Une invitation à ne pas manquer!

Visites à Monsieur Green

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Autrefois, plusieurs monstres sacrés rendaient visite à Toronto. J’ai vu sur diverses scènes: Jean Gabin, Michael Lonsdale, Madeleine Renaud, la troupe de la Comédie française, Monique Leyrac…

Aujourd’hui, c’est au tour d’Albert Millaire, que nous avons déjà vu dans La céleste bicyclette de Roch Carrier. Pareilles occasions devraient être vues comme des moments privilégiés. On ne les oublie jamais. Il ne faut donc pas les rater.

Dans Visites à Monsieur Green du dramaturge américain Jeff Baron, que Michel Tremblay a traduit, Millaire tient le rôle d’un juif de 86 ans qui a été renversé par un jeune employé d’American Express.

L’action

L’action se passe à New York. Ce qui m’a d’abord étonné, c’était de voir que la porte de l’appartement de Monsieur Green n’était pas fermée à clef. Les New-Yorkais que je connais ont de deux à trois serrures sur leur porte. Il s’explique à Ross (Louis-Olivier Mauffette): «C’est que je ne veux pas me retrouver devant une porte fermée à clef quand je reviens d’une sortie.»

Monsieur Green est veuf. Il avait jadis un petit commerce qu’il a perdu depuis une dizaine d’années. Ceci n’est pas aussi grave que la perte de sa femme.

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Il tient à son indépendance, mais, comme le montrent très bien les décors réalistes de Paul Bussières, il n’y arrive pas très bien. Son appartement est un véritable fouillis. Si j’étais sexiste, je dirais qu’il a besoin d’une femme pour y mettre de l’ordre, car, de toute évidence, il n’a jamais prêté main forte à son épouse pour l’entretenir.

Un jour, il se fait renverser par une voiture conduite par Ross. Les conséquences ne sont pas trop graves. Mais le juge considère que Ross devrait, plutôt que de faire de la prison, s’occuper un peu de sa victime. Il le condamne à passer quelques heures chaque semaine pendant six mois, chez Monsieur Green et à s’occuper de lui. Ce jugement ne plaît ni à l’un ni à l’autre.

La situation est donc riche en possibilités. Le dramaturge en explore neuf qu’il développe au cours des deux heures que dure le spectacle, sans compter l’entracte de 20 minutes, le temps de brûler une touche ou deux.

La première scène est plutôt brève, les deux hommes ne voulant ni se voir ni se parler. Les autres sont plus longues. De fait, les choses vont bon train jusqu’à la fin de la cinquième scène, alors que Ross avoue qu’il est gai. Le spectateur voit alors pourquoi Michel Tremblay s’est donné la peine de traduire cette pièce.

Les conflits

Les conflits ne sont pas religieux, les deux protagonistes étant juifs. Mais l’un est pratiquant, l’autre pas.

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Ross n’a pas les yeux tournés vers le passé. Monsieur Green regrette sa femme et ne se pose pas de questions sur sa religion, tellement peu de fait que, lorsque sa fille unique a épousé un chrétien, il l’a effacée de sa vie.Mais sa fille a continué de communiquer avec sa mère, à l’insu de son père qui apprend ce commerce avec étonnement.

Pour lui, aussi, un homme doit nécessairement épouser une femme et avoir des enfants, sans quoi il ne fait que poursuivre l’œuvre d’Adolf Hitler qui était d’exterminer la population juive. Il a beaucoup de mal à croire qu’un homme puisse en aimer un autre, comme un homme «normal» désire une femme.

Les comédiens

Deux comédiens. Le rôle le plus difficile est celui de Louis-Olivier Mauffette. Difficile pourquoi? Parce qu’il partage la scène avec un monstre sacré. Comment peut-on être à l’aise dans ces conditions?

Je ne peux pas répondre à cette question, mais je puis dire qu’il s’en tire très bien. C’est un bel homme qui présente une image positive de l’homme gai, un homme comme la plupart des hommes qui ne sont pas efféminés. Car il ne l’est pas. On comprend alors l’avant-dernière scène à la fin de laquelle Monsieur Green l’accepte tel qu’il est et le reconnaît même comme étant son fils. Scène des plus émouvante, applaudie comme si c’était la dernière et qui ne l’est pas.

Que puis-je dire sur Albert Millaire? Il est absolument extraordinaire. Quelle gestuelle! Il ajoute tellement au texte par un simple mouvement de paupières ou d’épaules, qu’on se dit qu’on n’aurait jamais pu lire ce texte avec pareille intelligence.

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C’est superbe à voir et il ne faut rien manquer. Tout cela serait impossible sans doute sans la brillante mise en scène de Jacques Rossi. Je me demande maintenant ce que peut faire le Théâtre français de Toronto pour maintenir ce niveau de perfection, après un pareil début. Cela reste donc à voir.

Visites à Monsieur Green de Jeff Baron, traduction de Michel Tremblay, dans la salle Upstairs, au 26, rue Berkeley, jusqu’au 30 octobre 2005. Billetterie: 416-534-6604 ou www.theatrefrancais.com

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