Venezuela: illégal mais pas (encore) immoral

Trump, Venezuela
Donald Trump. Photo: whitehouse.gov
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Publié 06/01/2026 par François Bergeron

L’année 2026 a commencé en lion par le coup de force américain au Venezuela, un autre clou dans le cercueil du «droit international» et du Conseil de sécurité des Nations Unies.

La capture du dictateur Nicolás Maduro, accusé par les Américains de «narcoterrorisme», ainsi que leur prise de «contrôle» du Venezuela pour un avenir indéfini, visent à aligner ce pays pétrolier sur les priorités stratégiques de Washington.

La puissance américaine sert ici à affirmer la domination américaine. C’est à la fois le moyen et la finalité. L’intervention au Venezuela a comme objectif de faire peur au monde – littéralement: tous les pays du monde, amis et ennemis – et de forcer tous les gouvernements à surveiller constamment si ce qu’il font est de nature à plaire ou déplaire à Trump.

Dans la cour d’école ou dans n’importe quel autre milieu, on appelle ça de l’intimidation, qui va habituellement de pair avec l’extorsion.

Sur la scène internationale, c’est ce qu’on a toujours nommé de la «realpolitik»: la reconnaissance que les intérêts des États, tels que définis par leur gouvernement du moment, priment sur toutes autres considérations légales ou morales.

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Fait amusant: c’est ce moment historique que choisit notre premier ministre Mark Carney pour se rendre en Chine, la bête noire de Trump, ouvrir de nouveaux marchés pour les produits canadiens…

Maduro: bon débarras

Accessoirement – ce serait merveilleux si c’était le plus important – le monde est débarrassé d’un dictateur qui a terrorisé et appauvri son peuple, tout en frayant avec les pires régimes et fauteurs de troubles de la planète: Chine, Russie, Iran, cartels…

Les Vénézuéliens peuvent maintenant espérer pouvoir améliorer leur sort et retrouver une certaine normalité socio-économique. Plusieurs de ceux qui avaient pris le chemin de l’exil – souvent les plus éduqués et productifs – reviendront au pays. Éventuellement, un gouvernement légitime devrait être élu.

L’intervention américaine ne serait donc pas immorale dans l’immédiat, même si elle bafoue ouvertement le droit international.

Coups d’État salutaires et révolutions ratées

Il y aurait des «bons» et des «mauvais» coups d’État et invasions, même s’ils sont tous, par définition, inconstitutionnels ou contraires au droit international. Renverser un régime despotique, restaurer la démocratie et aider à remettre un pays sur les rails représentent un dénouement heureux, surtout si le nombre de victimes collatérales est limité.

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On sait que des révolutions ont mal tourné: celle qui a renversé les tsars de Russie a mené au totalitarisme; une autre a donné le pouvoir aux ayatollahs en Iran. La Corée du Sud est libre grâce à l’intervention des Occidentaux… mais pas le Vietnam: une guerre était-elle plus «morale» que l’autre? Taïwan a longtemps représenté une ligne rouge à ne pas franchir par la Chine; est-ce encore le cas aujourd’hui?

Des élections démocratiques gagnées par des fascistes ou des communistes se sont également soldées par l’abolition des élections démocratiques. Chaque fois, la question se pose: faut-il intervenir («attaquer») ou laisser faire («respecter le droit international»)?

On a raison d’empêcher quelqu’un de se suicider en se disant qu’il nous remerciera plus tard. Faut-il empêcher un peuple de faire les mauvais choix (irréparables?), ou laisser faire en se disant qu’il apprendra de ses erreurs?

Quand ces erreurs menacent notre sécurité, cela devrait demeurer, en droit international, la principale justification d’une intervention militaire préventive (une guerre défensive n’ayant besoin d’aucune justification).

Élections en novembre

La Maison-Blanche nie qu’elle malmène aussi aussi le droit américain: la Constitution. Mais des membres du Congrès – presque tous les Démocrates avec quelques Républicains – commencent à s’organiser pour mieux baliser l’action du président.

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Les Américains auront l’occasion de se prononcer sur les menées de Trump aux élections législatives de novembre, en votant pour ses alliés ou pour ses adversaires. D’ici là, malheureusement, on ne s’attend pas à ce que la polarisation et les tensions politiques diminuent.

Auteurs

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et numériques, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

  • l-express.ca

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