Veena Gokhale maîtrise les épices et les mots

Veena Gokhale.

Veena Gokhale.


9 avril 2018 à 17h46

Derrière les fourneaux d’une maison de Cabbagetown se trouvait une véritable magicienne du goût ce samedi 7 avril: Veena Gokhale, Indienne originaire de la région de Bombay qui vit aujourd’hui à Montréal, donne régulièrement des cours de cuisine indienne végétarienne intitulés les Miaaaam.

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L’aubergine était l’une des stars du cours de cuisine donné par Veena.

Néanmoins, Veena ne s’était pas déplacée à Toronto seulement pour instruire. La raison de sa venue était la promotion de son second roman: Land for Fatimah, sorti ce printemps 2018 aux éditions Guernica.

Il faut dire qu’entre sa passion pour l’art culinaire de son enfance et l’écriture, Veena Gokhale n’arrive pas à choisir. Cette environnementaliste globetrotteuse vit sa vie au gré de son engagement pour les questions sociales.

 De l’Inde au Canada

Bien avant la nourriture, l’écriture était le premier amour de Veena. Grâce à sa grand-mère, elle a su écrire et lire plus tôt que les autres enfants, et elle concoctait des histoires avant les plats. Par bon sens, elle choisit néanmoins de se tourner vers une carrière de journaliste au lieu de celle d’écrivaine.

De nature sociable et curieuse, elle se sent dans le papier comme un poisson dans l’eau. Cependant, c’est cette même nature qui va la pousser à postuler pour une bourse au Canada.

Veena arrive au Canada en 1990. Trois mois en Amérique du Nord suffisent pour la convaincre d’y revenir. Conquise par la beauté du pays et les rencontres qu’elle y a faites, elle y retourne en 1992 pour y réaliser une maîtrise d’études environnementales à l’Université York de Toronto, sa ville «favorite».

L’ancienne journaliste déménage ensuite à Vancouver pour y conduire un doctorat. C’est là qu’elle rencontre une personne qui allait devenir un des gouvernails de sa vie, Marc-Antoine, son futur partenaire Montréalais d’origine.

Ottawa, un compromis

Coup du sort, Vancouver ne séduit pas le couple. Trop sombre et pluvieux pour Veena et trop éloigné de sa famille pour Marc-Antoine, ils choisissent d’en partir pour Ottawa, un compromis entre Montréal et Toronto.

Cela ne marque cependant pas la fin des vadrouilles pour Veena, qui, dans le cadre de son travail en développement international, quitte le Canada pour la Tanzanie de mi-2005 à mi-2007.

À l’issue de ce voyage, Marc-Antoine postule pour un poste chez Google à Montréal et est retenu. C’est une opportunité qu’on ne refuse pas, et ainsi Veena cède à l’appel québécois.

«Montréal est une bonne ville, mais c’était un défi pour une immigrante qui ne parlait pas français comme moi. Aujourd’hui, je parle un français avancé, je donne des cours de cuisine et j’ai déjà fait des piges dans cette langue», raconte-t-elle, pas peu fière.

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Veena en plein cours de cuisine.

Nouveau pays, nouvelle Veena

Si désormais Veena donne des cours de cuisine indienne végétarienne de manière assidue, cela n’a pourtant pas toujours été le cas.

Originaire d’une famille de classe moyenne, ce n’était pas elle qui cuisinait, mais une cuisinière. Le déclic s’est opéré lorsqu’elle a déménagé au Canada. «Je me demandais ‘où est ma nourriture indienne?’ Les restaurants étaient assez chers, pas très sains, et ne faisaient pas la nourriture de ma région. Quand j’ai commencé à m’y mettre, mes amis ont adoré. Ils me voulaient tous en colocataire», rigole-t-elle aujourd’hui.

La même chose s’est produite pour l’écriture. Le manque de Bombay a inspiré son premier livre: Bombay Wali & Other Stories, un recueil romancé de portraits d’habitants de Bombay et de l’Inde. Tous ces personnages sont très importants pour elle: «Bombay était ma muse pour le premier livre et l’Afrique pour le deuxième.»

Land for Fatimah, son deuxième roman, entremêle le destin de quatre femmes. Veena s’est servie d’elles pour traiter de son engagement pour les questions sociales en Afrique, notamment la destruction des bidonvilles. Ce livre se veut être le reflet presque douloureux de ces problèmes d’intérêt majeur pour Veena.

À travers son écriture fictionnelle, elle essaye, à son échelle, de déconstruire les clichés sur les pays de l’Afrique.

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Les deux livres de Veena Gokhale.

Avant-gardiste du «manger sain»

Peu de temps après son arrivée au Canada, la popularité de la nourriture indienne a stupéfié Veena. «Je ne me rendais pas compte, j’ai grandi dedans et c’était de la nourriture normale pour moi.»

La nourriture que propose Veena est entièrement végétarienne, et parfois même végétalienne. Le végétarisme, elle l’a dans le sang, de par le groupe ethnique indien entièrement végétarien auquel elle appartient.

«En Inde, tout pousse et il y a mille et une nourritures différentes par état, région. Il est possible d’avoir un régime très varié, même sans viande», explique-t-elle.

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L’aloo gobi de Veena.

S’il lui arrive d’être flexitarienne (flexible) lorsqu’elle voyage ou en mangeant du poisson pour faire plaisir son compagnon, Veena reste entièrement convaincue de l’éthique de sa démarche et n’en est pas frustrée le moins du monde.

Au contraire, cette fervente défenseure des animaux a su rallier bien des omnivores à sa cause grâce au pouvoir de ces plats et de ses épices qui, paraît-il, pallieraient au manque de viande.

Ces dernières années, la cuisine de Veena sied même particulièrement la mode du «manger sain» et est très populaire. D’ailleurs, ce n’est pas les élèves du cours de cuisine de Cabbagetown qui vous diront le contraire!

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La table était remplie samedi soir.

Armée de son Dhal parfumé (soupe de lentilles épicée) et de son Aloo Gobi (curry de légumes secs), elle a conquis les palais les plus difficiles. Petit plus non négligeable, Veena assaisonne ses cours de quelques anecdotes sur la cuisine indienne qu’elle maîtrise désormais avec brio.

Alors, si jamais vous êtes de passage à Montréal, l’expérience est de mise. En attendant, on se consolera avec ses deux romans!

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