ses expériences au Congo, où les installations de MSF se sont retrouvées au milieu d’échange de tirs, ou au Sri Lanka, où des soldats l’ont mis en joue: «Mais finalement, la population locale nous protège, car elle reconnaît la valeur de notre activité au sein de l’organisation. Nous, on arrive pour deux ans et on repart. Eux restent et sont confrontés tous les jours à la violence et à l’insécurité», philosophe l’ex-chef de mission.

Avant de repartir en mission pour MSF, Paul Brockmann souhaite retrouver les siens et notamment rentrer  au New Jersey pour revoir sa mère. Mais il avoue avoir déjà un œil sur l’avenir: «L’Afrique me manque. J’ai été au Sierra Leone pendant l’épidémie d’ébola et j’aimerai y retourner. Malheureusement, MSF refuse aux Américains de partir en mission au Proche-Orient, car nous sommes devenus des cibles. C’est dommage, moi qui rêve d’apprendre l’arabe!»

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