Vendredi fou

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Chaque année, à la fin du mois de novembre, on assiste à un phénomène très couru chez nos voisins du sud et qui gagne en popularité chez nous, au Canada: le Black Friday.

Cette journée, véritable fête du magasinage, est surtout connue sous son nom anglais. Mais les terminologues de l’Office québécois de la langue française (OQLF) ont trouvé un joli équivalent français, dont ils recommandent évidemment l’utilisation.

L’inspiration pour cette petite chronique est venue de l’entrevue que j’ai réalisée, il y a quelques semaines, avec Danielle Turcotte, directrice générale des services linguistiques à l’OQLF, avant sa participation à un débat à l’Alliance française de Toronto.

On parlait de quelques belles trouvailles en français pour remplacer certains termes anglais largement répandus dans l’usage. Elle m’a alors donné l’exemple du «Vendredi fou».

Quatre jours de congé

Il faut d’abord savoir que le Black Friday désigne en fait le vendredi qui suit la fête de Thanksgiving aux États-Unis. Cette fête a lieu le quatrième jeudi de novembre. Le Black Friday marque traditionnellement le coup d’envoi de la période des achats de fin d’année, notamment des cadeaux de Noël.

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Au fil des ans, les commerces ont développé d’impressionnantes stratégies de marketing pour offrir des soldes alléchants ou pour ouvrir leurs portes plus tôt et plus tard, ce qui fait que cette journée de magasinage est, selon plusieurs sources, la plus achalandée de l’année, devançant même le Boxing Day ou, plus correctement en français, les soldes d’après Noël.

Il faut savoir que plusieurs travailleurs américains ont congé pour le jour de l’Action de grâce (Thanksgiving) mais aussi le jour suivant. Cela crée un long week-end de congé qui est propice aux visites familiales, mais aussi à la course aux cadeaux…

Noir de monde

L’origine de l’expression «Black Friday» est incertaine. Certaines sources disent qu’elle viendrait de Philadelphie, où on a observé un achalandage important de véhicules et de piétons sur les artères commerciales.

Comme ces rues étaient, en quelque sorte, «noires de monde», on aurait alors progressivement utilisé l’expression «Black Friday» pour désigner cette journée folle.

Mais une autre origine, plus anecdotique, mentionne qu’à une époque où la comptabilité était tenue à la main, les comptes étaient écrits en rouge, car déficitaires, toute l’année jusqu’à ce fameux vendredi. Les achats du vendredi suivant la fête de Thanksgiving permettaient de sortir «du rouge», faisant passer les comptes en positif, ce qui permettait de les écrire à l’encre noire, d’où le terme de vendredi noir.

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Des idées noires

Et qu’en est-il de la version française? L’Office québécois de la langue française nous dit que la traduction littérale Vendredi noir est déconseillée pour désigner la journée de consommation exceptionnelle liée au concept, «réalité trop éloignée de l’idée de morosité qu’évoque l’adjectif noir».

On a déjà, par exemple, le «lundi noir», qui désigne le 28 octobre 1929, troisième journée de l’important krach boursier survenu à l’époque. C’est assurément une réalité beaucoup moins festive que celle qu’on accole au «Vendredi noir».

L’OQLF mentionne également que l’emprunt intégral «Black Friday» est déconseillé en français pour ne pas nuire à l’implantation des termes français proposés.

Super Vendredi

Et quels sont ces termes proposés? Celui qui est privilégié est «Vendredi fou», marquant l’idée de folie liée aux grands élans de consommation. D’autres appellations pourraient rendre la même idée en français, par exemple Super Vendredi ou Vendredi dingue, ou encore Mégasolde de novembre ou Mégasolde d’avant les fêtes.  

Mais quand certains commerçants ou certaines chaînes de grands magasins ont consulté l’OQLF ces dernières années, pour s’assurer d’employer un terme correct, on leur a suggéré «Vendredi fou». C’est cette expression qu’on souhaite voir se répandre dans l’usage francophone.

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Et ça semble vouloir marcher. Quelques jours avant l’entrevue réalisée avec Danielle Turcotte, elle a reçu une photo prise par une de ses collègues terminologues dans un grand centre commercial de la banlieue de Montréal. Un grand magasin annonçait alors le «Vendredi fou».

Déjà, les recommandations pour le Boxing Day, c’est-à-dire «Soldes d’après Noël» ou «Soldes de l’Après-Noël» sont utilisées de plus en plus fréquemment au Québec. Il ne faudrait pas se surprendre que le «Vendredi fou» gagne du terrain aussi.

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