Université de l’Ontario français: «drôlement intéressant»

Le secteur riverain de l'Est du centre-ville de Toronto est privilégié par le comité de planification de l'université franco-ontarienne.

Le secteur riverain de l'Est du centre-ville de Toronto est privilégié par le comité de planification de l'université franco-ontarienne.


1 septembre 2017 à 12h56

En entrevue à L’Express ou par voie de communiqué, plusieurs intervenants ont réagi à la publication, ce lundi 28 août, du rapport du Conseil de planification pour une université de langue française, présidé par Dyane Adam, ainsi qu’à la décision du gouvernement de la province, annoncée par la ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, d’en faire un projet de loi dans quelques mois. Voici quelques-unes de ces réactions.

Carol Jolin: «Beau travail»

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, se dit «impressionné par la qualité du travail» du Comité de planification de l’université, et il remercie le gouvernement de l’Ontario – qui l’examinait depuis juin – de l’avoir rendu public relativement rapidement, en plus de promettre d’y donner suite par un projet de loi.

«Le projet de loi, ce sera vraiment concret: la fondation et la mise en oeuvre de l’université», dit-il. Ce projet a de fortes chances d’être adopté, non seulement parce que les Libéraux sont majoritaires à Queen’s Park, mais aussi parce que les deux partis d’opposition, Progressiste-Conservateur et Néo-Démocrate, appuient depuis un bon moment déjà la création d’une université franco-ontarienne.

Carol Jolin
Carol Jolin

Avec les dirigeants du mouvement étudiant (RÉFO et FESFO) qui ont porté le projet avec l’AFO, M. Jolin prépare cependant une réponse plus formelle et réfléchie au rapport de Dyane Adam et à l’accueil positif de la ministre Marie-France Lalonde, après la Fête du Travail.

Mais déjà, il reconnaît que le projet d’université francophone à Toronto «répond au besoin le plus urgent» et «correspond à un vouloir collectif».

Loin d’être pessimiste quant aux effectifs envisagés pour la future université (350 étudiants au début, 1000 deux ou trois ans plus tard, 2000 à 3000 à plus long terme), Carol Jolin assure que ces chiffres sont «conservateurs», en regard de l’immigration et de la croissance démographique de la francophonie à Toronto.

«Les deux conseils scolaires de langue française de la région ouvrent de nouvelles écoles chaque année», mentionne-t-il.

Sans se prononcer sur les budgets et les programmes proposés, le président du lobby politique des Franco-Ontariens croit que l’Université de l’Ontario français «fera l’envie de bien d’autres institutions universitaires, qui aimeraient bien pouvoir repartir à zéro et créer un tout nouveau mode d’enseignement et de recherche».

Du point de vue académique, comme pour la création, dans un nouveau quartier au bord du lac, d’un Carrefour francophone avec les campus de l’université, du Collège Boréal, de TFO et des partenaires communautaires, «tout cela est drôlement intéressant», conclut M. Jolin.

Daniel Giroux: «La clé du succès de l’université: les partenariats»

«Les partenariats et les collaborations seront la clé du succès de l’université», pense, comme Dyane Adam, le président du Collège Boréal, Daniel Giroux. Il souligne que «le travail du Conseil de planification a été éclairé par ses échanges avec le Collège Boréal par rapport au partage d’un emplacement.»

Daniel Giroux
Daniel Giroux

De fait, le rapport Adam semble taillé sur mesure pour le Collège, qui est à la recherche d’un nouvel emplacement pour son campus de Toronto (400 étudiants) d’ici 2020 justement. L’idée d’un regroupement des campus de Boréal, d’une nouvelle université et d’autres organismes francophones dans un même bâtiment circule depuis quelques années déjà.

«Rien n’est écrit dans le béton», indique M. Giroux, mais il remarque avec satisfaction que le secteur riverain Est du centre-ville – le site proposé pour l’Université et le Collège – «est en croissance rapide, en développement durable», et que «d’autres institutions postsecondaires et de l’industrie créative y existent déjà et s’y développent».

«Toronto a la plus grande population francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario et la plus grande croissance démographique francophone sera à Toronto, la destination préférée des nouveaux arrivants au Canada (y compris les immigrants francophones)». Ce sont ces nouveaux étudiants que cible le Collège (et l’Université), confirme M. Giroux.

