Une voix autochtone sur le «genderfuck»

Billy-Ray Belcourt, Cette blessure est un territoire, textes poétiques traduits de l’anglais par Mishka Lavigne, Montréal, Éditions Triptyque, coll. Queer dirigée par Pierre-Luc Landry, 2019, 96 pages, 17,95 $.
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Poète bi-spirituel de la Première Nation crie de Driftpile en Alberta, Billy-Ray Belcourt est un homosexuel de 24 ans que l’on place déjà dans la lignée des poètes autochtones canadiens qui formulent l’érotisme comme un aspect de la résistance décoloniale.

Son recueil This Wound is a World a été choisi par CBC comme l’un des dix ouvrages de poésie canadienne les plus marquants de 2017. Il paraît en français sous le titre Cette blessure est un territoire.

Billy-Ray Belcourt donne la définition suivante du colonialisme: «transformer les corps en cages dont personne n’a la clé».

La queeritude

À son avis, être autochtone et queer revient parfois «à oublier comment s’aimer soi-même / parce que personne d’autre ne veut nous aimer / c’est panser ses blessures avec des étrangers / rencontrés il y a une heure / et compter le nombre de fois / où ils te baptisent avec de mots comme / beau, séduisant, sexy».

Pour Belcourt, la queeritude consiste à savoir que «ton corps est à la fois trop et pas assez pour ce monde». Il s’explique en précisant que «parfois les corps n’offrent pas la sensation d’être des corps, mais celle d’être des blessures».

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Sa poésie vise à changer le monde autant par sa forme que par son propos. Elle est engagée activement et frontalement.

Nuances nébuleuses

Bien que personne homosexuelle et auteur de deux recueils de poésie – Homoportrait et Homoreflet –, j’ai parfois trouvé difficile de saisir toutes les nuances du discours de Belcourt. Je vous laisse le soin de soupeser son dire par le biais de quatre courts extraits:

1. l’autochtonie rend trouble l’idée même d’avoir un corps, donc si j’ai, par un quelconque miracle, un corps, alors faites que ma peau soit un collage de méditations sur l’amour et d’identités éclatées.

2. le paradis est un trou noir. / je l’ai trouvé pour la première fois au creux de l’aisselle d’un autre homme.

3. je suis tellement triste que je me vautre dans l’absence de tous les garçons qui m’ont un jour serré dans leurs bras.

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4. il était autochtone aussi / alors j’ai couché avec lui. / j’ai voulu goûter / l’histoire violente / tapie au fond de sa gorge.

Corps compatible

Le recueil paraît aux Éditions Triptyque, dans la collection Queer dirigée par Pierre-Luc Landry.

L’éditeur précise que les sentiments évoqués par Belcourt sont ceux de la queeritude. «L’autochtonité et le genderfuck sont exprimés comme une performance souvent ratée par le poète qui ne parvient pas à trouver de corps qui soit compatible avec le sien pour un véritable partage érotique et émotionnel.».

J’y vois personnellement une approche trouble, et j’espère que la majorité des bi-spirituels (gais autochtones) réussit à vivre le genderfuck plus positivement.

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