Une histoire autochtone fait lire Calgary en français

L’auteure Virginia Pésémapéo Bordeleau. Photo: Geoffrey Gaye, Le Franco
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Un livre en français figurait récemment – possiblement pour la première fois – au palmarès des 10 des meilleures ventes de la semaine dans les librairies… à Calgary!

Le 6 février, la franco-autochtone Virginia Pésémapéo Bordeleau était à l’Alliance française de Calgary pour une soirée autour de son roman Ourse bleue. Le 15 février, le Calgary Herald classait ce livre en 6e position des meilleures ventes de la semaine dans deux librairies indépendantes.

«Une première pour un livre en français», revendique la maison d’édition La Pleine Lune. Surtout que la première place de ce classement est occupée par la version anglaise du même roman, Blue Bear Woman.

Les Premières Nations dans l’actualité

Publié pour la première fois en 2007, le bouquin a commencé à bien se vendre à partir de 2015. «Depuis, je le réimprime fréquemment», ajoute Marie-Madeleine Raoult, directrice de la maison d’édition La Pleine Lune.

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«Au niveau de l’actualité, les questions des Premières Nations remontent» avec l’élection de Justin Trudeau et sa volonté de réconciliation, le rapport sur les femmes autochtones disparues et assassinées, et plus récemment, les blocages de voies ferrées contre la construction d’un gazoduc sur le territoire Wet’suwet’en en Colombie-Britannique.

Une histoire personnelle et collective

Le roman Ourse bleue révèle les valeurs humaines de la culture autochtone à travers une histoire moderne, celle de Victoria. Largement inspirée de la vie réelle de l’autrice, l’héroïne, part à l’aventure sur les terres de ses ancêtres cris avec son ami Daniel pour renouer avec ses racines.

Son périple l’amène sur les rives de la Baie James. Les paysages et les odeurs éveillent en elle des souvenirs qui se mélangent aux étranges songes qui troublent ses nuits. Au fil de ses rencontres, elle assemble les pièces manquantes à la compréhension de sa culture.

«Le passé, c’est important pour savoir où on s’en va», indique Virginia Pésémapéo Bordeleau. «Je pense que la majorité des Autochtones sont à la recherche de leur culture.»

Faits pour être autosuffisants

Elle dénonce les atteintes coloniales aux traditions ancestrales: les maladies et les pensionnats, mais aussi la culture économique.

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«On leur a enlevé leur talent de chasseurs pour les amener à sortir de leurs territoires, de leurs forêts, afin qu’ils puissent travailler dans l’exploitation forestière et minière. Un grand poète québécois disait qu’il n’y a pas meilleur moyen de tuer un homme qu’en le payant à ne rien faire. Les humains, nous sommes faits pour être autosuffisants.»

Écrire est également pour elle une façon de léguer les savoirs et l’histoire de ses ancêtres. Elle assure que «la culture autochtone est en train de rentrer dans la modernité. Quand j’écris Ourse bleue, c’est très moderne. On ne vit plus dans le passé, on ne peut plus vivre dans le passé.»

Paysage de la Baie James

Réappropriation de l’histoire

La culture autochtone était autrefois transmise uniquement par tradition orale. En arrivant sur le territoire américain, les Européens ont apporté les secrets de l’écriture, s’appropriant par la même occasion l’interprétation des différentes cultures locales.

«Autrefois c’est les anthropologues qui écrivaient sur nous. Ils ne demandaient pas notre avis. Ils écrivaient ce qu’ils croyaient voir. Aujourd’hui, c’est nous qui parlons de qui nous sommes parce que nous avons appris à lire et à écrire. C’est important», indique-t-elle.

Marie-Madeleine Raoult remarque, elle aussi, cette tendance d’affirmation culturelle. «Les Premières Nations prennent la parole plus qu’avant dans la culture, la littérature et le cinéma.»

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