Donald Ipperciel: «Glendon, un partenaire naturel»

Le Collège Glendon bilingue de l’Université York serait un «partenaire naturel» de la future Université de l’Ontario français, selon son principal Donald Ipperciel, qui imagine même une navette entre les deux campus, comme celle de York qui relie présentement le petit campus de Bayview au gros campus de Keele.

Donald Ipperciel
Donald Ipperciel

M. Ipperciel, qui est aussi l’actuel président du CUSO (Consortium des universités de la francophonie ontarienne), était réticent face au projet d’université provinciale dans une version où l’institution aurait récupéré des programmes francophones des universités bilingues comme Ottawa, Laurentienne et York.

Mais ce n’était pas le mandat du Comité de planification de Dyane Adam, ni l’intention du gouvernement, qui veut créer un campus/carrefour au bord du lac Ontario. «Ce serait un magnifique emplacement», reconnaît M. Ipperciel, selon qui le budget d’opération proposé, 40 millions $ par année, est également «plus qu’adéquat». Lui-même travaille avec environ 35 millions $ pour 2700 étudiants.

Le principal de Glendon trouve très/trop «optimistes» les prévisions d’inscriptions à la future université: 1000 étudiants dès 2022 ou 2023, 2000 dix ans plus tard. «Ça prendra plus de temps, à mon avis», dit-il, «mais je peux me tromper, j’espère me tromper».

Le plus important, pour Donald Ipperciel, c’est la complémentarité des programmes d’études entre les universités francophones ou bilingues desservant un même territoire. «Il ne faudrait pas que la nouvelle université offre les mêmes programmes que Glendon, sinon ce ne serait pas juste et on ne ferait que diluer nos forces.»

Il se dit tout de même rassuré qu’il existe, au ministère, des mécanismes pour empêcher les dédoublements, notamment dès qu’une institution présente une demande de financement pour un nouveau programme.

Richard Kempler: «Nous sommes ravis»

«Nous sommes ravis de la tournure des événements», indique Richard Kempler, le président de la Maison de la francophonie de Toronto.

Richard Kempler
Richard Kempler

Ce projet de regrouper plusieurs organismes communautaires et culturels sous un même toit au centre-ville, dont on parle depuis 30 ans, a été ressuscité récemment par le Collège Boréal à la recherche d’un campus. Le projet d’université situé dans le secteur riverain Est de Toronto, auquel serait associé Boréal, TFO et plusieurs des locataires potentiels de la Maison, le concrétiserait.

«Le rapport mentionne expressément la Maison de la Francophonie de Toronto comme partenaire fondateur de l’Université», fait valoir M. Kempler.

Dans la vision de Dyane Adam, le nouveau campus multifonctionnel deviendrait un «Carrefour francophone».

François Boileau: «La voie de l’excellence académique»

«Un rapport de haut calibre, totalement clef en main pour le gouvernement.» C’est ainsi que le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, décrit le rapport du comité de planification de l’université franco-ontarienne.

François Boileau
François Boileau

«Les recommandations de cette étude exhaustive sauront très certainement paver la voie vers la création d’une institution francophone vouée à l’excellence et à l’innovation», affirme Me Boileau.

Celle-ci revêt «une importance primordiale» pour les communautés francophones et francophiles de Toronto, du Sud-Ouest, et pour le reste de la province, disait-il lui-même en 2012 dans un rapport d’enquête sur les besoins en études postsecondaires en français.

L’éducation postsecondaire en langue française, surtout pour les jeunes qui sortent des écoles primaires et secondaires de nos conseils scolaires francophones, «contribue grandement à la pérennité de la communauté franco-ontarienne». C’est un «continuum éducatif» qui, en retour, incite d’autres élèves des paliers élémentaire et secondaire et leurs parents à s’engager envers l’éducation en français.

Le commissaire Boileau se réjouit aussi de la création d’un carrefour francophone, un «hub» qui permettrait de se distinguer à travers la province et à l’international. «La vision partagée est inspirante et motivante puisque l’on fait référence à une approche qui va au-delà de la formation, en créant des opportunités d’échanges et de collaborations fructueuses avec d’autres institutions.»

«L’Université de l’Ontario français représente un véritable investissement pour le futur des francophones d’un point de vue culturel, économique et social.»


À noter : Dyane Adam sera la conférencière au déjeuner-causerie du Club canadien de Toronto le mardi 19 septembre.

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