L’Université de Sudbury à «haut risque» de perdre des étudiants

Université de Sudbury
L'Université de Sudbury.
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Publié 12/06/2026 par Émilie Gougeon-Pelletier

Les quelque 580 étudiants de l’Université de Sudbury profitent actuellement de la gratuité des droits de scolarité pour l’année universitaire en cours, mais un doute financier plane sur le reste de leur parcours académique au sein de cette institution postsecondaire francophone.

Le gouvernement de Doug Ford avait annoncé à l’été 2025 qu’il allait permettre à l’Université de Sudbury d’offrir une programmation en français dans le Nord-Est de l’Ontario, en investissant dans son partenariat avec l’Université d’Ottawa.

La province a renouvelé cette garantie financière, en mars dernier, en confirmant dans le budget annuel qu’il bonifiera son investissement.

L’Université de Sudbury propose actuellement 23 programmes en français dans les domaines des arts, des sciences sociales, de la gestion et des sciences de la santé.

Pas inscrite au RAFÉO

Mais les millions offerts par la province pour la relance des activités de l’Université de Sudbury ne lui ont pas conféré le statut d’institution postsecondaire publique autonome, puisque l’argent qui lui est dédié est d’abord versé à l’Université d’Ottawa.

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Ainsi, l’Université de Sudbury ne figure pas au registre des établissements postsecondaires approuvés aux fins du Régime d’aide financière étudiant de l’Ontario (RAFÉO).

La non-admissibilité des étudiants de l’Université de Sudbury au RAFÉO ne leur a pas posé de problèmes jusqu’à présent, puisque l’Université de Sudbury avait décidé d’offrir la gratuité scolaire pour 2025-26.

Toutefois, si le gouvernement ontarien n’agit pas rapidement pour permettre aux étudiants d’avoir accès à l’aide financière provinciale, les choses pourraient se compliquer pour eux.

Pertes d’inscriptions

«Sans ça, il y a un haut risque de pertes d’inscriptions», a révélé le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, en entrevue téléphonique avec Le Droit.

Serge Miville
Le recteur de l’UdeS, Serge Miville.

Sans les prêts et bourses offerts par la province, «plusieurs étudiants pourraient avoir de la difficulté à poursuivre leurs études», a-t-il fait savoir.

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En plus des étudiants présentement inscrits, la non-admissibilité au RAFÉO aura «potentiellement des impacts sur le recrutement et la rétention d’étudiantes et d’étudiants franco-ontariens à l’Université de Sudbury», prévient l’institution.

Le ministère des Collèges et Universités assure qu’il tente de régler la situation.

«Nous travaillons actuellement en étroite collaboration avec l’Université de Sudbury afin d’explorer des solutions pour permettre à ses étudiantes et étudiants de bénéficier du financement du RAFÉO», nous a fait savoir une source du ministère bien au fait du dossier.

L’Université de Sudbury a confirmé cette affirmation, disant travailler avec le ministère pour explorer «toutes les options possibles pour assurer un accès prompt au RAFÉO» pour ses étudiants.

Changer le règlement

Mais une solution se fait attendre.

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Pour ce faire, il faudrait que le gouvernement provincial modifie son règlement sur les établissements qui sont agréés aux fins des subventions ou des prêts étudiants.

En vertu de ce règlement, chaque université, y compris ses établissements d’enseignement postsecondaire affiliés ou fédérés, est admissible.

Or, l’Université de Sudbury ne cadre pas dans cette description.

Le règlement comporte aussi quelques exceptions, comme le campus Ridgetown de l’Université de Guelph, l’École d’horticulture de la Commission des parcs du Niagara, et le Barreau de l’Ontario.

Si le gouvernement décidait de nommer aussi l’Université de Sudbury explicitement dans le règlement, le recteur Serge Miville pourrait rapidement faire approuver ses programmes par le mécanisme provincial qui régit l’admissibilité au RAFÉO.

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«Je le ferais aujourd’hui», dit-il.

Manigances bureaucratiques

Le gouvernement Ford «utilise toutes les manigances bureaucratiques possibles pour ralentir l’Université de Sudbury», accuse la députée de l’opposition officielle à Queen’s Park, France Gélinas.

L’institution postsecondaire «a soumis tous les documents nécessaires pour être reconnue, il n’y a aucun doute que ça devrait être approuvé», soutient la députée porte-parole néo-démocrate en matière de francophonie.

France Gélinas fait référence à la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP).

Cet organisme consultatif du gouvernement était favorable au financement de l’UdeS, selon son analyse remise au ministère des Collèges et Universités en septembre 2022, dont Le Droit avait obtenu copie en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

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Tergiversations

Le gouvernement Ford a effectivement tergiversé dans ce dossier au cours des dernières années.

Dès les balbutiements du projet de l’Université de Sudbury, peu après que la situation d’insolvabilité à l’Université Laurentienne l’eût menée à se mettre à l’abri de ses créanciers, le gouvernement ontarien laissait présager de l’espoir pour sa concrétisation.

Université de Sudbury
Le ministre des Collèges et Universités de l’Ontario, Nolan Quinn.

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, faisait d’ailleurs part d’un grand enthousiasme, en campagne électorale de mai 2022, quant au fait que sa collègue au ministère des Collèges et Universités, Jill Dunlop, eût fait appel à la CEQEP.

N’empêche, Mme Dunlop avait finalement dit «non» à l’UdeS, en 2024, jugeant qu’il serait «irresponsable» de financer une troisième université franco-ontarienne.

La province avait pourtant déjà dit «oui», deux ans plus tôt, révélait une note interne du ministère des Collèges et Universités que Le Droit avait obtenue en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

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Bourses

Selon l’entente entre les deux institutions postsecondaires, il est attendu que l’Université d’Ottawa administre le RAFÉO pour les étudiants de l’Université de Sudbury, advenant qu’elle soit admissible.

En attendant, les étudiants peuvent compter sur des bourses d’études.

L’Université de Sudbury offre automatiquement une bourse d’admission de 3000$ aux étudiants admissibles à temps plein, et une autre pour l’engagement et la réussite, qui permet un total de 12 000$ pour un étudiant au baccalauréat.

Elle propose également, en partenariat avec l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) et Patrimoine Canada, une bourse de 3000 $ aux étudiants anglophones à temps complet qui poursuivent leurs études en français.

Une bourse de 3000 $ est aussi accordée à certains étudiants à temps plein qui sont issus des Premières Nations de la région.

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